Esclaves en Libye : la France s’engage

Emmanuel Macron a qualifié mercredi de « crime contre l’humanité » la vente de migrants africains, révélée par CNN, et a saisi l’ONU. 25 premiers réfugiés seront bientôt accueillis en France.

Un reportage peut faire beaucoup. Celui qu’a diffusé la chaîne CNN sur le sort épouvantable des migrants en Libye, le 14 novembre, a déclenché une immense émotion planétaire. Et pourrait faire rapidement l’objet d’une réunion au Conseil de sécurité de l’ONU, comme l’a demandé mercredi soir le président de la République. « La dénonciation de la France est sans appel. Ce qui a été révélé relève bien de la traite des êtres humains. C’est un crime contre l’humanité », a martelé Emmanuel Macron.

Le reportage de Nima Elbagir, journaliste soudanaise correspondante pour la chaîne américaine, est édifiant. On y voit notamment un véritable marché aux esclaves, près de la capitale Tripoli, où des Africains sont vendus pour quelques centaines de dinars libyens. « Un homme grand et fort pour des travaux fermiers », proclame à la cantonade un des trafiquants avant de faire monter les enchères : 400… 800… Finalement, le malheureux sera acheté pour 1 200 dinars, soit un peu plus de 700 euros. D’autres, moins robustes, « valent » beaucoup moins sur ces marchés de la misère humaine, où l’on n’hésite pas se déchaîner contre les esclaves à coups de câble électrique.

«Sortir ces personnes de l’enfer»

Ces images choquantes montrent une réalité qui n’est pas nouvelle. Depuis la chute de Kadhafi en 2011, le chaos et le vide sécuritaire qui règnent en Libye ont ouvert une route de l’exil pour des dizaines de milliers de migrants en quête d’Europe. Ces cortèges de réfugiés venus d’Afrique de l’Ouest, mais aussi du Soudan, d’Erythrée et de Somalie, ont aussitôt attiré des bandes sans scrupules. Kidnapping contre rançons, racket, exactions en tout genre… Le trafic s’est organisé pour devenir une sorte d’« industrie », selon les mots de Pascal Brice, le directeur général de l’Ofpra (Office français de protection de réfugiés et apatrides).

« Beaucoup des migrants qui arrivent en Libye sont capturés, souvent torturés. Les femmes sont systématiquement violées, et les hommes de plus en plus. Ce qu’ils vivent là-bas, c’est l’horreur absolue. Et cela s’est gravement amplifié », poursuit le diplomate, qui avait déjà alerté, avant CNN, sur la tragédie des réfugiés en Libye. Mais depuis la diffusion du reportage la semaine dernière, il espère que la mobilisation internationale sera « décuplée pour sortir ces personnes de l’enfer ».

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La France, insiste Pascal Brice, n’a « pas attendu pour agir ». Fin juillet, une mission de l’Ofpra s’est rendue à Niamey, la capitale du Niger, pour « entendre » 25 premiers réfugiés (dont 15 femmes et 4 enfants) que le Haut Commissariat aux réfugiés était parvenu à évacuer de Libye. Ils seront accueillis « au plus tard en janvier » en France, après les vérifications administratives et sécuritaires d’usage. Macron — qui a appelé lundi ses partenaires européens à se « mobiliser » aussi — a annoncé cet été que la France accueillerait, d’ici la fin 2019, trois mille migrants réfugiés au Tchad et au Niger. Parmi eux, beaucoup de rescapés du cauchemar libyen.

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