« Déby voulait transformer le Tchad en royauté » (Faustin Facho Balaam)

Faustin Facho Balaam, ancien ministre sous Hissène Habré, qui vit en exil et est un opposant de longue date d’Idriss Déby, souhaite l’organisation d’une conférence nationale.

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Etant données les incursions de mouvements armés qui ont connu ces derniers jours une recrudescence, en vue de déstabiliser le régime Déby, le choix d’un fils du président défunt pour gouverner, même pour quelques mois seulement, ne convient pas à tous les Tchadiens.
Faustin Facho Balaam, ancien ministre sous Hissène Habré, qui vit en exil et est un opposant de longue date d’Idriss Déby, souhaite plutôt l’organisation d’une conférence nationale, un peu sur le modèle sud-africain. Il est interrogé par Sandrine Blanchard.
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Faustin Fachho Balaam : Je pense que ce n’est vraiment pas une mort réelle. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il a été blessé légèrement au front mais crois que [ses gens] lui ont réglé son compte. C’est un coup d’État, c’est tout, mais pas vraiment la mort au front.  Parce que les militaires ne voulaient pas se battre contre leurs frères rebelles. Et pour motiver ses hommes, [Idriss Déby] est parti avec eux. Je crois que c’était un règlement de comptes


DW : Selon vous, le Conseil militaire qui vient d’être mis en place, qui est dirigé par le commandant de la garde présidentielle, qui se trouve être un des fils d’Idriss Deby Itno, Mahamat Idriss Deby… Ce conseil militaire ne pourra pas prendre la relève et assurer la transition ?

Non. Je crois qu’on attend le discours qu’ils vont nous faire. Ils ont organisé l’assassinat de leur papa avec les autres. Maintenant, on veut savoir ce qu’ils veulent réellement. Déby était impopulaire. Les élections ont été boycottées. Ceux qui y ont participé réellement, c’était aux alentours de 20 à 25%%, pas 65 ou 80% comme il a été dit. [Déby] n’était plus accepté par la population, à cause de sa gestion calamiteuse.

Même quand on lui a tendu la main pour négocier, comme il ne voulait jamais négocier, il a refusé. Il voulait transformer le Tchad en royauté.

Voilà un peu la situation, mais tout le monde attend ce que le comité militaire va dire, ce qu’il veut.


Est-ce que vous ne craignez pas qu’il y ait un regain de violence si les rebelles du FACT continuent leur progression? Ou qu’il y ait des règlements de s ? Peut-être même contre les Zaghawas qui ont été mis en avant par Idriss Déby Itno pendant son régime. Ne craignez-vous pas pour la paix civile au Tchad?

Non pour le moment, tout le monde attend ce [que les membres du CMT] veulent dire à la population. Autrement, il y aura des troubles.

C’est vrai que c’était un pouvoir zaghawa, ils détenaient tout :  l’armée, les finances… Mais je crois que ce n’est pas le moment de régler les comptes. Il faut créer une atmosphère de paix. Et plus on verra les choses par étapes. Et ensuite, comme en Afrique du Sud, il faudrait un jugement qui dise ce qu’untel a fait ou n’a pas fait.


Donc, vous êtes plutôt optimiste finalement ?

Ah oui, si on n’est pas optimiste, on est perdu (rires).


Que faudrait-il faire alors en priorité, au Tchad pour que la situation s’améliore réellement? D’abord, pour les Tchadiens…

Je crois que la première des choses est d’appeler très rapidement une conférence inclusive qui regroupe tout le monde, y compris ceux qui sont en rébelion. Et ensuite, un gouvernement mixte, avec la société civile, pour conduire à des élections véritablement démocratiques.


Mais y a-t-il quelqu’un qui peut se profiler pour diriger le Tchad ? En amont de la présidentielle, l’opposition, que ce soit les partisans de Succès Masra ou de Saleh Kebzabo par exemple, ont été incapables de se mettre d’accord, même entre eux, contre un ennemi commun. Est-ce que maintenant ça va changer ?

Non, on n’est pas obligé d’aller chercher des partis politiques pour la transition, on peut prendre des membres de la société civile. Que les partis politiques gardent leur position pour pouvoir aller aux élections et que ce soit au niveau de la société civile qu’on puisse régler le problème.


Donc, cela veut dire que Faustin Facho Balaam est prêt à assumer des responsabilités ?

Si le peuple pense qu’il peut, il n’y a pas de problème.

Source: dw.com

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