Elizabeth II, la reine éternelle, est morte

C’était le plus long règne de la monarchie britannique. La reine Elizabeth II, qui a célébré le 6 février 2022 les 70 ans de son installation sur le trône, est décédée ce jeudi à l’âge de 96 ans, Pour ses sujets et pour le monde, une page d’histoire se tourne.

C’est le communiqué que le peuple britannique (et bien au-delà) redoutait depuis longtemps. « Après une nouvelle évaluation ce matin, les médecins de la reine sont préoccupés pour la santé de sa Majesté et ont recommandé qu’elle reste sous surveillance médicale. » Il était 12h32 heure de Londres. Six heures plus tard, le rideau tombait sur un règne de soixante-dix ans. « La reine est morte paisiblement à Balmoral cet après-midi », indiquait le palais, sobrement. Comme si l’infinie tristesse de cette nouvelle n’appelait aucun autre commentaire, laissant la place aux hommages venus du monde entier.

Pendant que le Royaume-Uni retenait son souffle, le futur roi Charles III a pris la route du château de Balmoral, la propriété écossaise des Windsor où Elizabeth II avait l’habitude de passer tous ses étés. Ses petits-enfants William et Harry se sont également précipités à son chevet, toutes affaires cessantes, sans que l’on sache s’ils sont arrivés à temps pour lui dire adieu.

PODCAST. La vie de roman de la reine Elizabeth II, monarque la plus populaire au mondehttps://embed.acast.com/9f905938-baf3-4214-bd26-65999b4899d7/5ebd491ed6d02854b85e8f31

À Londres, la foule a commencé à converger vers Buckingham en milieu d’après-midi, sous une pluie battante. À 18h30, le drapeau flottant au-dessus du palais a été mis en berne. « Oh no ! » La nouvelle a arraché ce cri du cœur, avant que les larmes ne coulent sur les visages défaits, de plus en plus nombreux à mesure que la nuit enveloppait Londres. L’hymne « God Save the Queen » a retenti une dernière fois pour Elizabeth II. Elle accompagnait les Britanniques depuis toute leur vie. Presque une éternité.

Elle a connu tous les géants de ce monde

Sa longévité était devenue légendaire. En juin dernier, elle était encore au rendez-vous pour célébrer les 70 ans de son règne, commencé à la mort de son père le roi George VI, le 6 février 1952. Elle avait seulement 25 ans. Quelques années plus tôt, elle avait annoncé la couleur en jurant : « Toute ma vie, qu’elle soit longue ou courte, sera consacrée à votre service. » C’était en 1947, la jeune « Lilibeth » promettait de dédier sa vie à la « grande famille du Commonwealth ». Sur la robe de soie blanche de son couronnement, en 1953, elle fera broder l’emblème de toutes « ses » nations. La rose anglaise, le trèfle d’Irlande, le chardon d’Écosse et le poireau gallois. Mais aussi la feuille d’érable du Canada, le mimosa d’Australie ou les deux fleurs de lotus pour l’Inde et Ceylan…

Cette reine venue d’une autre époque régnait sur tout un monde. Ce n’était plus un Empire mais quand même : Elizabeth II a été la cheffe d’État de 32 pays. Le Royaume-Uni et 14 monarchies constitutionnelles (de l’Australie à la Nouvelle-Zélande au Canada en passant par la Jamaïque) ont perdu ce jeudi ce profil si familier qui s’invitait sur les billets de banque et les timbres-poste. Cent quarante millions de sujets sont désormais « orphelins ».Newsletter L’essentiel du matinUn tour de l’actualité pour commencer la journéeS’inscrire à la newsletterToutes les newsletters

Ce n’était pas seulement une reine, mais aussi la personnalité la plus célèbre du monde, la plus photographiée aussi. Un morceau d’histoire. Il suffit d’établir la liste des géants de la planète qu’elle aura côtoyés pour mesurer l’ampleur exceptionnelle de son règne. Churchill, son mentor, Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde, Kennedy, Jean-Paul II, Gorbatchev ou, plus récemment, Joe Biden et Emmanuel Macron… Tenir le compte de tous les Premiers ministres britanniques (15) qu’elle a connus, des présidents américains (14), russes (11) ou français (10), etc. donne le tournis.

Le 5 juin 1961. Les grands de ce monde se sont pressés autour d’Elizabeth et du prince Philip. Ici, le président des États-Unis, John F. Kennedy, et Jackie.
Le 5 juin 1961. Les grands de ce monde se sont pressés autour d’Elizabeth et du prince Philip. Ici, le président des États-Unis, John F. Kennedy, et Jackie. Reuters

Un tournis que cette femme rangée et fidèle aux traditions, a souvent elle-même ressenti. Pensez donc ! En trois quarts de siècle, l’Homme a marché sur la Lune, le rideau de fer est tombé, les femmes ont pu voter, Internet est né, le World Trade Center a été attaqué, le climat s’est réchauffé… Les mœurs aussi ont évolué, y compris chez les Windsor qui traînent leur lot de divorces et de scandales retentissants. La reine incarnait un conservatisme, une constance et une foi inébranlables (elle était aussi cheffe de l’Église anglicane). Serait-ce l’une des raisons pour lesquelles elle était si respectée, voire adulée, dans son royaume et bien au-delà ?

Une popularité au sommet depuis les années 2000

Pour les Britanniques, « Lilibeth » était un ciment, la figure rassurante qui incarnait l’unité du royaume malgré les crises, jusqu’à l’épidémie de Covid-19. Dans son allocution télévisée de Noël 2018, en plein psychodrame national sur la mise en œuvre du Brexit, la « granny » préférée des Anglais avait appelé les deux camps à se respecter mutuellement.

Place dans les jours qui viennent à l’émotion. Pendant les dix jours de deuil et de cérémonies qui vont commencer, 67 millions de Britanniques vont rendre un dernier hommage à cette reine qui semblait à elle seule dépositaire de l’âme de la nation.

Source: Le Parisien

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