Diabaty Doré: ‘’Pour l’instant, les actes posés par le Colonel Doumbouya sont à saluer’’

Renversement du régime d’Alpha Condé, opérations coup de balai au sein de la ‘’vielle garde’’ des forces armées guinéennes, gestion de la transition,  prochaines consultations électorales, Diabaty Doré,  nous dit tout sur le processus de transition en cours, ainsi que les premiers actes posés par le Président du CNRD .

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, le Président du parti RPR (Rassemblement pour la République), qui est  l’un des Vice-présidents de l’ANAD, revient sur les différentes pistes de solutions devant permettre le retour à l’ordre constitutionnel.

Lisez plutôt l’interview…..

www.kababachir.com  Bonjour M. Doré

Diabaty Doré : Bonjour M. Barry

Quelle est votre lecture du processus de transition en cours dans notre pays?

Vous savez nous sommes dans une nouvelle transition, après celle de 2010. Mais il y a une particularité dans cette phase de transition, qu’il faut d’abord saluer parce que depuis le coup d’Etat du 05 septembre jusqu’à nos jours, les actes posés par le Colonel Mamadi Doumbouya et son équipe, je crois que les guinéens ont vivement salué. Parce que, ça va dans le cadre de la réconciliation des guinéens, dans l’apaisement surtout. Ses déplacements dans les cimetières pour aller encore se recueillir sur les tombes de ses devanciers, je crois que c’est quelque chose de nouveau, c’est quelque chose qui a attiré l’attention du peuple. Tout récemment, nous avons vu la nomination du Premier ministre que je profite d’ailleurs de votre micro pour saluer et lui souhaiter bonne chance. Nous sommes à sa disposition, l’ANAD aussi, pour des besoins de consultations. Nous avons suivi également la mise en retraite d’une quarantaine de généraux de l’armée guinéennes et une centaine d’officiers de la douane guinéenne. Personne ne s’y attendait. Je pense que M. Doumbouya a l’intention de bien faire c’est pour cela que je demande à tous les guinéens de prier pour lui et pour que la transition puisse passer dans les meilleures conditions.  Et que la fin de cette transition, que nous puissions connaitre un civil qui va nous permettre d’entamer le processus de développement, parce que la transition n’est pas faite pour le développement. En tout cas, au sein de l’ANAD, nous le suivons et nous l’accompagnons.

Pensez-vous que la mise en retraite de ces généraux puisse être le signe d’une rupture avec l’ancien système ?

Pas forcément, parce que déjà le Colonel Doumbouya qui est à la tête du CNRD aujourd’hui, était du système.

Oui mais comme l’a dit Sékou Koundouno, il s’est rangé du côté du peuple le 05 septembre dernier.

Je suis d’accord avec lui, il a terminé un combat. C’était le combat de l’ANAD et du FNDC. Il est important de saluer et d’encourager le Colonel parce qu’il a achevé une œuvre. Partout dans le monde si le peuple est mécontent, si le peuple se lève, se manifeste, la finalité, c’est les militaires, parce que le peuple n’a pas d’armes. L’arme du peuple c’est la radio, c’est la rue, c’est exprimer les mécontentements par rapport à la gestion du pays.

Donc aujourd’hui, Doumbouya et son équipe, j’avoue que c’est la finalité du combat du FNDC et de l’ANAD. Cela ne veut pas lui dédouaner pour dire qu’il n’est pas du système, non il est issu du système, mais on peut être du système et ne pas suivre ce que le système nous dit.

En tout cas nous, nous avons salué son courage.

Au sein de l’ANAD, vous avez déposé un memo dans lequel vous demandez une transition de 15 mois. Est-ce que vous pensez que c’est suffisant pour organiser toutes ces élections annoncées de la base au sommet ?

Je pense que s’il y a la volonté, si les moyens sont là et nous avons l’accompagnement du peuple, de la communauté internationale (ONU, CEDEAO, UA, OIF,…) ; 15 mois ce n’est pas petit. Vous savez, la transition n’est pas faite pour le développement. La transition c’est pour mettre des bases, mais, faites tout pour que le pays se retrouve à l’ordre constitutionnel. Et pour que le pays se retrouve à l’ordre constitutionnel, il faut organiser des élections transparentes et crédibles. Mais j’aurais voulu que cette année, parce que les caisses sont vides pour le 3ème mandat, on nous a volé, on nous a pillé nos ressources, l’argent du contribuable guinéen pour faire de la mamayah pour un pouvoir à vie. Donc l’expérience que je voulais recommander au Colonel et au gouvernement de Mohamed Béavogui, c’est de nous organiser une élection globale pour éviter des dépenses. Moi je voudrais  qu’on en finisse d’abord avec les élections sur la Constitution, c’est-à-dire, le référendum. Si cela est voté, les trois autres élections, on peut les organiser en un ou deux jours. Les élections communales, législatives et présidentielles peuvent être couplées pour éviter le scénario de 20210 que M. Alpha Condé nous a amené.

 C’est quoi. Si on commence par les élections présidentielles, le Président qui va venir va essayer de poser des jalons d’abord pour le développement avant de poser des jalons pour les élections législatives parce qu’il va se dire, il faut que j’ai la majorité, il y aura un vide juridique. Donc j’ai suivi l’adresse à la nation du Colonel par rapport au 02 octobre, j’étais très content quand il a parlé du schéma des élections. Je ne voudrais pas qu’on dise dans trois ou 6 mois, on va organiser les élections législatives, après les communales, après les présidentielles, non. On peut mettre à contribution des personnes, des ONG, pour nous organiser des élections couplées pour que le Président qui sera élu, puisse avoir 5 ans rien que pour le développement.

Les tractations ont déjà commencé pour la désignation des représentants au CNT. Au niveau des formations politiques comment ça se passe, sachant bien qu’il y a beaucoup de courants politiques, notamment le RPG et ses alliés, qui ont cautionné le 3ème mandat.

 Au sein de l’ANAD, nous sommes très structurés, il y a un cabinet, mais j’avoue que nous avons mandaté notre Président de consulter les autres. Je pense qu’il y a eu une première rencontre entre Cellou Dalein et Sidya. Il s‘agit de voir quelles sont les modalités qu’on va mettre en place, est-ce qu’il faut aller avec les résultats des élections passées, ou bien il faut donner un certain nombre de quota à des alliances, je crois que les discussions ont commencé déjà avec les responsables de ces alliances. Pour le moment, au sein de l’ANAD, il n’y a pas de guéguerre.

Pour ce qui est des autres formations politiques, ce sont des partis politiques légalement constitués. En ce qui me concerne, si le regroupement de ces partis y va dans l’intérêt supérieur de la nation, ils peuvent se retrouver, je ne suis pas contre. Mais nous au sein de l’ANAD, on ne peut pas combattre le 3ème mandat, la nouvelle Constitution, et que des personnes qui ont soutenu cette constitution et ce 3ème mandat et qu’on se retrouve autour de la table. Ça, ça ne sera pas bien vu du côté du peuple.

En tant que membre de l’ANAD, si on vous demandait de participer à un gouvernement d’union nationale allez-vous accepter ?

  Je crois qu’on fait la politique pour contribuer à l’émergence et au développement de son pays. Je suis à la tête d’un parti politique, je ne suis pas seul, en plus je suis de l’ANAD. Moi personnellement, si je dois participer à ce gouvernement, ça sera à travers ces deux entités Si le parti et l’ANAD jugent que je peux les représenter et faire l’affaire du peuple, je crois qu’il n’y a pas de problème. Mais je ne mènerai pas les démarches pour être dans le gouvernement ou pour être au CNT. Et si l’occasion se présente c’est à l’ANAD et mon parti de voir si je peux partir ou pas.

En tant qu’acteur politique, seriez-vous favorable à une CENI technique comme le réclame certains observateurs de la vie politique nationale ou bien on peut la maintenir dans sa configuration actuelle ?

Ce n’est pas la structure, mais les personnes. Que ça soit la CENI politique, que ça soit la CENI mixte, que ça soit la CENI technique tout ça dépend des hommes qui vont y être, comment ils vont travailler, comment ils vont faire pour qu’au soir des élections il n’y ai pas de revendications. Dans les autres pays on a expérimenté. Pourquoi, il y a eu un problème de CENI en Guinée et ailleurs parce qu’il y a eu des crises de confiance entre les acteurs politiques mais aussi entre les politiques et les gouvernants. C’est cette crise de confiance qui a amené la mise en place d’une CENI. Aujourd’hui, on a vu aussi que cette CENI nous a créé d’autres problèmes. Les personnes qui la composent ne sont pas des hommes intègres et on a besoin aujourd’hui des hommes, intègres, honnêtes et sincères, des hommes qui voient l’argent, mais qui disent la vérité pour faire sortir ce pays de l’ornière. Donc le ministère de l’Administration peut organiser ces élections, on en a vu au Mali, au Sénégal. On peut mettre une structure technique pour appuyer le ministère de l’Administration pour organiser ces élections. Mais si on voit aussi qu’on peut renouveler la CENI et que les partis politiques et la Société civile envoient des représentants, c’est un autre débat. Aujourd’hui, ce n’est pas un parti au pouvoir qui organise les élections, c’est une transition et je pense bien que mon Colonel et ses hommes ne seront pas candidats et qui seront neutres. En tout, nous pensons qu’il va toujours rester  dans l’esprit de son premier discours, je lui demande vraiment de rentrer dans l’histoire par la grande porte. Et qu’il ne fera pas comme M. Alpha Condé après 40 ans de lutte, il est sorti par la petite porte.

Qu’est-ce que vous pensez du sort réservé au Président déchu, Alpha Condé ?

Connaissant ses réseaux, connaissant aussi ses ambitions, il n’y a pas quelque chose que M. Alpha Condé aime plus que le pouvoir. Son intention c’était de mourir au pouvoir, mais Dieu n’a pas voulu. Il n’était pas venu pour le développement ou réconcilier les guinéens. Non ! son objectif était de dire, je me suis battu depuis la France pour être Président, je suis devenu Président, point barre. Il n’a ni travailler, ni appris comment gérer et voilà le problème qu’il a créé. On était bien parti en 2010 et il nous a rétrogradés à une décennie encore. Donc, on reprend tout à zéro.

Je crois que M. Alpha Condé doit rester en Guinée. Mais pas seulement de rester en Guinée, j’aurais voulu que mon Colonel voit aussi comment il faut mettre en place la Haute Cour de justice pour juger M. Alpha Condé et les fossoyeurs de notre pays, c’est-à-dire, les anciens dignitaires, pour qu’ils rendent compte. Pourquoi ? C’est pour montrer celui qui va venir, pour dire que si tu es là, ce n’est pas pour toi, ni ta famille, mais pour le peuple. Si tu ne fais pas du bien, tu vas te retrouver de l’autre côté. Il faut donner des exemples à la nouvelle génération comme Jerry Rawlings l’a fait. Je pense que le Colonel est dans ce sens-là. Moi mon souhait aujourd’hui, c’est de ne pas faire du mal à M. Alpha Condé, mais c’est de nous rendre compte de sa gestion. C’est important pour servir de leçons.

Après la mise en place des organes de transition, on s’acheminera vers les élections et les partis politiques sont en ordre de bataille. Au niveau de l’ANAD, comment on se prépare à ces futures échéances électorales ?

Vous savez on est en alliance électorale depuis octobre 2020. Et nous avons accompagné un candidat. Dieu merci aujourd’hui, nous sommes restés ensembles pendant neuf mois, on s’est pas quitté, on s’est fait confiance, et nous nous sommes dits, oui, on peut rester toujours ensemble pour mener le combat et gagner la victoire bien que M. Alpha Condé nous a volé avec son clan.

La charte que nous avons élaborée, que nous avons signée, il est dit que nous restons ensemble jusqu’aux élections. Les élections législatives et communales, chaque parti peut se présenter. Et au-delà de la présentation, si on voit que trois partis dans une zone peuvent faire des alliances possibles, au sein de l’ANAD, on peut le faire. Aux élections présidentielles, on fera de sorte que l’ANAD présente un candidat. A défaut d’un candidat, on peut avoir deux ou trois candidats. S’il y a un second tour, les candidats de l’ANAD suivront le candidat qui est au second tour. Donc c’est ça la charte de l’ANAD et nous sommes dans cet esprit encore.

Quelles sont les stratégies que vous entendez mettre en place pour cette bataille électorale qui, on estime, sera tendue ?   

Vous savez, la politique, c’est le terrain. Il n’y a pas une alliance plus forte que l’ANAD aujourd’hui sur l’échiquier politique, sur le plan de structuration, d’implantation, de cohérence….

Moi j’avais demandé de sanctionner le RPG et de faire de sorte que ce qui s’est passé au Bourkina soit appliqué ici, c’est-à-dire, ils ont sanctionné le parti de Blaise Compaoré à 5 ans de ne pas se présenter aux élections présidentielles et même les partis qui l’ont soutenu. On doit le faire ici pour éviter que celui qui va venir tripatouille la Constitution. Mais au delà de ça, même si le RPG participe aujourd’hui avec la gestion catastrophique de M. Alpha Condé, aucun candidat n’effraie aujourd’hui l’ANAD, ils peuvent faire une grande coalition mais le terrain est là. Quand on préparait le coup d’Etat, nous on travaillait parce qu’on sait que le pouvoir a toujours un matin et un soir.

C’est comme si vous n’étiez pas surpris ?

Moi je n’étais pas surpris. Tous les ingrédients étaient là déjà. Si quelqu’un se permet de fermer les frontières, si, quelqu’un se permet d’augmenter le prix du carburant alors que tu as pris de l’argent pour faire de mamayah, enfermer les opposants, jusqu’à même tuer d’autres. Et  allez dire à Boké, celui qui sort la queue je vais le couper, il va aller à Coronthie. Donc les prémisses étaient là déjà pour dire que c’était la fin. Vous savez, Sarkozy disait que la fin, c’est la partie la plus difficile quand il a fait la passation avec Jacques Chirac. Il avait dit qu’il était rentré dans une maison qui ne l’appartient pas, qu’il était de passage. Quand on est à Sékhoutouréya, on est de passage. Ça n’appartient pas à quelqu’un. Quand tu es là, mets-toi en tête qu’un jour tu partiras.

L’autre interrogation qui est sur toutes les lèvres, c’est la durée de la transition où le Président du CNRD laisse la voie à une concertation autour du sujet. Est-ce que selon vous, c’est de la bonne foi, ou bien il faut craindre un piège ?   

Moi je ne trouve pas de problème par rapport à la participation des forces vives. Il avait dit qu’il serait en concertation avec les forces vives pour déterminer la durée de la transition. Partout dans le monde, la transition ne dépasse pas 18 mois ou 2 ans. Et je pense que nous avons fait une bonne proposition. Même le groupe de Sidya et Kouyaté, ils ont fait une bonne proposition, ça y va dans le même sens. C’est pour dire une fois de plus que si on a de bonne foi, si on a la volonté de bien faire et de sortir grand, à 15 mois on peut y aller. La date, on l’attend. Il est en train de voir d’abord comment finir avec la mise en place des organes de transition. Après, on se retrouvera. Ce que je vois, ce que le Colonel est de la bonne foi et il est sur le bon chemin.

M. Doré merci

C’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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