Facinet Touré : le ver dans le fruit !

Le général Facinet Touré s’en est allé pour toujours, mais, sa sortie médiatique en mai 2011, aux années de plomb du règne d’Alpha Condé est restée gravée dans les mémoires collectives guinéennes. Pour nous rafraîchir la mémoire, nous republions cet article d’un confrère dont le titre reste évocateur : Facinet Touré en quête de repères: En rire ou en pleurer ?      

« Quand la haine respire le sang, elle ne sait se dissimuler. » Sénèque avait vu juste. Comme si ce moraliste savait qu’il existe aujourd’hui, dans une partie de l’ouest africain – Guinée Conakry – un nommé Facinet Touré présentement malmené à cause des propos jugés plutôt incendiaires. Forcé donc à faire amende honorable, par-ci, le général Touré s’obstine par-là à trouver sauveur dans le régime d’Alpha Condé. Avec la démarche de ce Facinet Touré-là, l’on se demande s’il faut en rire ou en pleurer, tant le septuagénaire lâché et lassé navigue à vue.

Mais que reproche-t-on réellement à ce général, actuel Médiateur de la République ? Pas grand-chose, peut-être. Si ce n’est cette déclaration qui divise, faite la semaine dernière : « Ma mère est peule de Dalaba, mais j’ai dit que les peulhs ont le cordon de la bourse et le pouvoir économique, ils le méritent et je les en félicite ! Mais pour la quiétude de la société, les peulhs n’ont qu’à se contenter de ça et laisser les autres ethnies se partager le reste. Si les peulhs ont le pouvoir économique et que les autres ethnies se partagent le pouvoir politique, il y aura la stabilité dans ce pays. Dans le cas contraire, la paix ne tiendra pas plus de jours. » De tels propos radicalisent des positions et exacerbent les clivages ethniques. Mais le vieux lui, pense que c’est en tapant sur une ethnie qu’il aura toutes les portes de Sékoutouréya ouvertes. Grosse erreur de jugement, pourrait-on dire. Qui a dit que nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent ! En attendant de retrouver la réponse, François duc de la Rochefoucauld, nous enseigne que : « Nous nous persuadons souvent d’aimer les gens plus puissants que nous; et néanmoins c’est l’intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir».

Sans doute conscient du danger de ses déclarations inconvenantes, le vieux général qui arpente tous les jours les couloirs de la Présidence pour rencontrer, encore hélas, Alpha Condé, se ravise. Presque honteux. Il se dédit. Pour ne pas au moins être ‘’maudit’’ par ceux qu’il appelle, peut être malgré tout ‘’oncles’’. Sacré mea culpa tout de même: « Je sais que les gens ont interprété ça d’une autre façon mais je pense que j’ai été mal compris. Si mes oncles ont été choqués par mes propos je leur demande pardon mais moi j’ai été traité ici de “Bhaleedjo” (NDLR, terme pular consacré pour parler de ceux qui ont voté ou fait voter massivement Alpha Condé) sans que je ne réagisse. » Cette autre sortie suffit-elle pour autant à dédouaner un vieux général déjà en mauvaise posture auprès des siens et indésirable dans le cercle fermé des courtisans et intrigants de la République ? L’homme en quête de repère et de répondant au sein du parti au pouvoir, lui, est plutôt formel : « Je soutiendrai les partis politiques de la Basse côte et une fois à l’assemblée nationale ils formeront sûrement des groupes parlementaires qui vont soutenir le Rassemblement du Peuple de Guinée. » Cela va de soi, mon général, puisque, si Mamadou Sylla, allié du RPG et les autres acceptent, tu incarneras l’autorité morale de cette région côtière. C’est un cliché, chacun est libre de soutenir le parti qui lui convient !

De toute évidence, les Guinéens ont encore en mémoire tous les faits et gestes du général Facinet Touré, ce, depuis les années du CMRN et CTRN. Même en voulant être encore aujourd’hui un servant inaltérable. De nombreux Guinéens restent quand même convaincus comme Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), 32e président américain que : « En politique, rien n’arrive par accident. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon. » Autant alors prêter attention aux manœuvres de ce vieux général – devant être disqualifié pour ses propos malhabiles – dépoussiéré, nous dit-on circonstanciellement, pour remplacer Sékou Goureysi Condé au poste de médiateur de la République.

Il avait notamment joué à l’apaisement quand, en mai 2011, Facinet Touré – alors médiateur de la République – avait créé la polémique en appelant « ses oncles peuls à se contenter du pouvoir économique », et laisser la politique aux autres… « Facinet Touré est venu chez le patriarche pour présenter ses excuses. Et Saïkou Yaya Barry lui avait répondu : « notre enfant, tu es venu ici chez toi. Nous te recevons à bras ouverts », rapporte Mamadou Aguibou Sow.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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