Europe : une croissance en hausse mais mal partagée

Les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour ne pas être tues : la croissance devrait accélérer à 2,3 % en 2017 dans l’Union européenne, contre 1,7 % prévu au printemps dernier (1,7 %), selon la Commission européenne. Ce qui représentera 18 trimestres consécutifs de croissance. Cinq pays, la France, La Grande-Bretagne, la Belgique, l’Italie et la Grèce sont en queue de peloton pour 2017, tous en dessous de 2 %. En revanche, la Grèce possède de meilleures perspectives de redémarrage pour 2018 et 2019 avec des prévisions à 2,5 % de croissance contre 1,6 % en 2017. La France, elle, reste dans les mêmes eaux, entre 1,6 et 1,7 %, selon les prévisions européennes.

Ce sont les pays de l’Est qui tirent la croissance vers le haut avec des taux supérieurs à 3 %. La Roumanie caracole en tête des prévisions avec 5,7 % en 2017, devant la Slovénie (4,7 %), la République tchèque (4,3 %), la Pologne (4,2 %). À l’Ouest, seule l’Irlande rivalise (4,8 %). La Suède (3,2 %) et les Pays-Bas (3,2 %) surpassent l’Allemagne (2,2 %).

Moscovici : « Des pénuries de compétences apparaîtront »

Derrière les chiffres de la croissance, le vrai problème est la disparité des pays membres de l’UE face au chômage, même si la tendance va en s’améliorant. Les écarts sont très importants et, de ce point de vue, la crise financière a laissé des traces durables. En Espagne, le taux de chômage demeure à 17,4 % de la population active, et en Grèce, pays le plus touché en Europe, il atteint 21,8 %. L’Italie (11,3 %) et la Croatie (11,1 %) sont encore dans la zone critique, comme la France (9,5 %) et le Portugal (9,2 %). Ces pays se situent au-dessus de la moyenne européenne à 7,8 % en 2017 (avec des prévisions à 7,3 % en 2018 et à 7,0 % en 2019). Dans la zone euro, le taux de chômage devrait descendre à 9,1 %, son plus bas niveau depuis 2009 (8,5 % en 2018 et 7,9 % en 2019).

Dans certains pays de l’Est, comme en République tchèque, le plein emploi est atteint, voire dépassé (3 % de chômeurs en 2017). Cette situation fait dire au commissaire européen en charge des Affaires économiques, Pierre Moscovici, que, s’agissant des deux années à venir, « la création d’emplois ralentira à mesure que les incitations fiscales temporaires seront abandonnées dans certains pays et que des pénuries de compétences apparaîtront dans d’autres ». De son côté, le commissaire Valdis Dombrovskis, vice-président pour l’euro et le dialogue social, souligne l’importance de rester « fermement concentré sur l’objectif de croissance durable et inclusive. Cela requiert des politiques macroéconomiques axées sur la stabilité ainsi que des réformes visant à stimuler la productivité et la capacité d’adaptation au changement et à diffuser les bénéfices de la croissance le plus largement possible dans nos sociétés. »

Réforme

Le débat sur la réforme de la zone euro prend ici tout son sens. Emmanuel Macron appelle nos partenaires à se montrer plus offensifs en soutenant, via un « budget de la zone euro » contrôlé par « un Parlement de la zone euro », l’investissement. Les Allemands campent sur leurs positions : ne seront aidés que les pays qui engagent des réformes structurelles allant vers une convergence des économies.

La question n’est pas technique mais éminemment politique. La « convergence » exclut que les gouvernements nationaux prennent, à loisir, des décisions économiques unilatérales sans tenir compte de leurs partenaires de la zone euro. « L’euro est un instrument fédéral, et tant pis si le mot fédéral déplaît. C’est la stricte vérité », expliquait un proche d’Angela Merkel. La zone euro implique donc que les pays qui la composent coordonnent leur politique économique très étroitement. Il va sans dire que ceci s’accompagne d’un abandon de souveraineté, au moins partiel, au profit d’une mutualisation des investissements dans certains secteurs clés (numérique, énergie, etc.).

Macron attend Merkel

Ce grand dessein européen implique une adhésion des opinions publiques. Mais depuis au moins une dizaine d’années, le débat politique européen se déplace vers la droite et oppose, de plus en plus, les eurosceptiques de droite aux partis conservateurs. La Grèce fait partie des exceptions avec Syriza (finalement revenue vers le centre pour éviter le Grexit). En France, réalisant que les électeurs ne prendraient pas le risque de sortir de l’euro, le Front national a opéré un revirement en reléguant la sortie de l’euro au second ou troisième plan.

C’est une belle victoire pour la monnaie unique que d’imposer son agenda politique aux partis les plus réticents. Reste maintenant à compléter ce dispositif en réalisant la 4e condition d’un euro réussi, celle que posait déjà le rapport Delors en 1989. On pouvait y lire notamment ce passage : « L’Union économique et monétaire va bien au-delà du programme du marché unique (…), elle exigera d’autres actions importantes dans tous les domaines de la politique économique. Un rôle particulier devrait être assigné aux politiques communes visant à créer une structure économique plus équilibrée dans toute la Communauté. Ceci permettrait d’éviter l’apparition ou l’aggravation de déséquilibres régionaux et sectoriels susceptibles de compromettre la viabilité d’une union économique et monétaire. Cet aspect est particulièrement important car l’adoption de parités définitivement fixes éliminerait un indicateur important de l’incompatibilité des politiques entre pays membres et exclurait le recours au taux de change comme instrument d’ajustement parmi l’arsenal des mesures économiques. »

Vingt-huit ans plus tard, Emmanuel Macron relance la question : que faire de la zone euro qui s’est arrêtée au milieu du gué en laissant l’économie européenne en grand déséquilibre ? Angela Merkel est toujours dans la construction de sa grande coalition qui, dans le meilleur des cas, aboutira à la mi-décembre. Elle ne peut donc, pour le moment, apporter de réponse à cette question. Certes, la CDU-CSU s’opposera toujours à toute mutualisation des dettes entre les États de manière à ne pas encourager les cigales de l’Europe à dilaper les réserves des fourmis de l’Europe du Nord. « Cependant, hormis cette limite, elle est prête à discuter d’une réforme de la zone euro », souffle-t-on au sein de la CDU.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.