Crise migratoire : « L’Europe mène une politique du déni »

Le gouvernement libyen confie la gestion de certaines prisons à des groupes armésqui en profitent pour faire de la traite humaine. L’Etat continue malgré tout de recevoir des fonds européens, s’indigne Raouf Farrah, un spécialiste de la région, dans une tribune au « Monde ».

Le Monde
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« Alors que la traite humaine s’est développée en Libye dès la chute du régime de Kadhafi en 2011, le monde commence à ouvrir les yeux sur l’horreur de l’esclavage »(Photo: migrants au large des côtes libyennes, le 14 septembre).

Tribune. Convertie en centre de détention pour migrants, la prison Abu Salim de Tripoli se dresse comme un phare face à la mer. L’odeur iodée et nauséabonde qui traverse ses corridors se mêle aux souvenirs passés des hommes incarcérés. À l’intérieur, les cellules sont exiguës, et les migrants s’agglutinent dans la douleur d’un dénouement impossible ; le « rêve » d’une vie décente a sèchement pris fin dans l’« enfer » libyen. Mais la prison d’Abu Salim n’est pas une exception.

À ce jour, il existe une trentaine de centres de détention « officiels » et autant de prisons « clandestines » où des migrants, majoritairement d’Afrique subsaharienne, sont détenus dans des conditions inhumaines.

Alors que la traite humaine s’est développée en Libye dès la chute du régime de Kadhafi en 2011, le monde commence à ouvrir les yeux sur l’horreur de l’esclavage. À ce crime contre la dignité de l’homme, les Africains y seraient à la fois bourreaux et victimes. C’est en tout cas ce qu’Emmanuel Macron a énoncé à Ouagadougou : « Qui sont les trafiquants (en Libye) ? Ce sont les Africains mon ami ! »

Que les Africains se le tiennent pour dit : il est plus facile pour un président français d’invoquer la faute de l’Africain que d’aborder les vraies raisons de la guerre en Libye, la complicité de l’Europe dans la gestion des centres pour migrants ou les accords secrets signés avec les milices libyennes pour réduire les flux migratoires.

Des groupes armés féroces

Ces centres de détention « officiels » sont administrés par la Direction de combat contre la migration illégale (DCMI), une force placée sous la tutelle du ministère de l’intérieur du Gouvernement d’union nationale. Mais ce dernier, mené par le premier ministre Fayez Serraj et soutenu par la communauté internationale, n’arrive pas à assurer seul la gestion de ces structures carcérales.

Serraj contrôle peu de territoires dans l’ouest libyen, et ceci l’oblige…

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