Droits de l’homme et élections en Guinée : L’UE déplore, ‘’un recul démocratique’’

Dans un rapport accablant, l’Union Européenne déplore un recul démocratique et des graves violations des droits de l’homme en Guinée, 10 ans après l’accession du Président Alpha Condé au pouvoir.

L’année 2020, note le rapport, « , a été marquée par les élections et la pandémie de COVID-19, a vu une détérioration de la situation des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit. »

Et l’Union Européenne d’ajouter : «  Le processus électoral – auquel l’UE n’a envoyé aucune mission d’observation car les conditions de transparence n’étaient pas remplies – a été scruté par plusieurs observateurs externes et critiqué notamment en ce qui concerne l’utilisation d’un dossier électoral incomplet et incorrect. Le risque d’un recul par rapport aux acquis des 10 dernières années est réel : certains progrès observés en 2019, notamment en termes d’adoption de textes législatifs, ont été remis en cause. », mentionne le rapport.

De même, l’UE déplore les restrictions des libertés d’expression :  « Les libertés civiles (notamment la liberté de réunion) ont subi des restrictions croissantes en raison de la pandémie et des troubles sociaux contre le processus électoral. La liberté de la presse s’est aggravée, certains journalistes ayant fait l’objet d’enquêtes pour leur rôle dans l’excitation des émeutes. La société civile était de moins en moins libre de s’exprimer et d’exprimer ses préoccupations : autour du double scrutin de mars (élection législative et référendum constitutionnel) et des élections présidentielles (en octobre), l’accès aux médias sociaux et aux télécommunications a été à plusieurs reprises limité« , déplore-t-on dans ce rapport adopté en juin.

Pour faire taire les voix discordantes, l’état d’urgence sanitaire a été l’argument développé par le gouvernement pour empêcher toute forme de contestation. Et dans ce contexte que le double scrutin controversé a été organisé pour faire passer le fameux projet de nouvelle constitution permettant au Président Alpha Condé de briguer un 3ème mandat.   

« Certains accusent que l’état d’urgence a été invoqué pour empêcher les manifestations de l’opposition. Le 22 mars, les Guinéens ont voté lors d’un référendum constitutionnel et d’élections législatives qui, pourtant jugées non inclusives et boycottées par l’opposition, ont ouvert la voie à une nouvelle république, pour certains simplement un moyen d’assurer le troisième mandat du président Condé. Le scrutin controversé a déclenché des violences, faisant des dizaines de victimes à Conakry et dans d’autres villes. À Nzérékoré, en Guinée forestière, les tensions électorales ont déclenché des divisions intercommunautaires de longue date, entraînant de violents affrontements qui ont fait au moins 32 morts, 90 blessés et des dizaines de maisons, magasins et églises détruits ou endommagés. Des élections présidentielles ont eu lieu le 18 octobre, les lacunes dans les rôles électoraux n’étant que partiellement comblées« , mentionne la note de l’UE.

Le 24 octobre, rappelle l’UE, « la commission électorale a annoncé que Condé avait remporté les élections. Son principal challenger, Cellou Dalein Diallo, qui avait revendiqué la victoire le 19 octobre, a rejeté les résultats officiels. Alléguant une fraude, il a appelé à des manifestations de masse. Le chef de l’opposition, Diallo, a vu son siège verrouillé par les forces de sécurité et a fait face à des poursuites judiciaires qui pourraient conduire à son inéligibilité future. Des dizaines de dirigeants et sympathisants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dont Sekou Koundouno, Ibrahima Diallo et Oumar Sylla, ont été arbitrairement arrêtés sans inculpation prouvée, apparemment emmenés dans des camps militaires, et finalement conduits en prison« . Et d’ajouter : « Malgré le risque d’infections au COVID-19, les autorités n’ont pris aucune mesure pour réduire la surpopulation carcérale grave, la prison centrale de Conakry, conçue pour 300 personnes, continuant d’héberger environ 1 500 détenus dans des conditions difficiles et inférieures aux normes. Trois détenus politiques sont décédés, de décembre 2020 à février 2021, tous membres du FNDC. Aucune enquête n’a été menée pour élucider les causes de ces décès, officiellement dus à des causes naturelles« , précise-t-on.

Face à ces violations répétées des droits de l’homme, l’Union Européenne déplore également la défaillance du système judiciaire dont les lacunes se font de plus en plus sentir à travers son incapacité à organiser des procès justes et équitables par rapport aux multiples violences politiques qui ont endeuillé de nombreuses familles en Guinée.

Ibrahima Sory Camara, www.kababachir.com  

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