FICHIER (ÉLECTORAL) PIRATE : Quelle part de vérité ?

Alors qu’elle est accusée d’avoir procédé en catimini à l’impression de cartes d’électeurs de Kankan, Siguiri et Mandiana, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) fait aujourd’hui état de l’infiltration de son équipe d’informaticiens par un pirate dont l’objectif était de saboter le fichier électoral. Vu la coïncidence plutôt troublante de ces deux informations, on se demande bien si l’opinion n’est pas prise en otage par une classe politique dont les membres peinent désespérément à se faire confiance, les uns aux autres.
La première question que l’on est en droit de se poser, c’est bien celle de savoir si cette histoire de pirate n’a pas été inventée pour servir d’explication à l’information qui, plus tôt, avait fait état de l’impression des cartes d’électeur ? La CENI, prise en flagrant délit de manœuvres frauduleuses, ne voudrait-elle pas alors user de cette histoire pour se dédouaner ? Indépendamment des réponses à ces questions, cette histoire est révélatrice de la faille que présente le dispositif sécuritaire autour de l’institution en charge de l’organisation des élections en Guinée. Qu’un informaticien sorte ainsi de nulle part et se retrouve aussi facilement à l’intérieur du groupe des informaticiens de la CENI sous-entend que l’institution est plutôt vulnérable. Ce qui n’a rien de rassurant.
L’autre explication possible, ce serait que le pirate mis aux arrêts soit en réalité un agent à la solde de ceux qui caressent le souhait de discréditer la CENI. Dans cette logique, les explications émanant de l’institution tiennent la route. On pourrait même aller jusqu’à se envisager l’hypothèse que ce soit cet agent, conformément à une mission qui lui a été formellement assignée, qui est à la base de l’impression des cartes d’électeur dont on parlait précédemment. L’objectif étant qu’aux yeux de l’opinion nationale et internationale, l’image de la CENI en sorte plus dégradée qu’elle ne l’est déjà.
En tout cas, cette histoire de pirate n’est pas sans rappeler le vol tout aussi invraisemblable d’ordinateurs dont le même organe avait fait l’objet durant le processus électoral de 2010. On dirait bien que l’histoire se répète. Or, ça aussi, ce n’est pas réconfortant.
Anna Diakité, www.kababachir.com

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