Éolien : les fabricants européens résisteront-ils au vent chinois ?

Après s’être brûlé les ailes en s’approchant trop près du soleil, les industriels allemands commencent à regretter d’avoir bâti leur stratégie sur du vent… Les fabricants d’éoliennes en République fédérale et dans le reste de l’Europe ont du mal à résister à la tempête venue d’Asie qui frappe leur marché.

Le géant Siemens Gamesa, né de la fusion en 2016 des activités dans ce secteur du conglomérat bavarois avec celles de son rival espagnol, vient d’annoncer la suppression de 6 000 postes, soit près d’un quart de ses effectifs dans le monde. Son projet initial prévoyait 700 licenciements, mais la chute de deux tiers de sa rentabilité depuis le mois d’avril et la baisse annoncée de 20 % de ses ventes l’an prochain ont contraint ses dirigeants à accélérer leur programme de réduction de leurs coûts.

Son plus grand concurrent en Europe, Vestas, n’est pas non plus à la fête. Son chiffre d’affaires a reculé de 6 % au troisième trimestre par rapport à la même période de l’année précédente, à 2,7 milliards d’euros, et sa marge opérationnelle a baissé de deux points, à 12,9 %. En un an, son cours en Bourse est passé de 632 à 398 euros alors que celui de Siemens Gamesa a perdu plus de la moitié de sa valeur. « Le secteur de l’énergie éolienne traverse une période difficile », reconnaît José Luis Blanco, le patron du numéro trois européen, l’allemand Nordex, qui vient d’enregistrer un effondrement de plus de 50 % de ses bénéfices lors des trois premiers trimestres de 2017 et qui devrait licencier 500 de ses 5 200 salariés.

Une hausse qui marque le pas

Ces baisses pour le moins brutales ne sont pas une conséquence de la chute du marché de l’éolien. Bien au contraire… Entre 2015 et 2016, la puissance éolienne cumulée dans le monde est passée de 433 023 à 486 679 mégawatts, selon EurObserv’ER, et, si l’on en croit le rapport annuel du Global Wind Energy Council, la capacité de production électrique installée sur la planète devrait quasiment doubler durant les cinq prochaines années. L’an dernier, 13 489 mégawatts ont été installés en Europe, un chiffre deux fois inférieur à celui enregistré en Asie (27 680 mégawatts). Ces hausses, aussi impressionnantes soient-elles, représentent pourtant un léger recul par rapport aux exercices précédents.

L’Allemagne, qui abrite près de 28 000 éoliennes sur terre et 1 055 en pleine mer, devrait notamment connaître un sérieux coup de frein. En 2019, la hausse de la capacité de production d’énergie éolienne dans le pays pourrait se situer sur une échelle comprise entre 1 100 et 2 500 mégawatts, contre 4 625 en 2016. Et le record de 58,6 gigawatts de nouvelles installations construites dans le monde réalisé en 2015 ne devrait pas être battu d’ici à 2025, si l’on en croit Bloomberg New Energy Finance.

Des prix tirés vers le bas

La baisse des subventions accordées par les pouvoirs publics pour encourager les énergies renouvelables explique en partie ce ralentissement. Ce phénomène a débuté en Europe il y a plusieurs années, mais il commence depuis peu à apparaître sur d’autres marchés comme l’Inde. Un projet de réforme fiscale aux États-Unis risque, lui aussi, de réduire le crédit d’impôt en faveur de l’industrie éolienne.

Les États, et notamment l’Allemagne, commencent en outre à faire des appels d’offres lors du lancement de nouveaux parcs éoliens et les gagnants sont généralement ceux qui proposent les tarifs les plus bas. Sur les 18 derniers mois, les prix ont ainsi chuté de plus de 50 % dans l’offshore. Ce recul met énormément de pression sur les fabricants de turbines qui doivent réduire leurs prix.

Le précédent solaire

Or, depuis quelques années, les Chinois sont très agressifs sur ce marché. Cinq des dix principaux producteurs d’éoliennes sur la planète sont basés en République populaire, dont le leader mondial Goldwind. Longtemps concentrés sur leur pays, qui est depuis 2010 le premier marché dans le monde de ce secteur, les industriels locaux commencent, aujourd’hui, à participer aux appels d’offres internationaux. Ce phénomène n’est pas sans rappeler celui qui a touché l’énergie solaire il y a quelques années.

En 2008, les Chinois ont découvert que le marché du photovoltaïque avait un gros potentiel de croissance. Du jour au lendemain, leurs fabricants ont submergé la planète avec leurs panneaux. En 2009, l’offre mondiale était deux fois supérieure à la demande et les prix se sont effondrés. En 10 ans, le tarif moyen d’un module est ainsi passé de 3,50 dollars en « watt-crête » (cette unité mesure la puissance électrique maximale qui peut être fournie dans des conditions standards) à moins de 50 centimes. Les capacités de production en République populaire représentent aujourd’hui encore 1,3 fois le marché mondial. Pour écouler leurs panneaux, les industriels chinois ont donc cassé les prix et provoqué la disparition ou le rachat par des groupes étrangers de la quasi-totalité de leurs rivaux européens comme Q-Cells, SolarWorld, Solon, Conergy, Solarion, SMA Solar, Sunways et Solarwatt. Vestas, Siemens Gamesa et Nordex ont du souci à se faire…

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