(Docteur Sékou Kaba) Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix , la concorde et l’unité nationale

 

Contexte historique et sociopolitique de la reconstruction

On ne peut mesurer la portée réelle du grand défi guinéen que constitue l’œuvre monumentale de reconstruction du pays sans la situer, à travers une démarche critique sous-tendue par l’objectivité, l’honnêteté et le courage dans son véritable contexte historique et sociopolitique. Cet exercice de rappel nous semble plus que nécessaire en ces circonstances de turbulences politiques où l’obsession, la passion obstinée pour le pouvoir, l’excès d’ethnicité et les manipulations ethniques, l’adversité sans borne, l’intolérance avec ses corollaire la haine fratricide et l’extrémisme ont regrettablement toujours pris le dessus sur le réalisme au point de nous faire perdre de vue l’essentiel de nos responsabilités, de ce que devraient être nos préoccupations majeures face à la misère et aux durs sacrifices consentis par le peuple de Guinée. Il n’a rien de tendancieux pour tout Guinéen de bonne foi qui a été témoin de plus d’un demi-siècle de misère, de privations de toutes sortes, de répression et de règnes sans partage que les différents régimes politiques et gouvernements ont infligé au laborieux peuple de Guinée, transformé en damné.

L’esquisse du contexte historique et sociopolitique de la reconstruction donnerait aux uns et autres l’opportunité de se ressaisir, de faire un sursaut de conscience au regard des souffrances endurées par ce peuple. Il nous permettrait à tous, Guinéens, de savoir qui nous sommes, d’où nous venons, quels ont été nos vécus. Il permettrait enfin à la lumière de notre passé relativement récent, de notre longue et pénible pérégrination vers la liberté et le bonheur tels des héros kafkaïens, sur des sentiers combien rocailleux et épineux où beaucoup de citoyens, faussés par la cruauté de leurs frères sont tombés, d’interpeller notre verve patriotique, notre maturité, notre capacité à nous considérer comme composantes sociales soudées d’une nation souveraine, à changer le cours de notre destin qui n’est nullement une fatalité et à identifier de manière responsable les approches objectives et nobles à emprunter pour le réaliser.

Peu de pays de l’Afrique au sud du Sahara auront connu, comme la Guinée, une histoire à la fois glorieuse et tragique tant pendant les périodes précoloniale, coloniale que sous le soleil des indépendances. Après s’être brillamment illustrée dans la lutte contre la pénétration coloniale en Afrique, sonné le gong de la décolonisation, contribué à l’émancipation politique du continent et au soutien des mouvements de libération, cette même Guinée au destin singulier inaugurera paradoxalement sur son sol, l’expérience des régimes politiques dictatoriaux et totalitaires sous la gouvernance de ses propres fils. La lecture de cette histoire de la période postcoloniale en l’occurrence, doit nous inspirer et nous édifier dans la recherche de solutions viables à la grande et importante question de la reconstruction du pays. Les tragédies politiques, économiques et sociales qui ont jalonné cette séquence, de la Révolution aux règnes militaires, finiront par enfanter une démocratie en gestation depuis plus d’un demi-siècle et à laquelle tous les partis politiques, tous les enfants de ce pays épris de liberté, de paix et de bonheur ont le devoir impérieux d’imprimer une grande dynamique à travers la transparence des scrutins, le respect de la vie des personnes du reste sacrée, de leurs biens, de la différence d’opinions, des choix politiques, un comportement citoyen aux urnes lors des joutes électorales. La promotion, la consolidation de cette démocratie naissante, de l’unité nationale et une conscience accrue de développement à tous les niveaux, sont les seuls gages certains du succès de la reconstruction du pays si urgent et indispensable au bonheur longtemps ambitionné par le peuple de Guinée.

Sous ses régimes où tous les chefs ont régné sur la Guinée d’une main de fer, la dictature institutionnalisée sous sa forme monarchique la plus désuète comme système de gouvernement, les forfaitures politiques honteuses, les déconfitures économiques avec l’absence de volonté et d’initiatives de développement; l’accaparement des richesses par une infime minorité au détriment de l’immense majorité des citoyens par le vol, les détournements des deniers publics, le pillage systématique et le drainage des ressources hors du pays, la corruption, l’impunité légitimés, légalisés et solidement enracinés en tradition comme modèle de gouvernance; les crimes crapuleux produits de l’insécurité, de l’anarchie, portrait vivant d’un État sans droit, d’une jungle; les difficiles conditions de survie des populations guinéennes, l’extrême pauvreté qui n’émanaient pas que de ces seuls chefs, avaient atteint un seuil inquiétant et intolérable. Outre cette misère, la violence, l’insécurité et les problèmes quotidiens de survie que connaissaient les populations guinéennes, l’habitat et les infrastructures routières étaient désuets. En hivernage des villes et villages entiers étaient enclavés, isolés du reste du pays avec de multiples conséquences sur la vie des populations de ces contrées. L’adduction en eau potable et l’approvisionnement en électricité étaient presque inexistants. Lorsqu’on parcourait le pays d’Ouest en Est, du Nord au Sud, on était frappé par la désolation qui se lisait non seulement sur les visages meurtris par les privations, l’endurance face aux différents et multiples aspects du sous-développement chronique, mais aussi par l’état anarchique et archaïque des villes et des villages abandonnés dans les ténèbres qui n’attendaient impatiemment que le cycle des clairs de lune pour s’illuminer. Le portrait de ces localités ressemblait au panorama sinistré d’agglomérations désordonnées sorties de guerre.

Les multiples demandes vitales catégoriquement refusées et souvent réprimées dans le sang, les pressions sociales sans réponses face à ce drame aux mille facettes, les revendications syndicales maintes fois réitérées sans succès pour une amélioration de ces conditions, se transformeront en janvier 2007, dans une atmosphère de vie intenable, en un vaste mouvement de libération sans précédent de la misère et de la dictature qui s’était emparé de toutes les couches sociales de nos villes et villages sous la direction de la brave centrale syndicale guinéenne à laquelle se joindront la société civile et les partis politiques. Au cours de ce mouvement pacifique cristallisé en manifestations monstres marquées par des événements tragiques où le sang des guinéens avait de nouveau coulé, des centaines de citoyens ont payé de leurs vies pour avoir réclamé une existence dans les normes de la dignité humaine, pour avoir revendiqué à manger à leur faim, à boire de l’eau potable, à se loger décemment, à se soigner, à donner une instruction convenable à leurs progénitures.

Après la capitulation des pauvres et vulnérables populations guinéennes consécutive à l’imposition de la loi martiale et des mesures répressives ou des méthodes d’une autre façon de gouverner, l’image de l’armée était ternie, le pouvoir aux abois. Fragilisé et décrié sur la scène internationale, il tenta, pour assurer sa survie, de s’accrocher en acceptant contre son gré, des concessions tendant à réduire l’étendue de ses attributs, de ses compétences et à évincer à moyen terme son personnage central sur l’échiquier politique national. Un nouveau contexte de crise à la fois d’incertitude politique (cohabitation irréaliste d’un Président nanti de pleins pouvoirs constitutionnels et d’un Premier ministre fort de la simple et fragile légitimité populaire) et d’inquiétude sociale qui présageait d’autres conflits meurtriers à l’horizon s’était installé. Tout stagna. L’administration guinéenne caractérisée par la légendaire corruption, déjà très lourde connut le pire de son dysfonctionnement. Le chef, habitué à régner en monarque absolu depuis près d’un quart de siècle et qui se senti défié et humilié par des mesures de la transition le contraignant à partager son pouvoir se replia dans l’enfermement total. L’atmosphère de collaboration au plus haut niveau de l’État bicéphale se pétrifia au point que le torchon qui brûlait entre le Président et son Premier ministre finit par consumer inexorablement les clauses de l’accord sur la conduite de la transition signé entre les acteurs du changement (syndicat, société civile, partis politiques) et le Pouvoir. La monarchie ne tarda pas à «renaître de ses cendres». Par un acte solennel que lui conférait la Loi fondamentale et fort du soutien des grands officiers de l’État-major de l’armée qui lui ont prêté le serment de fidélité et d’allégeance au détriment du peuple de Guinée, le Général Président détrôna le gouvernement dit de consensus et remit en question la transition sous les regards impuissants et complices de l’Assemblée nationale, de la Cour suprême, de l’Union africaine et de la communauté internationale.

Essoufflé et faute de mieux, le peuple abusé et traumatisé se replongea dans sa misère quotidienne et poursuivit sa descente aux enfers en se remettant à la volonté du Tout Puissant Soubahana Watallah qui ne tarda pas à se manifester. Dieu n’a-t-il pas dit aux fils d’Adam: «Je ne changerai l’état d’un peuple que lorsque ce peuple m’exprimera par des actes sincères le désir de le changer.» L’Auguste Ciel semblait enfin avoir entendu les derniers cris de désespoir des Guinéens dans leur lutte pour l’avènement de la démocratie, préalable à leur bonheur. Une série de concours de circonstances, tous de conspiration divine précipiteront la transition vers cette démocratie longtemps réclamée et attendue par le peuple de Guinée. Suite à l’effondrement en décembre 2008 de la dernière monarchie consécutive à la mort de son patriarche dont la dynastie n’a pu être sauvée et assurée, dans un autre concours de circonstances, notre armée sous l’autorité du comité national pour la démocratie et le développement CNDD, s’empara du pouvoir avec l’engagement ferme de le restituer au peuple de Guinée et de parachever son combat pour une Guinée démocratique, unie et prospère en encadrant le processus de la transition. Beaucoup de Guinéens notamment de la tranche d’âge adulte restèrent sceptiques à l’annonce du programme des putschistes quant à la sincérité de cet engagement. Leur retenue à manifester sous des impulsions euphoriques habituelles caractéristiques des changements de régimes leur joie, leur ouf de soulagement, leur réserve face à sa mission libératrice, à son programme de démocratisation du pays, trouvait sa justification dans la légendaire trahison du Comité militaire de redressement national (CMRN) à l’égard du patient et indulgent peuple de Guinée.

Après sa prise du pouvoir en avril 1984 dans les circonstances que nous connaissons tous et après la promesse qu’il a semée dans leurs cœurs d’instaurer l’État de droit et de faire leur bonheur, les Guinéens ont attendu, sept (7) ans (1984-1991) pour se doter d’une constitution (la Loi fondamentale); huit (8) ans (1984-1992) pour légitimer, permettre aux partis politiques d’entrer en activités; neuf ans (1984-1993, pour organiser les élections législatives et présidentielles plaçant le chef des armées ainsi que son parti en tête de lice et qui furent, au grand frais, finalement entachées lourdement de fraudes. Avant même l’annonce des résultats du scrutin, des mesures répressives furent envisagées en vue de se préparer au pire. Les corps militaire et paramilitaire mis en état d’alerte furent mobilisés, l’état de siège décrété. L’artillerie lourde (chars d’assaut et autres véhicules blindés) déployée, prête à ouvrir le feu sur les manifestants sillonnait et quadrillait les rues de la capitale. Le ministre de l’intérieur convoqué d’urgence à la présidence fut mis en demeure de falsifier et d’annoncer les résultats truqués. C’est alors qu’un des candidats avec qui le président sortant devrait aller pour un second tour du scrutin, convia ses militants, pour éviter le bain de sang, le chaos à la nation, à se résigner, à renoncer à toutes formes de revendication, de manifestation et de violence. Nous le paraphrasons : «Je ne serai nullement ce chef prêt à gouverner des cimetières.» devait-il déclaré solennellement. Et depuis, la série de réélections du Général Président ne relevait que de simples formalités. La suite (misère, privations oppression, répressions politiques, emprisonnements arbitraires, vols, détournements des deniers publics) que les gouvernements successifs de ce règne sans partage ont réservée aux populations guinéennes, toutes ethnies confondues est connue de tous.

Après avoir dégusté les privilèges et porté le manteau des honneurs du pouvoir, le CNDD embrassera le lourd héritage peu glorieux et peu noble légué par son prédécesseur. À l’instar du règne précédent dont elle se sentait tributaire et pour lequel elle ne dissimulait guère son allégeance, la junte militaire trahira, succombera à la propension de Satan en tentant d’usurper, de confisquer le pouvoir non sans tragédies humaines, économiques et financières. Il voulut à l’image de ce dernier et au mépris de son engagement d’encadrer de manière sécuritaire la transition, du serment de fidélité prêté à la nation et des clauses de cette transition, aller aux urnes à la faveur des joutes électorales annoncées.

Les conséquences de l’aveuglement du pouvoir, supposé transitoire furent énormes. On assista en quelques mois de gouvernance à la pire hémorragie financière de l’histoire du pays. Le Général Président

intérimaire dépassé par l’ampleur des dégâts, de la gabegie, ne prit-il pas sa tête lorsque le ministre en charge des finances lui fit l’état alarmant et désastreux des lieux? Outre la mise à sac du trésor public, les débordements sociaux tragiques unanimement condamnés par l’opinion publique nationale et internationale et dont les scènes macabres et humiliantes au stade du 28 septembre avaient fait, par le biais des réseaux sociaux le tour de la planète, ne firent guère honneur à notre pays. Le corps médicale des centres hospitaliers de la capitale fut débordé, les planchers des morgues jonchés de cadavres, notamment de jeunes. Des chefs de partis s’expatrieront pour des soins à l’étranger, témoigneront de la cruauté des agressions sur leur personne en exhibant les blessures subites et exigeront que la junte militaire soit traduite et poursuivie en cours pénale internationale pour crime contre l’humanité. Cette dernière s’accrochera désespéramment et réitérera de manière irréversible sa farouche détermination à aller aux urnes nonobstant les efforts dissuasifs d’organisations, de leaders politiques à travers l’Afrique et le monde, d’hommes, de citoyens guinéens de bonne foi soucieux du devenir de la Guinée. Une grande crise politique et sociale source de tensions, d’inquiétude dont personne ne redoutait les conséquences tragiques pour les populations guinéennes secoua terriblement le pays et menaça la paix.

Entre temps et d’un autre côté, un profond malaise minait l’armée. Au manque d’appréhension des membres du CNDD de la grande portée historique de leur coup de force et les implications majeures de leur mission libératrice et de premiers leaders de la transition, s’ajouta le manque d’unité et de discipline au sein des différents corps. Ce malaise aurait été engendré et entretenu par des frustrations nées des abus d’autorité, des attitudes discriminatoires, du favoritisme, sur la base des considérations ethniques et régionales, du non-respect de la hiérarchie militaire et des grades, de l’insatisfaction avec le traitement peu enviable des hommes de troupes longtemps laissés pour compte et dont beaucoup avaient fini, pour des raisons économiques, par s’intégrer aux gangs criminels spécialisés en hold-up qui pillaient et tuaient impunément par attaque à main-armée.

Nous sommes de ceux-là qui pensent que si le CNDD porte la responsabilité des débordements, des dégâts collatéraux survenus le 28 septembre 2009 pour avoir opposé son refus catégorique aux manifestations pacifiques de partis politiques contre l’annonce de son chef à se présenter à la présidentielle 2010 et pour avoir dépêché au stade une expédition punitive aux fins de représailles, il est par contre peu probable que l’État-major ait ordonné les actes de barbaries, de cruautés insensés notamment d’agression sexuelle au grand frais sur des femmes auxquels des militaires drogués et sans état d’âme se sont livrés impunément. Ces actes témoignaient simplement de la dérive, du malaise et de l’anarchie dans l’armée qui échappaient au pouvoir militaire et qui furent préjudiciables à l’autorité même qui l’incarnait. Le déplacement du capitaine Président à la base militaire (Koundara) de son aide de camp pour des griefs publics à celui-ci et le rappeler à l’ordre lui aura été fatal. L’intercalation musclée entre les deux hommes qui se rejetaient la responsabilité des massacres du 28 septembre tourna au drame. Suite aux échanges de coups de feu, le capitaine atteint mortellement gît dans le sang. Il fut transporté d’urgence au Maroc où il survécu à ses blessures avec des séquelles. Sa convalescence s’amorcera cependant sous d’autres augures.

À la faveur d’un accord qui serait intervenu et convenu entre les différents acteurs tant nationaux qu’internationaux, le Capitaine fut conduit au Burkina Faso pour, disait-on, poursuivre sa convalescence et assurer sa sécurité au regard des événements tragiques du 28 septembre où il serait apostrophé comme le principal maître d’œuvre de ces événements; mais le véritable but voilé était de le contraindre à l’exile pour permettre à la transition de suivre en toute quiétude son cours. C’est alors qu’une longue série de négociations, d’engagements entre l’armée, représentée par le Capitaine et le Général, la société civile, les partis politiques et le syndicat, représentés respectivement par leurs chefs eut lieu à Ouagadougou sous l’égide du médiateur Blaise Compaoré mandaté par l’union africaine pour un règlement de la crise politique en Guinée. Ces négociations furent sanctionnées par des clauses qui donnèrent lieu à une sortie de cette crise. L’armée se rétracta, réconcilia avec son peuple en renonçant à l’usurpation du pouvoir pour renouer finalement avec sa véritable mission, celle de la sauvegarde de la souveraineté nationale et de la sécurité des citoyens en acceptant d’encadrer la transition sous la gouvernance du Général Sékouba Konaté chargé d’assurer l’intérim et ce, en commun accord avec le Capitaine Président Dadis Camara, visiblement encore souffrant. Pour baisser les tensions et refroidir le climat, Mr. Jean Marie Doré de la même région que le capitaine fut désigné par le Général président comme premier ministre en remplacement de Kabiné Komara évincé, pour former et diriger le nouveau gouvernement de transition.

UNE TRANSITION ATTENDUE ET MANQUÉE

Le déclenchement du processus de la transition démocratique, nous venons de le voir, coïncida à un moment de notre histoire où notre pays souffrait d’un état pathologique général inquiétant. La Guinée était malade de ses institutions peu fonctionnelles, malade du sous-développement chronique, de la misère, de la répression, de l’injustice, de l’insécurité de la criminalité, de la corruption, du vol institutionnalisés et légalisé. À la lumière du diagnostic sommaire de cet état moribond dont nous venons de donner une esquisse dans les pages qui précèdent, les Guinéens auraient gagné davantage dans la construction démocratique de leur pays en acceptant que soient jetées les bases garantissant cette construction. Dans les tous les États de tradition démocratique, l’étape transitoire ne s’est jamais opérée sans tremplins, sans filtres. Pourtant des bonnes volontés n’ont nullement manqué en vue de mettre entre les mains des principaux acteurs du changement l’outillage adéquat et nécessaire à cette fin.

L’adhésion totale des guinéens au grand projet sociopolitique de transition démocratique a donné lieu à un engouement sans précédent pour les contributions citoyennes aux efforts concourant à l’aboutissement heureux de ce renouveau national longtemps ambitionné et réclamé par le peuple de Guinée. Et depuis, des réflexions individuelles tant dans les journaux que sur les sites internet, des forums et colloques à l’intérieur du pays comme au niveau de la diaspora guinéenne foisonnèrent de suggestions constructives. Toutes ces préoccupations des fils du pays soucieux du devenir de la Guinée et qui témoignaient au niveau de la transition amorcée, d’une problématique de grande pertinence, constituaient la preuve évidente que cette transition ne pouvait, au risque de compromettre la nouvelle démocratie qu’elle enfantera, s’opérer de manière automatique en passant presque du but en blanc aux urnes avec seulement quelques dispositifs structurels dont la commission électorale indépendante et le fameux conseil national de la transition.

Après avoir inconditionnellement souscrit aux efforts de démocratisation du pays, nous rejoignîmes le peloton des bonnes volontés préoccupées par l’élaboration de préalables devant servir de socle au processus de la transition déclenchée. À titre de contribution personnelle, nous fîmes parvenir au capitaine Président un mémorandum d’une quarantaine de pages intitulé «Une si longue lettre» qui rappela d’abord aux membres du CNDD, en particulier à son chef et dans des propos empreints de respect et de sympathie, cette rare et ultime opportunité de rentrer honorablement au panthéon de l’histoire de la Guinée en posant les premières pierres de la fondation de la démocratie dans ce pays que constituait la transition et en remettant le pouvoir au peuple de Guinée par l’entremise de son élu au soir du scrutin, avant d’embrasser les principaux aspects de cette transition propres à lui assurer un dénouement heureux. Au nombre des instance, approches, dispositifs structurels et mesures stratégiques de la transition suggérés, on peut retenir : Les États généraux de la transition, le rétablissement de la justice, le Conseil national supérieur de transition ou le Haut conseil de la République, le gouvernement d’union nationale de transition, le Vérificateur général; la commission nationale de révision constitutionnelle, l’établissement des critères de reconnaissance des partis politiques traditionnels et d’enregistrement de nouveaux partis, ceux de la commission électorale indépendante; la sensibilisation des militants des partis politiques, l’encadrement de la transition par les forces armées. Nous ne donnerons ici à titre illustratif que le sommaire de quelques-uns des aspects abordés.

Le rétablissement de la justice

Dans nos propositions suggestives, nous avions affirmé comme en 2007 où nous avions cru à la victoire de l’insurrection populaire avant sa reddition sous la répression brutale de l’État-major de l’armée que le succès des efforts en vue du changement politique ambitionné et réclamé par le peuple de Guinée était subordonné à l’instauration d’un climat, d’un cadre d’État de droit et de bonne gouvernance, l’un des préalables à sa paix et à son bonheur. Ce changement était d’abord une question de justice. Cette vérité ne relevait nullement de l’intolérance. On ne pouvait rien édifier ou reconstruire de solide, de durable dans une impunité aussi ouverte, aussi agressive, aussi légitimée que celle qui sévissait en Guinée. Mais la justice à laquelle nous adhérions et que nous souhaitions voir rétablir dans notre pays n’était pas celle

d’une chasse aux sorcières, de règlements de comptes. Elle était loin de cette justice d’«œil pour œil, dent pour dent», celle qui substituerait la barbarie insensée, à la violence raisonnée en conduisant nos frères (colonels, commandants, capitaines, lieutenants et autres geôliers) aux mains tachetées de sang à l’abattoir comme ils le firent sous des impulsions ethniques haineuses, aux centaines de leurs concitoyens.

Nous ne devrions plus, sous quelque prétexte que ce soit, nous donner pour préoccupation sadique de verser le sang de nos frères et sœurs sur cette terre bénie de Guinée, au risque de nous attirer de nouveaux courroux divins. Sous la nouvelle justice qui régirait nos institutions, il devrait être considéré comme une forfaiture honteuse à condamner, le traitement de tout Guinéen sur la base des considérations ethniques et de provenance. Profondément humaine, cette justice qui s’inspirerait des valeurs traditionnelles africaines de tolérance exigerait cependant, pour désinfecter notre société de la souillure faite à ses bonnes vertus, cicatriser ses plaies dues à la rage du cynisme sauvage de certains de ses fils, semer une culture démocratique et de bonne gouvernance, reconstituer et transmettre les valeurs morales et éthiques de référence à la postérité, que lumière soit faite sur les crimes, les délits économiques et politiques impunis qui ont été préjudiciables non seulement à la vie de nombreux citoyens, mais aussi au bonheur du peuple de Guinée tout entier sous les régimes et gouvernements défunts. Au regard de leur triste passé récent, les Guinéens étaient-ils prêts à reconstruire leur nation sur un fondement d’injustice? Accepteraient-ils de léguer aux générations futures une tradition de gouvernance nourrie d’autocratie, d’impunité, de répression, de corruption, de mendicité, de pillage, de vol et d’oisiveté? Le but du rétablissement de la justice, par l’érection des tribunaux, n’était nullement de percer les abcès de l’histoire en vue d’approfondir ses plaies. L’idée consistait au contraire, pour prévenir toute cancérisation généralisée de ces abcès, toute rancœur endémique, à les extraire de leurs pus, les guérir, les cicatriser. Passer l’éponge sur des précédents haineux, une tradition de répression, de criminalité, de corruption, de pillage, de dilapidation du trésor public sans règlement pacifique, contribuerait à perpétuer la haine, à cultiver la passion de la vengeance et à encourager la réédition des mêmes pratiques de mauvaise gouvernance et de l’impunité dans les délits criminels et économiques. Il s’agissait à notre entendement de mettre en place, un nouvel environnement politique guinéen nettement saint, doté d’une banque de bonnes références, mais aussi de mises en garde, de garde-fous en matière de gouvernance, permettant aux futurs élus et gestionnaires de l’après transition ainsi qu’à ceux des générations à venir, d’être éclairés et d’exercer le pouvoir démocratique pour le bonheur de tous les guinéens dans les normes de respect de la chose publique et des droits humains.

Dans le rétablissement de cette justice, la bonne foi des grands accusés à tous les niveaux serait interpellée. Le pardon doit, dans la tradition africaine, sa sincérité au regret de l’acte commis et au plaidoyer de culpabilité du condamné. Source de clémence, il stimulerait la tolérance et favoriserait l’instauration d’un climat de concorde, de fraternité et de quiétude sociale. Ainsi, des procès équitables sans l’intervention de la cour pénale internationale, entourés de pareils gestes de remords humainement émouvants des condamnés, pourraient respectivement amener les familles des victimes d’actes criminels à se consoler, voire à pardonner; la cour à diminuer la durée de leur peine et le Président de la République à leur faire bénéficier de son acte solennel de grâce avant même la fin de son mandat au terme de la période transitoire et dans un grand discours à la Nation où il justifierait le bien-fondé de ces tribunaux et demanderait au peuple de Guinée de leur accorder lui aussi sa clémence. Les illustrations les plus édifiantes furent celles du Mali et de l’Afrique du Sud respectivement sous les gouvernances du capitaine Amadou Toumany Touré (ATT) président de la transition et du héros de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela, premier président noir de l’Afrique du sud.

Les critères de reconnaissance des partis politiques traditionnels et d’enregistrement de nouveaux partis

L’un des objectifs prioritaires inscrits au programme de la transition étant le rétablissement de la justice dans le but d’assainir les espaces politiques et publics nettement pollués, de créer un climat, une tradition de bonne gouvernance, nous avions estimé et suggéré qu’il serait impérieux d’exiger avant même le déclenchement des élections que la reconnaissance des partis politiques traditionnels et l’enregistrement de nouveaux partis soient assujettis à la santé au plan éthique de ces partis à travers la bonne moralité de

leurs chefs. La Guinée ne devrait nullement faire exception à ce principe universel qui a cours dans toutes les démocraties modernes et qui voudrait que le futur Président et ses ministres, les chefs des partis d’opposition, les parlementaires investis par la volonté populaire de présider aux destinées de la nation, soient lavés de tout soupçon, de toute souillure. La transparence devrait donc être de règle. Comme critère pour assumer la direction d’un parti politique, la bonne référence devrait être de rigueur. Personne ne serait inquiété, séquestré pour sa fortune sainement obtenue ou enlevée à la «sueur de son front». Il ne devrait par contre désormais être plus toléré pour aucun Guinéen d’établir son audience politique sur la base de biens mal acquis et ce, quelles que soient leurs provenances (revenus de la drogue, de la corruption, blanchiment d’argent, bien volés de l’État ou détournements de deniers publics, etc.). Dorénavant, on devrait venir au pouvoir les mains propres et s’en aller les mains propres. Pour être reconduits dans leur fonction, les chefs des Partis politiques devraient se soumettre à l’incontournable contrôle de moralité, justifier de leurs avoirs et faire la preuve qu’ils n’ont été impliqués dans aucun crime, aucun scandale politique, économique financier, judiciaire et de mœurs. Tous ceux qui seraient reconnus coupables de délits afférant à ces scandales risqueraient de sévères mesures répréhensibles allant de la saisie des biens à la radiation de la vie politique guinéenne et l’emprisonnement. L’idée était de dissuader dès le départ les futurs élus du peuple, ces leaders politiques prétendant à l’exercice du pouvoir et à divers autres responsabilités et dont certains seraient habités par le souci, de parvenir à la Présidence ou briguer un portefeuille ministériel avec l’espoir secret comme par le passé, de s’enrichir illicitement sur le dos du laborieux et misérable peuple de Guinée. Ces mesures de bonne gouvernance devraient, comme tant d’autres, faire l’objet de lois promulguées par le Haut-conseil de la République et entérinées par le Président de la République. Elles devraient surtout s’inscrire en bonne place au compte de la très prochaine révision constitutionnelle.

Des partis politiques

De l’action des partis politiques, sous-tendue par le souci de paix, du respect de leurs chefs envers les normes démocratiques électorales et du comportement civique responsable de leurs militants, devrait dépendre dans une large mesure, le succès du scrutin présidentiel. Une fois reconnus sur la base des critères moraux et éthiques déjà évoqués, les partis politiques devraient prendre activement part à la grande campagne de sensibilisation mentionnée précédemment. L’objectif serait concrètement d’amener les militants de ces partis à se conformer au nouveau cadre de paix et de tolérance dans lequel devrait se dérouler les élections. Ils devraient observer des comportements dignes de civisme consistant à éviter des troubles de l’ordre public, des actes d’attentat à la vie des personnes du reste sacrée, de vandalisme, de pillage des biens d’autrui, de destructions d’habitats privés et d’édifices publics qui font partie, après tout, du patrimoine bâti de Guinée. Ils devraient surtout par la même sensibilisation, prévenir, canaliser des dérapages tendant à dénaturer ce choix démocratique de nos candidats pressentis pour conduire la destinée du peuple de Guinée tout entier en tensions à trame de fond interethnique, ceci en vue de nous éviter toute guerre civile aussi coûteuse qu’inutile. Toute propagande haineuse lors des campagnes, menées sur impulsion ethnique devrait être préjudiciable à la candidature du Président du parti en cause.

Des forces militaires et paramilitaires

En tant que gardiennes des valeurs de paix, elles restaient également le cadre disciplinaire incontournable pour faire aboutir cette importante, mais complexe et difficile mission dans un environnement quasi anarchiste, d’insécurité et d’impunité où l’État devenu fantôme n’existait plus que de nom. Outre qu’elle devrait désormais se considérer comme la référence en matière de bonne gouvernance à travers le comportement des soldats, sous-officiers, officiers, chefs de ses grandes subdivisions, mais aussi ceux des départements ministériels, l’armée guinéenne avait enfin la délicate tâche, par les efforts conjugués des militaires, gendarmes et policiers du maintien de l’ordre avec les mesures d’accompagnement sécuritaire du scrutin en vue de conférer à la transition un dénouement paisible et le grand succès attendu qui devrait être à son honneur et à celui des autres acteurs du changement.

Au-delà de son rôle traditionnel de défenseur de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale, l’armée guinéenne aurait, par ce grand geste patriotique, en conciliant harmonieusement et adroitement force et droit, inauguré avec cette nouvelle vocation de précurseur dans la préparation, la mise en place

d’un espace juridique et civique favorable à l’instauration et à l’exercice de la démocratie, une ère nouvelle dans l’émancipation politique des nations, une des grandes valeurs humaines de civilisation des temps modernes. Un tel geste devrait assurément valoir au personnage central qui l’incarnerait, d’être figuré parmi les illustres lauréats des grandes causes humaines en Afrique et dans le monde. Nous avions sagement rappelé dans des termes assez affables et voilés que la conduite de la transition à bon port et la restitution du pouvoir au peuple, ne pouvaient après tout, que promettre ce personnage à un bel avenir politique. À côté de tout cet exercice soigné d’approche dissuasive drapé dans les meilleures formulations de respect, nous avions signifié au Capitaine Président, avant même d’entamer nos propos, que notre contribution du reste désintéressée, dénuée de toute ambition de crédit politique n’était que le témoignage de notre soutien et de notre engagement dans le combat commun en vue de faire aboutir dans la paix, le grand projet de transition démocratique qui mobilisa toutes les bonnes volontés sous sa direction. Nous lui avions signifié que cet engagement était la traduction de notre attachement à la liberté, à l’unité de notre beau pays, la Guinée; à sa noble et légitime ambition de se faire gouverner de manière saine par les élus du peuple, de voir ses enfants comme ceux d’autres univers bénéficier du droit à la vie, aux soins de santé, au travail, à l’instruction, à la sécurité; du droit de s’exprimer, de revendiquer, de manifester pacifiquement, librement et dans la légalité leurs conditions de vie, les excès de gouvernance des régimes qu’ils subissent; en somme du droit au bonheur qui nous possède entier. Nous lui avions toutefois avoué et précisé que notre soutien, pour être sincère et honnête avec lui, restait subordonné à la constance et à la persévérance de sa personne et de son équipe dans l’intégrité, la poursuite de l’action patriotique de transition amorcée.

L’engagement du CNDD d’assumer sa mission de grande portée historique et sociopolitique, celle d’encadrer et de sécuriser la transition avait ravivé notre espoir comme celui de millions de Guinéens avec les audits à peine entamés; car pour nous, nul mieux qu’un gouvernement intègre sous l’autorité de l’Armée patriotique ne pouvait véritablement venir, en peu de temps, à bout des différents aspects complexes, épineux et sensibles soulevés par la problématique de la mise en place des bases de notre démocratie. De là on comprendra du coup, le grand désarroi du peuple de Guinée, de voir le même pouvoir militaire renoncer contre toute attente et de manière spectaculaire à cette noble mission en abandonnant une transition à peine entamée, nous allions dire presque en friche à elle-même au profit de la course obsessionnelle aux urnes, une démarche contraire au serment prêté à la nation et aux clauses de cette transition. Les Guinéens se retrouvaient dès lors devant un véritable vide politique, mais surtout au bord d’un précipice. Le Conseil national de transition, l’unique structure supposée élaborer, proposer et garantir les préalables à la démocratisation du pays en exigeant de la junte et du gouvernement leurs applications n’existait que de nom. De grands rendez-vous comme les États Généraux de la transition où l’on devrait procéder objectivement et sans passion au diagnostic de la situation en vue de décisions éclairées tout en évitant de substituer ce très important forum où se profilait l’avenir politique du pays à des procès publics d’intention, n’avait nullement fait sa préoccupation. Il manqua également d’intérêt quant à l’identification et au respect des critères de sélection des candidats à la magistrature suprême; à la définition de la place et du rôle des partis politiques, des forces militaires et paramilitaires, de la commission électorale indépendante, de la cour suprême dans la sensibilisation des militants, l’encadrement, le déroulement du processus électoral, le traitement des données et la proclamation des résultats. Fracturée par la partisanerie politique et des querelles internes de personnes, cette institution fantôme qui avait pourtant les mêmes prérogatives qu’une assemblée constituante a rarement inquiété cette junte dans ses décisions et actions controversées dont elle s’en accommodait souvent. Ceci expliquait notre désistement à l’intégrer, suite à la proposition d’un de nos meilleurs amis, le grand, bouillant et audacieux syndicaliste feu Dr. Ibrahima Fofana (paix à son âme) qui, nous connaissant parfaitement mieux que quiconque et convaincu que notre contribution pourrait éclairer et rehausser la qualité du débat sur les problèmes posés par la transition et les solutions qu’ils appelaient, nous convia à rentrer au pays rejoindre ladite institution. C’est donc au cours de cet épisode d’orphelinat vécu par la transition que l’Auguste Ciel intervint de nouveau en couvrant la Guinée de sa Miséricorde par des solutions de compromis relevant du miracle, qui lui permirent en l’absence de préalables de passer dare-dare à l’effervescente étape des urnes.

Raisons et conséquences d’un scrutin précipité

Les raisons

Les contextes politique et socio-économique antérieurs à la transition esquissés précédemment, le lourd et honteux héritage légué par le récent régime défunt, les principales formations politiques d’obédience ethnique faisaient de la Guinée un pays à situation politique d’exception très préoccupante qui méritait d’être décantée si l’Union africaine, les Nations-Unis et les acteurs nationaux du changement tenaient à court terme à l’instauration sur des bases solides, d’une véritable démocratie en Guinée. Cela rassurerait les Guinéens de la crédibilité des candidats, de la fiabilité des instruments (listes électorales, fiches d’électeurs, équipements, formalisation des données informatiques) et conférerait ainsi au scrutin en perspective une plus grande transparence. La précipitation caractérisée par l’engouement passionnel de nos leaders politiques d’aller aux urnes et qui occulta, laissa des aspects essentiels de la transition dans l’ombre, nous avait, au début, parue mauvaise conseillère avec le sentiment qu’elle risquerait de ressusciter les mêmes traditions malsaines et cyniques qui ont été préjudiciables à l’instauration d’un État de droit, à l’exercice de la démocratie, à la vie des citoyens et au bonheur du peuple de Guinée. Mais l’appréhension après mûres réflexions de certains aléas qui pourraient surgir au cours du délai de mise à jour des préalables et compromettre le projet de démocratisation nous amena à nuancer notre jugement. La décision presque unanime des acteurs politiques locaux appuyée par l’Union africaine et les Nations-Unis de se priver de préalables, quoique nécessaires, par l’économie de l’allongement de la période transitoire n’était pas sans justifications. Les uns et les autres avaient des raisons différentes quant à ce choix face à un aussi grand dilemme. Après la tentative manquée de confiscation du pouvoir par la junte militaire, le spectre d’un éventuel trouble politique susceptible de remettre en question l’avènement de la démocratie avec le malaise persistant dans l’armée et ce, malgré l’assurance du Président Général intérimaire, continuait toujours de hanter les esprits. Au demeurant, rien n’était désormais ni plus, ni moins sûr. Bien qu’elle comportât des insuffisances majeures qui furent d’ailleurs ressenties tout au long du processus électoral, le réalisme même commandait cette alternative. Elle fut jugée salutaire par beaucoup de guinéens au regard de la triste histoire politique de notre pays avec la douloureuse expérience des régimes dictatoriaux et totalitaires. Selon cette perception que nous partagions, tout apprentissage réserve son lot de ratures. Mieux vaut une démocratie qui balbutie et que les institutions républicaines du nouvel État (Assemblée nationale, gouvernement, cours suprême) et la société civile auront la tâche de parfaire que de remettre indéfiniment à plus tard les élections sous peine d’un retour inattendu au statu quo.

Les préoccupations d’autres acteurs politiques qui s’activaient à appuyer la précipitation aux urnes fondée sur l’approche de l’économie des préalables étaient ailleurs. Soupçonnés de délits économiques impunis, d’avoir trempés dans des affaires frauduleuses, cautionné la corruption, appuyé les pouvoirs défunts dans la répression des citoyens, ils trouvaient en cette approche, une porte de sortie, une prière exhaussée, une bénédiction les mettant à l’abri de toute enquête et poursuite judiciaire susceptibles d’entacher leur crédibilité, leur audience politique ou publique. Pourtant, ils devraient se rendre à l’évidence que seule cette justice hélas contournée, sentie comme une sorte d’épée de Damoclès sur leurs têtes pouvait les laver de ces lourds soupçons et les réhabiliter aux yeux de l’opinion.

Il faut aussi rappeler que le discernement, au-delà des rumeurs, n’est, malgré tout, nullement absent du jugement des Guinéens. Il est un fait établi que les pouvoirs centraux d’antan n’avaient jamais agi seuls comme artisans de la misère du peuple de Guinée, tant dans la mise en œuvre des politiques publiques, dans les malversations, la mauvaise gestion du trésor, du patrimoine financier de l’état, dans les délits politiques que dans le traitement répressif et cruel des citoyens. On savait aussi par contre que des nombreux hauts cadres et chefs de départements ministériels des régimes et gouvernements défunts, il y en a eu, quoique moins nombreux qui, en demeurant honnêtes et intègres dans l’exercice de leurs fonctions, dans la gestion des deniers publics se sont fait attirés les ennuis du pouvoir. Certains, pour cette raison furent congédiés, d’autres démissionnèrent en rendant honorablement d’eux-mêmes leurs portefeuilles (un premier ministre, un secrétaire d’État aux Guinéens de l’étranger et un gouverneur de la banque centrale).

Ce bref développement, pour signifier que tous les acteurs politiques nourrissant des Velléités d’exercer le pouvoir démocratique auraient gagné en termes de transparence si le soin avait été laissé à la justice de faire la part des choses. Bien que la situation économique d’exception des candidats sur lesquels portaient des soupçons (situation liée à leur passage dans des départements ministériels et services  »juteux ») témoignerait apparemment de leur implication dans des forfaitures condamnables, il fut absurde, dans un État de droit ou en passe de l’être, d’avoir tenté sur la base des rumeurs de miner, d’ébranler leur crédibilité et ce, en l’absence de procès établissant objectivement leur culpabilité. Malheureusement, s’il est une chose difficile à gérer lorsqu’elle s’échappe et circule, notamment en contexte de désœuvrement et de crise, c’est bien la rumeur. Elle peut être fondée ou non. Seule une justice équitable est en mesure de la faire dissiper en acquittant ou en condamnant l’accusé.

Les conséquences

C’est donc sur les cendres d’une transition effleurée ou avortée avec un fond juridique vide, des approches et instruments inadéquats, biaisés, insuffisants ou inexistants que la campagne et l’élection pour la présidentielle de 2010 furent lancées. Aucun filtre, aucun critère au plan éthique n’avait été mis en place pour la sélection des candidats par le nouveau pouvoir militaire comme l’exige la tradition démocratique. Celui-ci craignait, en prolongeant la période transitoire par l’érection des tribunaux, d’endosser de nouveau, les conséquences d’éventuels retournements de situations après un premier trébuchement tragique de l’armée guinéenne. En passant sous silence les crimes sociopolitiques et économiques impunis, tout semblait dès lors permis. Vingt-quatre (24) candidats allant d’anciens grands commis de l’État des régimes et gouvernements défunts (quatre (4) premiers ministres, trois (3) ministres, des directeurs de services centraux de poids, un ex-président de l’Assemblée nationale, du PUP, mais aussi ex-diplomate et directeur général de la voix de la Révolution), aux chefs de partis politiques parmi lesquels un opposant historique à tous les régimes jusqu’aux simples citoyens se bousculèrent aux portes du palais Sékoutouréya. L’engagement ferme du général Konaté de ne voir aucun militaire et membre du gouvernement de transition prendre part au scrutin, conformément aux accords de Ouagadougou, fut scrupuleusement respecté; ce qui contribua à réitérer en lui la confiance du peuple de Guinée et à redorer l’image ternie de notre armée.

Première élection démocratique libre du genre dans l’histoire politique de la Guinée, jalon important et décisif dans la restauration de la légalité constitutionnelle, de l’établissement d’une démocratie favorable à la reconstruction du pays, cette présidentielle fut un grand sprint d’enjeux majeurs, une véritable ruée vers les urnes telle l’impitoyable course de s spermatozoïdes vers l’utérus pour féconder l’ovule. Si elle put se tenir, les tristes conséquences de l’économie des préalables dont elle fut privée et qui ne furent guère à l’avantage de son bon déroulement ne se firent pas attendre. Elles furent ressenties et vécues tant pendant les campagnes que lors des premier et deuxième tours de scrutin.

Les lacunes du premier tour

En plus de ses faiblesses et des insuffisances notoires imputables à l’organisation du scrutin (constitution des listes électorales, problèmes de logistique, formalisation biaisée des paramètres d’informatisation, approvisionnement en matériels entre autres), la CÉNI dont l’indépendance n’était qu’apparente en tant qu’elle souffrait d’une crise interne d’influences avec la présence en son sein de fidèles et inconditionnels adhérents des partis en lutte fut décriée et accusée dès le premier tour de fraudes de grande envergure par tous les principaux candidats et qui influencèrent largement les résultats de ce scrutin faisant ainsi l’objet de vives contestations.

À la date du 27 juin 2010, rapporta un analyste politique, «toutes les conditions n’étaient pas réunies pour l’organisation d’un scrutin équitable et transparent. Pendant que les électrices et les électeurs de certaines régions avaient été amplement recensés et inscrits sur les listes électorales, celles et ceux d’autres régions n’avaient pas joui du même traitement.» Des plaintes et des réclamations irréfutables largement justifiées à l’appui de données chiffrées reçues par la cour suprême firent état de révélations étonnantes et préoccupantes dépassant l’entendement dans une élection présidentielle d’un tel enjeu. Un des manquements au principe d’éthique qui la régit fut le refus ou la non-transmission par la CÉNI à la cour

suprême des procès-verbaux de la totalité du vote dans les circonscriptions électorales de Matam, Ratoma, Kankan, Faranah Mandiana et de Lola, qui ne trouva d’alternative que d’annuler ce vote dans ces six circonscriptions dont cinq demeurent l’un des fiefs du Professeur Condé. Ainsi par la faute et les insuffisances de la CENI, de son premier président, de certains de ses collègues, les candidats perdirent le vote de 669 647 électeurs inscrits, soit 17,72 % du total. Le Code électoral devait impérativement prévoir la reprise du vote dans toutes les circonscriptions dont le suffrage avait été annulé pour quelque raison que ce soit, avant la publication des résultats provisoires par la CENI et la transmission des procès-verbaux à la Cour Suprême; ce qui ne fut pas fait.

Une autre aberration fut qu’au moins 468 562 électeurs recensés n’ont pu recevoir de cartes d’électeurs. Une inégalité assez remarquable fut constatée dans le nombre de bureaux de vote selon le lieu d’origine des candidats. Par exemple, la ville de Labé qui comptait 124 508 électeurs inscrits disposait d’un nombre plus élevé de bureaux de vote que la ville de Kankan qui en comptait 132517; soit un bureau de vote pour chaque 372 électeurs à Labé, contre un bureau de vote pour chaque 570 électeurs à Kankan. Il aura fallu créer près de 2000 bureaux de vote supplémentaires dans les circonscriptions qui étaient insuffisamment desservies, dont une majorité en Haute Guinée et en Région Forestière. En Haute Guinée, l’éloignement des bureaux de vote par rapport aux résidences des électeurs atteignait parfois 45 km, ce qui empêchait indirectement ceux-ci de voter, un jour où les véhicules étaient interdits de circulation. Le défaut d’acheminement du matériel électoral (urnes, listes des électeurs, bulletins de vote, PV de recensement du vote, etc.) fut flagrant. L’évidente complicité des maires, chefs de quartiers corrompus et des membres sans scrupule de la CÉNI permirent la mise en place de bureaux de vote parallèles, de disparitions, de bourrages d’urnes et la distribution de fausses cartes d’électeurs. Pour 3.304 393 votants au total, il n’y a eu que 1.771 976 suffrages valablement exprimés. Il en résulte une suppression, pour diverses raisons, de 1.532 417 voix, soit 46,38 % de votes supprimés; ce qui constitue un crime politique inacceptable. À Télimélé, par exemple, le candidat de l’UFDG a obtenu à lui seul 52 230 voix sur 52 098 suffrages valablement exprimés, soit 100,25 %; d’où la conclusion qu’il y a eu là bourrage des urnes et/ou des votes multiples (voir les résultats définitifs donnés par la Cour Suprême). Au niveau des ambassades, on nota 103 061 votants pour 94 685 inscrits, soit 108,85 % de suffrages valablement exprimés. Les innombrables cas de fraudes massives et d’irrégularités qui furent rapportés d’un peu partout représentent l’un des plus grands scandales de l’histoire des élections démocratiques dignes de ce nom. Il y a eu donc là des motifs objectivement raisonnables justifiant le verdict de culpabilité condamnant le président de la CENI, feu Mr. Sékou Ben Sylla (paix à son âme) peu avant sa mort à un an de prison et dont la gestion controversée du premier tour fut à l’origine de ces fraudes. Deux candidats émergeront de ce tour dont les résultats pour les raisons évoquées, furent menacés d’annulation: Mr. Elhadj Cellou Dalen Diallo de l’union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) (43%,69) et le professeur Alpha Condé du rassemblement du peuple de Guinée (RPG) (18,25%).

Quelques faits dominants des événements entre les deux tours méritent d’être retenus. La recrudescence de la violence engendrée par des tensions interethniques, la résolution des problèmes d’éthique posés par la partisannerie décriée des anciens chefs de la CÉNI, avec la nomination d’un nouveau président neutre, exempt de toute influence politique, le Général malien Issiaka Toumany Sangaré et la gestion appréciable des problèmes techniques liés au scrutin du second tour nonobstant cette flambée de la violence.

La recrudescence de la violence

Par manque de sensibilisation des populations, les rivalités ethniques resurgirent, s’aiguisèrent et donnèrent lieu à des tensions, des affrontements violents quelque fois meurtriers avant et après le deuxième tour du scrutin. Des pillages, agressions, voire assassinats entre les partisans des deux concurrents qui éclatèrent en banlieue de Conakry dans les zones sensibles du l’UFDG (Hamdallaye, Bambéto cimenterie, Enco 5 en particulier) se propagèrent dans des quartiers de la capitale. À ces affrontements et agressions où une minorité ethnique des zones de violences subit atrocement les méfaits des attaques des assaillants d’une autre ethnie plus nombreuse s’ajouta la rumeur qui circula dans tout le pays de l’empoissonnement au palais du peuple d’une centaine de militants du RPG à l’eau embouteillée et commercialisée qui serait livrée par une entreprise appartenant à des hommes d’affaires fulbe commanditaires ou proches de l’UFDG.

Ces flambées de violences à Conakry motivées par l’intolérance eurent des échos regrettables à l’intérieur du pays où des essaims de populations innocentes fulbe et maninka disséminés à travers le Fuuta, la Haute-Guinée et la Guinée forestière et qui, jadis vivaient en parfaite harmonie se firent persécuter, agresser et piller par des militants extrémistes du RPG et de l’UFDG. Dans ce climat épouvantable d’intolérance, on assista à des scènes tristement pathétiques d’exode de populations fulbe fuyant des zones de répression vers le Fuuta ou des contrées limitrophes et de chasse de leurs logements dans certaines villes du Fuuta des fonctionnaires majoritairement originaires de la Haute-Guinée et qui occasionnèrent des déplacements de leurs familles vers des villes ou endroits plus sécuritaires. Les maisons et autres biens de certains chefs de partis natifs du Fuuta furent saccagés, pillés, détruits, leurs familles agressées avec cas d’assassinat à Dalaba pour avoir boudé, puis troqué le vote ethnique contre leur libre choix d’adhérer, sur la base de leur conviction politique au groupe RPG-Arc-en-ciel d’Alpha Condé, rival de celui de Cellou Dalen Diallo-Président. Ce geste courageux, novateur, de porter le vote au-delà de l’ethnie et qui est un véritable jalon dans la construction d’une Guinée démocratique, méritait respect et encouragement au lieu de le solder par une répression brutale. Ailleurs dans d’autres régions du pays, le même phénomène de défection qui s’était pourtant produit n’eut pas d’effets propres à provoquer la violence. La très âpre lutte fratricide entre le Pr. Alpha Condé et Lanciné Kouyaté en Haute Guinée au premier tour où le second glana sérieusement le vote du premier et qui risqua de porter préjudice à celui-ci face aux candidats Elhadj Cellou Diallo et Sidiya Touré, n’avait aucunement suscité de rancœur des populations de Kouroussa de nature à attaquer la famille de Kouyaté et à saccager ses biens. De même le ralliement des leaders Elhadj Papa Koly Kourouma du RDR, Jean Marc Telliano du RDG au Groupe RPG-Arc-en-ciel ne provoqua aucun ressentiment amenant les militants non-RPG de N’Zérékoré, de Guéckédou et Kissidougou à des actes de pillage, de destruction et d’agression vis à vis des familles de ces leaders et de leurs biens.

Tant et aussi longtemps que le vote restera strictement confiné à une ethnie et que l’adhésion d’un membre de cette ethnie au programme politique du leader originaire d’une autre ethnie sera considérée comme un sacrilège, un crime à réprimer, il sera difficile au chef de la formation politique relevant de cette ethnie et de surcroît candidat à la présidentielle de dissiper la crainte, la méfiance générale au regard de l’ultranationalisme ethnique de ses militants et de convaincre l’électorat d’autres groupements quant aux motivations profondes de son programme politique, vu et perçu plus comme la réponse à des préoccupations communautaires voilées que de véritables objectifs de rassemblement et développement national. Ceci pour signifier que la stratégie de l’intimidation et de la violence en contexte de démocratie est loin d’être la solution aux problèmes politiques dans un pays à visage multiethnique. Des efforts soutenus de sensibilisation à la tolérance, au respect de la différence des choix politiques et au renoncement à la violence permettraient de corriger la défaillance.

Cette violence se transporta sur d’autres fronts et compliqua le drame guinéen lorsque des politiques, intellectuels, hommes des médias et de culture censés être la lumière et la conscience de ce pays, aveuglement mus par l’intolérance, l’extrémisme, se mêlèrent et accentuèrent la tragédie en rivalisant d’ardeur dans des besognes peu nobles d’incitation à la haine ethnique et à la violence dans le dessein satanique d’enflammer, de faire de la Guinée un brasier. De l’intérieur et notamment de la diaspora, ils mirent à profit des sites internet, radios, journaux privés à l’image des légendaires radios collines du Rwanda où ils tinrent sans retenue des discours haineux, posèrent des gestes de violences verbales d’une rare virulence en faisant déferler des grossièretés, des torrents d’injures loin d’être dignes d’intellectuels, d’homme de culture sur des chefs de partis politiques et du président de la transition accusé malgré son intégrité de partialité et d’avoir organisé des fraudes. Ce dernier menaça de démissionner sous la colère de l’indignation. Passez en revue les communications de certains internautes de ce triste épisode du joute électorale, vous en serez, avec le recul, terrifiés du danger que représentaient pour l’unité de la Guinée ces internautes mus par l’intolérance et assoiffés de vengeance. Leurs réflexions allaient des idées sordides d’interdiction du mariage exogamique entre ethnies, entre Fulbe et Maninka en l’occurrence, à la cessation, à la balkanisation de la Guinée. Il faut, avouons-le, être de mauvaise foi pour nier les gains bénéfiques considérables engendrés par l’exogamie dans la consolidation des liens inter-communautaires tout en cimentant la cohésion nationale. De telles idées, fondement d’idéologie séparatiste doivent être extirpées de nos mentalités pour le triomphe de la paix, du progrès et de l’unité nationale. Elles furent à l’origine des plus grandes catastrophes humaines tant en Afrique que dans le monde. Souvenons-nous des coûts dévastateurs et meurtriers de la cessation du Katanga sous Tchombé dans l’ex-Congo Belge, de celle du Biafra au Nigéria, du Soudan du sud, de la guerre fratricide au Rwanda en Tusti et Hutu, de celle des Balkans entre Serbes et Croates dans l’ancienne Yougoslavie. Le peuple de Guinée, longtemps en quête de bonheur et de paix et qui a tant souffert, ne mérite plus de pareilles déchirures. Dominons nos passions pour le bien de chacun et de tous et évitons de réveiller les démons de la division.

Même si elles ne firent pas l’objet d’évaluation systématique, les conséquences destructrices voire funestes de la violence exercée par les partisans extrémistes des deux groupes rivaux qui furent particulièrement ressenties autant dans la communauté fulbe que maninka, suscitèrent la consternation et l’indignation générale. Bien que l’amertume et la colère consécutive à cette triste situation avait débordée chez les uns et les autres, l’approche de solution consistant à éradiquer la violence par la violence était la pire alternative.

Le pays en passe de s’ouvrir à d’autres troubles politiques susceptibles de remettre en question l’avènement de la démocratie était de nouveau au bord de l’abîme, du chaos et frôla la guerre civile. Ce fut la bienveillance d’Allah qui, par son sublime acte providentielle sauva la Guinée. Dans les mosquées et les églises, des prières, des invocations dédiées à la paix furent organisées sur toute l’étendue du territoire. On implora l’Auguste Ciel de doter, au terme de cette joute électorale, la Guinée d’un président soucieux du sort de tous les Guinéens et dont la préoccupation majeure sera la prise en charge de la reconstruction du pays dans son entier. Des messages d’hommes d’États, de religieux et d’autres bonnes volontés épris de paix parmi lesquels ceux des grands de la planète, affluèrent de partout (la Guinée, l’Afrique et le monde) vers Conakry à l’adresse des principaux acteurs politiques, du gouvernement et du chef de la transition en vue de contrer les débordements, d’éteindre le brasier à peine allumé. Ce dernier renonça, suite aux nombreuses interventions, notamment celles de la communauté internationale et de l’Union africaine à démissionner. Il se mit au-dessus des considérations et lança d’un ton ferme l’ultimatum : «Je ne tolérerai pas que des Guinéens soient traqués à l’intérieur de leur pays.» Les innombrables appels à la retenue, au calme et l’entrée en fonction du nouveau président de la CÉNI, amenèrent un climat d’apaisement passager puisque les violences reprirent dès après la proclamation des résultats définitifs qui consacra la victoire du professeur Alpha Condé sur son adversaire politique Elhadj Cellou Dalein Diallo. Cette victoire qui a semé la consternation chez les supporters d’Elhadj Cellou Dalei Diallo provoqua un nouvel épisode de violence tant à Conakry qu’au Fuuta. La sensibilisation à la paix des militants du en colère par ce dernier de ses militants suivie du couvre-feu et de l’état d’urgence décrétés par le président de la transition mirent fin à l’escalade répétée de la violence.

La résolution des problèmes liés au scrutin du second tour

Un autre des faits dominants du scrutin dans sa deuxième phase fut la prise en charge et la gestion responsable sous l’autorité du Général Issiaka Toumany Sangaré des aspects déficients rapportés au sortir du 1er tour qui affectèrent considérablement les résultats du scrutin et qui furent préjudiciables aux candidats défaits et ceux en lice pour le second tour. En raison de la gravité du scandale provoqué par les nombreux cas de dysfonctionnements et d’irrégularités identifiés par la CENI elle-même, rapportés par les partis politiques, reconnus par la cour suprême et attestés par tous les observateurs internationaux, ceux de l’union européenne entre autres, le premier ministre chef du gouvernement de transition Mr. Jean Marie Doré en qui l’on reconnaît l’esprit de rigueur et de réalisme exigea, en dépit de la pression exercée par certains leaders politiques locaux et des acteurs internationaux, le report du deuxième tour au-delà du délai réglementaire, le temps de corriger ces dysfonctionnements et d’apaiser les tensions sociales. Dans le but d’assurer à l’élection transparence et crédibilité, il recommanda la constitution d’une commission ad hoc interministérielle (composée des différentes institutions du pays, dont la CENI et le Conseil national de la transition) fut constituée pour corriger les dysfonctionnements sous la vigilance des observateurs internationaux.

Avant la date du deuxième tour du scrutin un maximum de problèmes provenant d’erreurs d’insuffisances et de déficiences techniques relevées au premier tour avait été résolu. Selon le Centre Carter, plusieurs procédures électorales avaient été nettement améliorées. Le cadre juridique était plus clair et mieux communiqué. Des stations de votes supplémentaires ont réduit les distances ainsi que les temps d’attente pour les électeurs. Les agents des bureaux de vote et les agents des partis étaient mieux formés sur les procédures de vote. Les représentants des alliances des deux candidats étaient inclus à chaque étape du processus améliorant ainsi sa transparence; et dans la plupart des cas, le matériel électoral avait été correctement distribué avec tout le matériel important distribué avant le jour des élections. La CENI, sous la direction de son nouveau Président, Siaka Toumani Sangaré, a parlé d’une seule voix et a fait preuve d’une meilleure tolérance et de transparence tout au long du reste des préparatifs électoraux. Les matériaux de vote avaient été distribués à temps dans la plupart des lieux de vote, la formation des agents électoraux avaient été significativement améliorée, et des bureaux de votes supplémentaires avaient été créés. Les reçus utilisés au premier tour par les électeurs n’ayant pas reçu de carte d’électeurs biométriques avaient été remplacés par des cartes alphanumériques dans le but d’essayer de réduire la possibilité de fraude. Cependant, le deuxième tour des élections a aussi été marqué par des problèmes qui n’ont par contre nullement entachés la crédibilité du scrutin. Des cartes d’électeurs alphanumériques n’avaient été distribuées que quelques jours avant la date des élections et n’étaient donc pas disponibles pour un nombre important de personnes qui avaient voté avec des reçus d’enregistrement au premier tour. Tandis que les listes de bureaux de vote et d’électeurs avaient été produites et étaient donc disponibles, elles n’ont été affichées que juste avant le jour de l’élection. Certains matériaux non sensibles mais néanmoins importants manquaient dans plusieurs kits électoraux. Malgré des améliorations apportées au processus de tabulation, les problèmes d’organisation n’ont pas été complètement résolus. Les forces de sécurité électorale connues sous l’acronyme FOSSEPEL ont joué un rôle important de maintien de l’ordre et de la paix. Les observateurs ont par contre rapporté des exemples d’agents de la FOSSEPEL outrepassant leur mission, y compris l’emploi relativement excessif de la force pour contenir les actes de violences des supporters d’Elhadj Cellou Dalein révoltés dans les rues, quartiers de la capitale ainsi que dans certaines villes Fuuta en raison de la défaite de celui-ci.

Le second tour, ses résultats et les points de vue des observateurs internationaux

Ce tour connu des jeux de coulisse, des négociations qui donnèrent lieu à la formation de deux grands groupes autour des candidats: l’Alliance Cellou DaleinDiallo-Président, d’un côté et l’Alliance RPG-Arc-En-Ciel d’Alpha Condé de l’autre. Après des efforts soutenus dans ce processus de corrections, de mise à jour des préalables, les Guinéens se rendirent de nouveau aux urnes le 7 novembre pour le second tour de l’élection présidentielle qui vit la victoire d’Alpha condé avec 52, 52% des voix sur Cellou Dalein Diallo 47,48%, victoire confirmée par CENI le 15 novembre et validée par la cour suprême le 2 décembre. Dans une analyse stratégique au scrutin présidentiel de 2010 en Guinée sous le titre «Comment la tortue a dépassé le lapin», Dr. Issaka K. Souaré soutint que les différentes missions d’observation électorale, aussi bien locales qu’internationales, ont jugé le processus et les résultats de ce second tour comme « crédibles et transparents ». Le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) a constaté « une meilleure organisation des opérations de vote et de centralisation des résultats ». Le chef de la mission d’observation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a déclaré « qu’il n’y a pas eu d’irrégularités ni d’incidents majeurs susceptibles d’entacher la liberté, la crédibilité et la transparence de l’élection présidentielle du 07 novembre 2010 en Guinée ». Pour la Mission d’observation électorale de l’Union européenne, (UE) «Sous l’impulsion d’un nouveau président […], la Commission électorale a finalement su se ressaisir [des dysfonctionnements du premier tour] et réussir l’organisation d’un second tour techniquement crédible, marqué par des progrès significatifs en matière d’intégrité et d’inclusivité du vote, et une plus une plus grande transparence dans le processus d’établissement des résultats.» De là, il déduit que la question de fraude au second tour étant largement écartée sur la base de ces témoignages, la victoire de l’un et la défaite de l’autre trouvaient donc leur justification ailleurs.

Sur la base d’un sondage réalisé à Conakry en novembre 2010 Dr. Souaré tira un certain nombre de conclusions significatives des résultats du second tour. Le passé politique des deux candidats qui les rattrapa influença dans une certaine mesure l’électorat à conquérir. La création d’une image négative de la plupart des associés de Conté, généralement soupçonnés de s’être enrichis au détriment du peuple de Guinée par le détournement des deniers publics. Or Mr. C. D. Diallo avait servi, pendant plusieurs années, comme ministre de Conté avant de devenir son premier ministre de 2004 à 2006. Les procès d’audit lancés par la junte militaire ayant succédé à Conté et qui amplifieront ces sentiments d’hostilité envers les anciens

cadres du défunt président ne furent pas à l’avantage du président de l’UFDG contrairement à son adversaire qui, tout en refusant d’intégrer leurs gouvernements, s’opposa au risque de sa vie pendant 40 ans à tous les régimes défunts. Par ailleurs et toujours selon Dr. Souaré, si Elhadj Cellou Dalein Diallo est passé aux yeux de ses partisans et de plusieurs observateurs comme un leader politique audacieux pour avoir été l’un des mobilisateurs du rassemblement public au stade du 28 septembre réprimé par la junte et pour avoir été malmené par celle-ci, il a par contre suscité l’indignation des partisans du chef de la junte Dadis Camara dont la chute du pouvoir a été précipitée par cet événement. Cette situation lui causa beaucoup de préjudice pour la région forestière. Un autre facteur déterminant sinon le plus aura été les alliances électorales pour le second tour où les affinités interethniques, l’appartenance ou la non appartenance des candidats à deux ethnies en Basse-côte, leur aptitude et performance diglossiques dans les langues du territoire (bilingue ou monolingue), en terme de communication avec les électeurs de cette zone, les affiliations régionales, les relations interpersonnelles entre différents leaders politiques, la probabilité de la victoire d’une large coalition et les bénéfices qui s’y profilent, la force du candidat à fédérer un maximum de partis et à convaincre les autres groupements quant aux objectifs nationaux de son programme politique furent largement en faveur d’Alpha Condé dans la conquête des électeurs n’ayant pas voté au premier tour, ceux dont les voix avaient été annulées par la cour suprême, mais surtout comme le souligne Dr. Souaré, ceux des électeurs ayant supportés les 22 autres candidats au premier tour. Tout ceci explique le retournement spectaculaire de tendance où Elhadj Cellou Dalein Diallo, parti favori au premier tour avec 43%,69 des voix, concéda en fin de course la victoire à son adversaire politique le Pr. Alpha Condé avec 52, 52% des voix, soit un gain considérable avec une remontée apparemment incroyable de 34,27%. Il prêta serment le 21 décembre et fut investi comme premier président démocratiquement élu depuis l’accession du pays à l’indépendance le 2 octobre 1958.

Les défis post-électoraux dans la reconstruction nationale : obstacles, efforts et réalisations

Les obstacles

Aussitôt après son assermentation au cours duquel il jura fidélité au peuple de Guinée, Le Pr. Condé invita dans sa toute première déclaration, son adversaire Elhadj Cellou Dalein Diallo à la concorde en vue de relever, la main dans la main, le grand défi guinéen que constitue la reconstruction du pays. «Une fois passée cette éprouvante campagne électorale, le temps est venu de se donner la main dans un esprit de concorde et de fraternité. À mon jeune frère Cellou Dalein Diallo, j’adresse mes sincères félicitations et je tends une main fraternelle pour l’édification d’une Guinée unie et prospère.» Rassurant les électeurs d’autres formations politiques y compris ceux de l’Union des forces démocratiques de Guinée de Mr. Dalein et tous les Guinéens quant à son engagement à respecter les objectifs nationaux de son programme politique, il confia publiquement: «Je suis le président du changement au bénéfice de tous, de la réconciliation nationale et du progrès pour tous. Il est temps de nous unir pour faire face aux nombreux défis auxquels est confronté le pays. Cela ne sera possible que dans une atmosphère de calme et avec la coopération de tous les Guinéens.» Voilà des confessions politiques de foi on ne peut plus toniques, réconfortantes qui devraient atténuer, refroidir l’atmosphère torride, épouvantable qui a caractérisé la joute électorale la plus libre, la plus palpitante et l’une des plus agitées de l’histoire des élections en Guinée.

Mais au soir d’un scrutin historique émaillé de violences et d’incidents regrettables où la passion a dominé, il devait être surprenant que cet appel solennel chargé de sincérité et de détermination à rassembler pour le combat commun en vue du bonheur collectif, reçoive de la part de l’Alliance Cellou Dalein Diallo-Président un accueil autre glacial. La défaite avec son cortège de déception et de frustration fraîchement encore ancrée dans les esprits rendait difficile l’acceptation de cette invite de grande signification pour la reconstruction nationale. Cependant à moyen terme, nous allions dire les mois qui suivaient, cette alliance devrait faire un sursaut de conscience au regard de l’histoire sociopolitique de la Guinée jalonnée de tragédies et de misère pour réaliser, en s’élevant au-dessus des considérations politiciennes, en priorisant l’intérêt du peuple de Guinée que le développement de ce pays ne doit pas être la préoccupation du seul gouvernement, mais de toute la classe politique guinéenne.

Au-delà de l’appel au calme consécutif à la reprise des actes de violence de ses militants dès l’annonce de la victoire d’Alpha Condé, appel à travers lequel le chef de l’UFDG, les invitait à faire preuve de calme et de dignité: «Nous devons à tout prix maintenir la paix dans ce pays», l’amertume, les écueils laissés par la très tumultueuse élection présidentielle de 2010, ne semblaient guère se dissiper. Les haches de guerre étaient loin d’être enterrées. La bataille des urnes se transposa sur presque tous fronts où par nécessité politique, par raison d’État, l’alliance Cellou Dalein Diallo-Président érigée désormais en opposition officielle devait rencontrer le pouvoir ou ses représentants. La plupart de ces rencontres laissait profiler le malaise, l’animosité, l’intolérance avec leur corollaire le dialogue de sourds auxquels s’ajoutaient les manifestations de rue à caractère violent, ce qui a considérablement nuit aux élans, initiatives et efforts de reconstruction nationale avec la peur des bailleurs de fond de s’investir en Guinée. Cette opposition verra ses rangs grossir par la venue en son sein d’alliés de l’alliance arc en ciel qui, non satisfaits du partage du butin post-électoral et impatients dans l’attente d’une alternance leur permettant de briguer des portefeuilles ministériels importants, firent défection. Le nouveau pouvoir issu de la large coalition regroupant presque toutes les sensibilités politiques régionales ne pouvait se permettre d’acquiescer la demande trop excessive d’un de ses confrères de même ethnie mettant en péril son souci d’équité, sa détermination à éradiquer l’ethnocentrisme et son engagement à être le président de tous les Guinéens et au service de tout le pays. Ainsi les grands ministères d’État connurent la distribution suivante: la primature à la Basse côte, le transport et les grands travaux publics d’aménagement du territoire au Fuuta, les Affaires étrangères à la Forêt. Ce fut le premier grand geste initiatique d’accomplissement de ses promesses de campagne électorale de 2010.

Rappelons que l’État de droit, le multipartisme, trame de fond de toute véritable démocratie n’ont de sens que lorsque les partis politiques, les associations syndicales, corporatives, de jeunes, de femmes etc. peuvent exprimer leur insatisfaction, leurs frustrations, mais aussi leur joie par des mobilisations, des marches qui, d’emblée s’inscrivent en droit. D’un autre côté les organisateurs (partis politiques, directions ou centrales des associations) ont aussi le devoir civique et moral d’imprimer à ces mobilisations, marches et manifestations un caractère pacifique en vue de préserver la paix dans le pays. Les débordements en termes d’attentat à la vie du reste sacrée des personnes, de menaces, d’agressions, de pillages des biens d’autrui consécutifs aux manifestations non contrôlées et encadrées témoignent en toute logique d’une préoccupation délibérée de ces organisateurs de cautionner la violence et le chaos, un acte condamnable qui est loin de résoudre les problèmes politiques et de contribuer au développement de la Guinée.

Les dérapages des manifestations de l’opposition où les jeunes jetés dans les rues agressaient et détruisaient tout sur leur passage, l’instrumentation des commerçants à des fins politiques avec les journées de villes mortes au cours desquelles les marchés, magasins et boutiques étaient fermés aux populations, du fait que le commerce de détail se trouve détenu par la plupart des hommes d’affaires affiliés ou proches de l’UFDG, une aberration unique en son genre que l’on ne rencontre nulle part et qui rappelle cette triste période de sans loi où tout était permis n’était pas de nature à faciliter l’afflux des capitaux, partant l’investissement privé. Avec de telle approche et en agissant de cette façon, cette opposition participe-t-elle réellement aux efforts de reconstruction du pays si urgents et indispensables pour le bonheur du peuple de Guinée? Que ce soit dans une localité bastion de l’UFDG comme Kankalabe au Fuuta ou du RPG comme Fadou-saba dans le Oulada en Haute-Guinée, l’implantation de centre de santé communautaire, la construction d’école, l’adduction en eau potable, l’électrification dans ces localités par l’action des organismes d’aide au développement ne doivent pas être perçues uniquement comme des réalisations à la seule gloire du pouvoir en place.

Du fait qu’elles rehaussent la qualité de vie des populations de ces localités et celles d’ailleurs dans le pays, toute la classe politique guinéenne y compris l’opposition devrait se sentir honorée, d’où le grand intérêt de cette dernière à encourager plus qu’à faire fuir les investisseurs par l’implication de certains partis dans le cautionnement de la terreur. C’est ce qui, d’ailleurs, amènera quelque leader politique de cette opposition à émettre des réserves en se désolidarisant, en se distendant d’une certaine tendance radicale constatée au sein de l’exécutif de l’Union des forces démocratiques de Guinée. L’approche, «mon projet, mon ambition politique ou rien» n’est nullement de nature à réguler une situation politique par le compromis et le dialogue. La raison d’être d’une opposition ne consiste pas seulement à se constituer en contrepoids d’un gouvernement, mais aussi à s’impliquer activement dans le développement du pays par des propositions édifiantes de loi et par l’initiation de projets structurants d’implications majeures dans l’amélioration des conditions de vie des populations guinéennes. À l’action intérieure des forces de résistance au développement s’ajoute celle de puissants lobbies mobilisés à l’étranger pour ternir l’image du pays et empêcher sa visibilité, semant ainsi le doute dans l’esprit des grands investisseurs peu rassurants d’opérer en Guinée. Si ces manœuvres peu nobles sont orchestrées pour nuire à la crédibilité du gouvernement dans sa politique de coopération économique avec ses partenaires, elles privent subséquemment en revanche et en termes de financement, de soutien logistique et technique, les projets de développement intégré pouvant être préjudiciables au bien être des populations guinéennes y compris les militants des partis politiques de cette opposition.

Efforts et réalisations dans le projet gigantesque de reconstruction du pays

L’appréciation, le jugement à l’égard d’un leader politique, d’un gouvernement procède moins des déclarations d’intention que du rapprochement entre ses promesses de campagne et son déploiement sur le terrain, nous allions dire ses réalisations. L’adversité est un fait de nature. Elle est aussi inhérente au genre humain qu’animal. Courber l’échine devant un concurrent, un ego à moins d’indignité relève du déshonore. Mais l’une des vertus cardinales de l’être humain qui témoigne de sa grandeur d’âme est la reconnaissance par lui du mérite de son adversaire. Après l’avoir combattu et sali sa mémoire, les conquérants coloniaux, dans «L’histoire des colonies françaises» n’ont-ils pas reconnu en l’empereur du Wassoulou, ce mérite lorsqu’ils écrivaient: «Il n’est pas exagéré de dire que l’Almamy Samory Touré s’est montré supérieur à tous les chefs noirs qui furent nos adversaires sur le continent africain. Il est le seul ayant fait preuve de qualités caractérisant un chef de peuple, un stratège et surtout un politique…», tout en soulignant avec immunité que « Samory ne viola jamais la parole donnée et que la trahison n’était pas dans ses habitudes.»

Que nous soyons politiquement affiliés à l’UFDG, l’UFR, au PDN, RDR à la NGR ou au PUP, nous devrons avoir le courage de saluer, à l’instar des administrateurs coloniaux, l’œuvre remarquable accomplie en cinq ans par le président guinéen et son équipe avec des jalons de grande portée sociopolitique posés à l’échelle de presque tout le pays, qui est inspiratrice pour les générations futures et qui mérite d’être poursuivie. Ceci ne traduit-il pas dans les faits le respect de son engagement à travers la mise en application de son programme politique, engagement où il déclarait être le président de tous les Guinéens, celui du changement au bénéfice de tous, de la réconciliation nationale et du progrès pour tous?

Après sa prise du service le 21 décembre 2010, le nouveau pouvoir se trouvait, comme mentionné précédemment, confronté à toutes sortes de difficultés politiques, d’obstacles psychologiques majeurs qu’expliquaient les écueils, les frustrations nées du résultats des urnes à l’issue du scrutin du 7 novembre et la dificile conjoncture économique internationale. Loin de céder à la panique, au climat de rude hostilité politique, de rigueur des institutions financières et de la méfiance des investisseurs avec un contexte de violence peu rassurant, il guettait toutes les opportunités, frappait à toutes les portes des bailleurs de fonds potentiels, de ses partenaires européens dont la France, de l’union européenne, du FMI, de la banque mondiale, des pays de l’Asie du Sud-Est, ceux du golf. Il était aussi présent aux réunions du G8, et du G20, aux forums économiques internationaux entre autres celui des pays francophones tenu à Québec en octobre 2011 où nous avions eu l’occasion de nous entretenir avec le Président et au sortir duquel il rencontra la communauté guinéenne du canada à laquelle il fit état, dans une atmosphère familiale détendue et de simplicité de la situation du pays de ses réalisations et des perspectives d’avenir.

Ses efforts de recherche de financement de projets, d’investissements, de coopération donnèrent lieu aux signatures de plusieurs accords qui permirent de venir à bout des problèmes urgents de survie, de subsistance avec priorité à l’agriculture et de lancer des projets structurants d’incidences majeures pour l’amélioration des conditions de vie des populations guinéennes. L’œuvre de reconstruction du pays est si immense qu’il était difficile en cinq ans de couvrir tous les champs d’intérêt, les différents volets de cette reconstruction. Un autre drame de santé publique Ebola, l’une des grandes épidémies du siècle qui s’est abattue de manière tragique et inattendue sur notre pays, est venue de son côté perturber la grande

dynamique imprimée à cette reconstruction. Les efforts ont dûs être partagés entre la lutte pour éradiquer ce fléau et les grands travaux en chantier. Des progrès remarquables à travers des réalisations, source de fierté nationale ont cependant été accomplis. Ces progrès vont entre autres des constructions de logements, d’écoles, d’immeubles à bureaux aux infrastructures routières et de voirie dans plusieurs villes du pays, à l’électrification, à la réhabilitation du secteur agricole, aux dispositions visant l’amélioration des conditions de vie des populations, de la gouvernance administrative, économique et financière.

Au plan infrastructure routière il convient de citer: le réaménagement du 2×3 voies du tronçon Tombo – Moussoudougou, au prolongement de l’autoroute 2×2 voies Matoto-Enta-Dabompa jusqu’au km 36 et la connexion entre cette route et la voie expresse à travers des transversales de Enta-Sonfonia 2×1 voie sur 2,6 km au nord et au sud sur 2 km jusqu’au bitumage des voiries de certaines villes de l’intérieur du pays notamment à Faranah, Kissidougou, Dabola, Mamou, Kouroussa, Siguiri, Mandiana, N’Zérékoré, Kérouané et Dinguiraye, Coyah, Gaoual, Koudara pour un linéaire total cumulé de plus de 150 Km. A cela, s’ajoutent les travaux entrepris sur la nationale Mamou-Dabola, Guéckédou- Macenta, Kankan-Kissidougou, Kankan-Mandiana et Labé-Madina-Gounas…À cette liste, ajoutons les travaux de construction du siège du Ministère de la Justice Garde des Sceaux, de la Direction Nationale du Trésor, du siège de département de l’enseignement pré-universitaire, du siège de la Comptabilité publique et de la Banque de dépôt, de 50 Collèges ruraux, fruit de la coopération avec le Fonds Saoudien, l’achèvement des Infrastructures Militaires etc.

À l’image du père de la nation ivoirienne Félix Ouphouët Boigny, le Pr. Alpha Condé et son gouvernement ont décidé de mettre à profit la fête annuelle d’indépendance, désormais célébrée dans le pays profond pour y changer l’image des villes en commençant par poser des gestes ponctuels concrets de reconstruction significatifs de sa politique de développement globale du pays. Citons entre autres réalisations à l’actif de ce programme, les grands travaux de construction de la Mairie de N’N’Zérékoré, du Bloc Administratif du Gouvernorat de Boké. Des travaux similaires ont été réalisés dans la région de Mamou. Bien d’autres sont en cours dans les préfectures de Kankan, Kouroussa, Mandiana, Siguiri et Faranah où la cité du Niger est en train d’être réhabilitée par d’importants travaux de rénovation sans compter ceux de construction du centre Mères et Enfants à Coronthie, des voiries des réseaux d’assainissement, d’électrification, d’adduction d’eau, d’aménagements des sites de BICC, de la Gendarmerie de Sonfonia, de l’armée de mer.

D’autres gros ouvrages comme le pont sur bras de mer reliant le quartier de la Minière à Taouyah entrent dans le bilan du président Alpha Condé. Au niveau des infrastructures scolaires, les 5 098 salles de classe qui ont été construites entre 2011 et 2014 contre 1204 entre 2000 et 2010, représente un acquis considérable. Dans ce même registre, 400 salles de classe ont été réhabilitées et six (6) Directions Préfectorales/Communales de l’éducation, construites (Matoto, Kindia, Boffa, Mamou, Beyla, Siguiri). De même six (6) Directions Préfectorales/Communales de l’Education sont en cours de réalisation (Pita, Kankan, Macenta, Kérouané, Kaloum, Kouroussa). Cette amélioration de l’environnement scolaire a contribué à l’augmentation du taux d’inscription au primaire qui est passé de 82% en 2010 à 88% en 2014 et du taux brut de scolarisation qui est passé de 78% en 2010 à 86% en 2014 tout comme le taux de scolarisation de la jeune fille est passé de 70% en 2010 à 76% en 2014.

L’approvisionnement en électricité s’est considérablement améliorée. La réhabilitation des centrales de Conakry, l’inauguration du barrage de kaléta à Boffa représentent l’une des illustrations de cette amélioration. Plusieurs localités villageoises à l’intérieur du pays bénéficient aujourd’hui de l’approvisionnement en électricité avec des groupes électrogènes, panneaux solaires et en eau potable avec les puits-fontaines grâce aux investissements des ONG. Les gros villages de Oulada d’òu je suis ressortissant et dont j’ai une nette connaissance comme Banko, Fadou-saba, Cissela, Logorombo, Nono et Kouroukoro sont aujourd’hui constamment illuminés. Ailleurs dans d’autres localités du pays, le phénomène pourrait être analogue. Avec les pilonnes qui perforent un peu partout le ciel guinéen, l’implantation des réseaux de communication révolutionnés par l’internet demeure une réalité, De Québec (Canada) où je réside, je suis régulièrement en communication téléphonique avec ma grande famille à Fadou-saba.

Outre les infrastructures, les réalisations sous la gouvernance du Président Alpha Condé annexent également les secteurs entre autres de la lutte contre la pauvreté, l’amélioration des conditions de vie des populations guinéennes par la création de l’agence nationale de microcrédit, l’augmentation salariale substantielle (50% puis 40%) et l’établissement du SMIG à 444.000 Fg; l’amélioration de la gouvernance administrative économique et financière par la création d’un Haut commissariat de la forme administrative et de la modernisation de l’État.

Enfin le Président Alpha brava courageusement les grandes firmes minières et leurs puissants lobbies, révisa le code minier guinéen par une augmentation substantielle de la part guinéenne des intérêts, réveilla l’éternel projet d’exploitation minière endormi et conclu avec Rio Tinto Alcan des accords bilatéraux visant cette exploitation qui permettra d’impulser l’économie guinéenne avec des retombées directes en termes d’amélioration des conditions de vie des populations guinéennes en général et celles de la grande région forestière en particulier. En somme, toutes ces réalisations qui témoignent d’une grande dynamique socio-économique et politique traduisant un progrès indéniable ne sont durables que dans la paix et l’unité nationale. La guerre est visiblement destructrice des grands acquis joyeux d’un pays. Le cas du voisin et frère la Côte d’Ivoire, une véritable vitrine de l’Afrique dans les années soixante dix et quatre vingt, avec les réalisations gigantesques de feu Ouphouët Boigny, dont beaucoup ont volées en éclat suite à la grande tragédie post-électorale qui a endeuillée et déchirée cette nation jadis heureuse et prospère, en est une illustration éloquente.

Filles et fils de la Guinée, reconstruisons ensemble notre pays

L’on peut croire ou il peut apparemment sembler avec ce long développement que nous perdions de vue ou que nous nous éloignions du thème central de notre réflexion «Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix, la concorde et l’unité nationale. C’est volontairement que nous nous sommes étendu dans la recherche des éléments de la problématique de cette reconstruction à travers l’histoire politique tragique de notre pays et le récit de la récente transition démocratique dont le dénouement heureux fut le scrutin présidentiel de 2010. Le but recherché était d’amener les politiques, intellectuels, hommes des média et de culture à faire un sursaut de conscience au regard de la souffrance et de la misère endurées par le patient peuple de Guinée, à participer au-delà des différences de choix politiques à la noble et gigantesque œuvre de reconstruction du pays, à éviter l’intolérance, le cautionnement, l’incitation à la haine fratricide et à la violence dans la recherche de solutions tant aux problèmes politiques qu’au bonheur de ce peuple. Ma préoccupation en me livrant à ce long exercice de rappel à travers le contexte historique de la reconstruction était de convier mes concitoyens à éviter en somme la réédition des expériences antérieures, des forfaitures, des pratiques décriées préjudiciables à l’unité du pays et à son progrès et qui pourraient amener les auteurs de ces pratiques, de par la gravité, les tristes conséquences de leurs actes, à décrire des pages plutôt sombre de l’histoire de notre pays.

Il se pourrait que nous rencontrions des critiques donnant une autre interprétation, une autre dimension à notre volonté, notre démarche de sensibilisation au maintien de la paix et à la consolidation de l’unité nationale. Nous respecterions leurs opinions sans toute fois nous lasser comme nous l’avions signifié au pouvoir militaire sous la transition, de continuer à contribuer aux efforts de démocratisation du pays, de consolidation de l’unité nationale de recherche de solutions au bonheur du peuple de Guinée auxquels nous avions déjà souscrit et resterons fortement attaché. L’auteur du présent plaidoyer fut le président fondateur d’un regroupement social pluriethnique qui se présente aujourd’hui comme l’une des meilleures associations guinéennes en Amérique du nord et qui doit son fondement à l’entraide et la solidarité ethnique. Cette communauté qui est devenue une véritable famille et dont je suis fier, doit son dynamisme au sang nouveau que lui ont insufflé de vaillants jeunes héritiers qui nous ont succédés à la tête de l’exécutif au fil des ans. Elle dispose d’un important bassin de cadres d’expertises confirmées et de tous les profils. C’est sur la base sans doute de notre vocation de semer une culture de coexistence pacifique et fraternelle entre les ethnies de notre pays, coexistence qui, pour nous est plus une richesse qu’un obstacle à l’unité et progrès du pays que les militants de l’UFR d’Elhadj Ousmane Bah nous ont référé à lui dans le cadre de sa tournée de campagne en Amérique du Nord. En raison de ses rendez-vous et prises de contact plus nombreux que prévus, et ne pouvant venir au Québec pris par le temps, il ne contacta au téléphone.

Nous lui avions rassuré de notre soutien avec la condition que son programme politique réponde aux préoccupations et aux attentes du peuple de Guinée tout entier en matière de développement. Il nous a répondu de ne pas nous en douté qu’il n’a véritablement pas d’autre soucis que celui. Il y a souvent une logique, une adéquation implacable chez bien d’hommes intègres entre la parole et l’acte et c’est curieusement le même chef de l’UFR dont la famille a été agressée les biens saccagés et pillés pour avoir boudé le vote ethnique marquant un grand jalon révolutionnant la marche irréversible de notre pays vers l’ère de la véritable démocratie.

Aujourd’hui notre inquiétude est grande devant l’engouement sans précédent de nos leaders politiques, nos intellectuelles, hommes de culture et des médias censés être la lumière et la conscience de ce pays pour la culture et la pratique du communautariste autour de l’ethnie, et qui représente à terme une menace sérieuse à la paix, à l’unité au progrès du peuple de Guinée. Nous implorons le Bon Dieu qui nous a constamment éviter la plus grande catastrophe humaine que représente la guerre civile de semer dans le cœur des guinéens, la tolérance, l’amour des uns envers les autres et de répondre nos différends par le dialogue et de faire prévaloir et d’accepter des solutions de compromis profitables à la paix au bonheur du peuple de Guinée. Les tristes souvenirs de la guerre en Sierra-Léone, au Liberia fraîchement ancrés dans nos mémoires, guerre qui nous a lourdement notamment dans nos régions frontalière, celle Rwanda pour ne citer que celles-ci sont suffisamment révélatrices du danger que présente l’intolérance et la haine fratricide. Si nous tenons à la réussite de notre mission historique de promotion de la démocratie, de la paix, de la prospérité et du bonheur du peuple de Guinée, nous devrons, nous démarquer nettement des régimes défunts, ensevelir à jamais leurs traditions, leurs pratiques, placer la raison d’État, les intérêts du peuple au-dessus de toutes autres considérations y compris celles politiciennes.

La réalisation du grand projet de reconstruction du pays est dans la transparence, la paix, la concorde et l’unité nationales bien possible. Il suffit que les enfants de ce pays béni qui dispose de tout, s’entendent dans la quête du bonheur collectif en accordant la priorité, plus à la recherche de solutions réalistes et efficaces en vue de la mise en place d’un espace politique viable qu’à la course effrénée au pouvoir pour le pouvoir. Leur territoire regorge non seulement de richesses naturelles fabuleuses, mais les ressources humaines qui l’habitent recèlent de valeurs d’excellence, de pacifisme, de compromis, de tolérance et de solidarité. Unanimement reconnue comme l’un des Porte-flambeaux de l’indépendance africaine, cette Guinée n’avait-elle pas témoigné à la fin de la première moitié du siècle dernier, de sa présence significative sur la scène internationale en sonnant le glas de la décolonisation en Afrique noire d’expression française, en apportant un soutien inestimable aux mouvements de libération, en contribuant efficacement à l’affirmation de la dignité et de la personnalité africaine et à la création de l’Union africaine? Ses enfants soucieux de son devenir et mus par l’idéal national d’unité, de progrès, pourraient encore aujourd’hui, nonobstant les forfaitures des régimes politiques antérieurs, bien mettre à profit ces mêmes valeurs d’excellence, de compromis, de tolérance, pour faire d’elle, un modèle rayonnant de pays démocratique et développé en Afrique et dans le monde.

Il nous incombe à tous Guinéens, à la veille du très prochain scrutin présidentiel de réaliser un surrsaut de conscience nous permettant de nous éloigner de la course effrénée et obsessionnelle au pouvoir par la violence, la corruption, la manipulation ethnique, médiatique, la fraude et de nous insérer élégamment et honorablement par la transparence, la loyauté, le climat de respect et de tolérance dans le concert des nations de grande émancipation politique de ce 3ème millénaire. Quant au défi de la reconstruction du pays il est immense et porte sur plusieurs fronts, mais non insurmontable. Solidaire de toutes les organisations, de toutes les bonnes volontés soucieuses du devenir sociopolitique et économique de cette belle et riche Guinée, nous restons acquise à l’idée que la force et le succès, hier comme aujourd’hui, demeurent dans l’union. Selon ce proverbe manon de sage enseignement qui nous éclairera toujours, «Les fournis peuvent, lorsqu’elles se mettent ensemble, transporter un éléphant.» Guinéens, unissons nous pour reconstruire notre pays.

Le défi de la reconstruction du pays est immense et se porte sur plusieurs fronts. mais non insurmontable. solidaire de toutes les organisations, de toutes les bonnes volontés soucieuses du devenir sociopolitique et économique de cette belle et riche Guinée, nous restons acquise à l’idée que la force et le succès, hier comme aujourd’hui, demeurent dans l’union. «Les fournis peuvent, lorsqu’elles se mettent ensemble, transporter un éléphant.» Guinéens, unissons nous pour reconstruire notre pays.

Dr. Sékou Kaba, Québec, Canada

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