Egypte : Un attentat a fait 235 morts dans une mosquée

L’attaque a eu lieu pendant la prière du vendredi dans la mosquée Al-Rawdah, dans la ville de Bir Al-Abed, à 40 kilomètres d’Al-Arich, la capitale de la province du Nord-Sinaï. Selon des témoins cités par l’Agence France-Presse, les assaillants ont encerclé la mosquée avec des véhicules tout-terrain et ils ont ensuite posé une bombe à l’extérieur du bâtiment. Après qu’elle a explosé, les hommes armés ont fauché les fidèles paniqués qui tentaient de fuir et mis le feu aux véhicules de ces derniers afin de bloquer les routes menant à la mosquée.

Une mosquée fréquentée par des adeptes du soufisme
La mosquée Al-Rawdah, qui a été visée par une attaque vendredi faisant au moins 235 morts dans le Nord-Sinaï en Egypte, était notamment fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam que l’organisation Etat islamique (EI) considère comme hérétique. Voici le décryptage du journaliste du Monde, Madjid Zerrouky, spécialiste de l’EI.
« En décembre, l’émir de la Hisba, « police islamique » de l’EI dans le Sinaï, (l’une des plus hautes fonctions dans l’organisation djihadiste) menaçait les soufis dans l’hebdomadaire du groupe, Al-Naba  : « Nous disons à toutes les [confréries], cheikhs et partisans soufis à l’intérieur et à l’extérieur du Sinaï que nous ne permettrons pas la présence d’ordres soufis au Sinaï ou en Egypte ». A l’appui de ces menaces, la décapitation de deux personnes pour appartenance au soufisme, dont le cheikh Soleiman Abou Heraz une figure soufie pour avoir « professé la connaissance de l’occulte ».

Dans le numéro 5 du mensuel du groupe, Rumiyah : l’émir est interrogé le long de 7 pages qui sont presque intégralement consacrées aux soufis : « Notre objectif principal est de mener une guerre contre les manifestations de l’idolâtrie, y compris le soufisme, la sorcellerie, la prédiction et le culte des tombes. » Il citait nommément la confrérie Al-Rawdah – du nom de la mosquée ciblée. « Dans le Sinai, il y a celle d’Al-Rawdah, à laquelle beaucoup d’autres sont affiliées ».

Les soufis sont considérés par les djihadistes comme des hérétiques, des idolâtres et polythéistes à cause de leurs hommages aux saints : leurs tombeaux deviennent des lieux de pèlerinage. Du Mali à l’Afghanistan, en passant par Mossoul, Rakka, ils ont dynamité des dizaines de mausolées soufis. »
Le président égyptien promet une réponse « brutale »
(Présidence égyptienne via AP)
 Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a promis de répondre avec une « force brutale » après l’attaque contre une mosquée qui a coûté la vie vendredi à au moins 235 personnes dans le nord du Sinaï.

« Les forces armées et la police vengeront nos martyrs et ramèneront la sécurité et la stabilité avec force très prochainement », a-t-il déclaré lors d’un discours télévisé très ferme après un conseil des ministres exceptionnel.

Analyse de Christophe Ayad, chef du service international au Monde
Après l’attaque dans le Nord-Sinaï qui a fait au moins 235 morts, voici l’analyse de la situation par Christophe Ayad, chef du service international au Monde :
« Le massacre de Bir Al-Abed n’est pas un attentat à proprement dit, c’est plutôt une attaque complexe menée par un ou des groupes djihadistes, une opération de style quasi militaire, qui a nécessité des complicités et une grande maîtrise du terrain, notamment pour s’introduire dans la ville, pour amasser autant d’armes et pour agir aussi longtemps sans irruption des forces de l’ordre, pourtant nombreuses dans la région.  
C’est un vrai camouflet pour l’Etat égyptien, qui ne cesse de dire qu’il remporte la guerre contre le terrorisme, alors que les groupes armés lui infligent des pertes de plus en plus lourdes, notamment dans le désert occidental le 20 octobre (plus de 50 morts selon des bilans officieux, une quinzaine selon l’officiel). Cette attaque en dit long sur le peu de contrôle du territoire qu’exerce l’Etat égyptien dans la péninsule du Sinaï. » 

Le Monde.fr

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