Et soudain, Trump retweete les vidéos chocs de la dirigeante d’un parti islamophobe

Elles auraient pu passer inaperçues, sous un énième déluge de tweets d’autosatisfaction sur les cours de la bourse new-yorkaise. Mais les trois vidéos retweetées par le compte personnel de Donald Trump, ce mercredi 29 novembre, sortent de l’ordinaire, même quand on connaît la ligne éditoriale particulière de @RealDonaldTrump.

A l’heure où il relaie habituellement les débats véhiculés par son émission matinale préférée, « Fox & Friends », le 45e président des Etats-Unis a partagé, entre 6h35 et 6h45 heure de Washington, plusieurs tweets signés Jayda Fransen, la vice-présidente du parti nationaliste Britain First. Ces vidéos, diffusées sans le moindre élément de contexte, montrent des actes violents commis par des personnes présentées comme des musulmans. 

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– La première, « Un immigré musulman tabasse un jeune Néerlandais en béquilles », est une vidéo de type « Happy Slapping » (vidéo d’agression destinée à être partagée sur internet), filmée à une date indéterminée, apparue sur un site hollandais en mai dernier. L’agresseur et l’auteur de la vidéo, tous deux âgés de 16 ans mais ni migrants ni étrangers, ont été inculpés selon des médias locaux

– La deuxième, « Un musulman détruit une statue de la Vierge Marie », a été publiée en 2013 sur YouTube et montre, selon un site iranien qui la relaie à l’époque, un combattant du front Al-Nosra dans une église au nord de la Syrie.

– La troisième et la plus violente, « Des manifestants islamistes poussent un jeune homme du toit et le battent à mort », a été filmée en Egypte en 2013, au moment des heurts entre pro et anti-Morsi. Le meurtrier a été condamné à mort l’année suivante, selon des médias égyptiens.

Trump a eu « tort », pour Downing Street

Jayda Fransen est une grande adepte de ces vidéos chocs, sans le moindre lien entre elles mais destinées à démontrer par l’accumulation un lien d’équivalence entre djihadistes, réfugiés et musulmans. La militante d’extrême droite s’est aussitôt félicitée, avec force majuscules, de l’adoubement trumpien : « Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a retweeté trois vidéos de la vice-présidente Jayda Fransen ! Donald Trump a lui-même retweeté ces vidéos et a environ 44 millions de followers [abonnés Twitter, NDLR] ! Dieu vous bénisse Trump ! Que Dieu bénisse l’Amérique ! OCS ! »

« OCS » ? Selon un journaliste de Buzzfeed UK, cet acronyme cryptique pourrait signifier « Onward Christian Soldiers », soit « En avant, soldats chrétiens », le nom d’un chant religieux britannique du XIXe siècle.

Cette légitimation de la numéro deux de Britain First a choqué au Royaume-Uni. « Après avoir légitimé l’extrême droite dans son propre pays, Trump essaie de le faire dans le nôtre », écrit dans un tweet Brian Cox, veuf de la députée travailliste Jo Cox qui avait été assassinée par un militant nationaliste une semaine avant le vote du Brexit, aux cris de… « Britain First ».

« Répandre la haine a des conséquences et le président devrait avoir honte de lui. »

Donald Trump a commis une « erreur », a renchéri Downing Street dans un communiqué. « Britain First cherche à diviser les communautés via ses récits haineux, qui colportent les mensonges et alimentent les tensions », écrit un porte-parole de Theresa May. « Le peuple britannique rejette massivement la rhétorique pleine de préjugés de l’extrême droite, aux antipodes des valeurs que ce pays représente : la décence, la tolérance et le respect. »

« Le président [Trump] a eu tort de faire cela. »

Jayda Fransen, pasionaria des islamophobes

Britain First, qui rassemble d’anciens membres de la frange la plus radicale du Parti national britannique, est une formation fondamentaliste chrétienne et islamophobe fondée en 2011 à Londres. Son fondateur, Jim Dowson, a lancé des « patrouilles chrétiennes » pour militer contre l’immigration et « l’islamisation » du Royaume-Uni. Le but de ces ligues paramilitaires : chercher à provoquer une « guerre sainte » en intimidant les fidèles musulmans par le biais d' »invasions » de mosquées. L’an dernier, le Parlement britannique avait même débattu d’une inscription du parti sur la liste des organisations terroristes. 

Jayda Fransen, 31 ans, se met en scène sur son compte Twitter en train de participer à l’une de ces « patrouilles chrétiennes » : portant une grande croix en bois, elle mène une procession aux slogans provocateurs dans un quartier habité par des musulmans, une scène montée sur fond de musique inquiétante. Elle a été condamnée l’an dernier pour violence verbale à l’égard d’une femme musulmane portant le hijab. Accompagnée d’une vingtaine de « patrouilleurs » et devant les enfants de sa victime, elle avait déclaré que celle-ci portait le voile pour éviter d’être violée, « parce qu’ils n’arrivent pas à contrôler leurs instincts sexuels », et que « c’est pour cela qu’ils viennent dans mon pays pour violer les femmes ».

La militante avait nié avoir voulu l’offenser. En guise de tracts ce jour-là, les patrouilleurs chrétiens distribuaient de faux journaux portant le titre : « La Troisième guerre mondiale a commencé – l’islam contre le reste du monde. »

T.V.

Timothée Vilars
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