Emoi en Italie après l’agression d’un journaliste par le frère d’un mafioso

Les images sont diffusées en boucle en Italie. En pleine interview, un journaliste italien a reçu mardi un violent un coup de tête de la part du frère d’un célèbre boss mafieux de la ville d’Ostie, près de Rome.

Alors qu’il était interrogé sur son amitié avec un représentant local du mouvement néo-fasciste CasaPound, Roberto Spada a fracturé le nez du reporteur avant de le poursuivre à coups de matraque. A la fin de la vidéo, on voit Daniele Piervincenzi, le visage en sang. 30 jours d’incapacité de travail lui ont été prescrits.

En réaction à cette agression, une centaine de journalistes se sont réunis vendredi devant la salle de sports où ont lieu les faits pour défendre la liberté d’expression. «Nous sommes ici pour dire qu’un coup de tête, ou même des critiques, ne nous arrêteront pas», a déclaré à des confrères le journaliste Dino Giarruso. «Les journalistes ne sont pas exempts de reproches, mais cela ne justifie en rien que l’un de nous puisse être frappé alors qu’il ne fait que son travail, c’est inacceptable dans un pays démocratique», a-t-il ajouté.

CasaPound soupçonné de liens avec la mafia locale

Le journaliste agressé, Daniele Piervincenzi, qui travaille pour une émission d’investigation de la télévision publique (Rai), réalisait un reportage après le premier tour des élections municipales d’Ostie, organisée dimanche, deux ans après la dissolution du conseil d’arrondissement pour infiltrations mafieuses. CasaPound a réalisé une percée à l’occasion de ce premier tour de scrutin en obtenant 8% des voix.

Soupçonné d’entretenir des liens avec la criminalité organisée locale, le mouvement a demandé jeudi à la magistrature l’ouverture d’une enquête «afin de démontrer s’il existe ou non un lien criminel ou de collusion avec la famille Spada», qui sévit dans la zone littorale de l’est de Rome. Son chef Carmine Spada, frère de Roberto, a été condamné en 2016 à dix ans de prison pour extorsion dans le cadre d’une association mafieuse.

«La patience a des limites»

Roberto Spada a présenté ses excuses sur Facebook : «Pardonnez-moi, je comprends et je respecte le travail de tous». Mais, selon lui, le journaliste «entrait en force dans une association réservée aux seuls membres, il perturbait une séance de travail, faisant peur à mon fils. Vous, qu’auriez-vous fait ?», interroge-t-il, ajoutant que «la patience a des limites». D’abord laissé libre parce que les blessures infligées au journaliste n’étaient pas considérées comme graves d’un point de vue juridique, il a finalement été interpellé jeudi après-midi par les carabiniers.

«Roberto Spada n’est pas un membre de CasaPound. Nous n’avons rien à voir avec lui», a expliqué l’un des membres du mouvement. Selon lui, Roberto Spada n’a été aperçu qu’une fois avec le parti néo-fasciste, lors d’une fête pour enfants sur une place d’Ostie il y a plus d’un an.

Alors qu’une enquête a été ouverte après l’incident par le parquet de Rome, la vague d’indignation a touché jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni a téléphoné au journaliste pour exprimer sa «solidarité après cette agression brutale». «La violence du clan Spada est inacceptable. Nous arrêterons la criminalité à Rome», a quant à elle affirmé la maire de Rome, Virginia Raggi, dont le mouvement populiste de droite 5 Etoiles est en concurrence avec CasaPound.

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