John McCain : mort du franc-tireur de l’Arizona

Le sénateur, qui souffrait d’une tumeur au cerveau, est décédé à l’âge de 81 ans. Héros de guerre, il ne mâchait pas ses mots contre Donald Trump.

C’est la dernière image que l’on va garder de John McCain, un franc-tireur, un personnage à principes, qui a du cran et n’a pas peur de se mettre à dos ses collègues républicains qui renient l’orthodoxie du parti ni de manifester publiquement son désaccord sur la politique menée par son président Trump. Le sénateur de l’Arizona, qui souffrait d’une tumeur au cerveau et s’était retiré de la vie publique depuis décembre, est mort à l’âge de 81 ans. Sa famille avait annoncé auparavant qu’il arrêtait tout traitement. Ces derniers mois, ce grand ténor du Sénat n’est pas resté silencieux. De son ranch en Arizona, il n’a pas mâché ses mots contre la politique étrangère de Donald Trump, ce qui lui a attiré les foudres twitteresques du président.

Avec son physique de baroudeur – la gueule carrée et la joue couturée, vestige non pas d’un corps-à-corps dans la jungle vietnamienne, mais d’un cancer de la peau –, John McCain n’a jamais été un adepte de la diplomatie et a toujours joué les têtes brûlées. À l’Académie navale, ce fils et petit-fils d’amiral fait les quatre cents coups, violant allègrement tous les règlements.

Un héros de guerre

« McMean » (« McMéchant »), comme on le surnomme, s’y ennuie tellement qu’il pense un temps s’engager en France dans la Légion étrangère. En 1958, il sort dans les derniers rangs de sa promo et aura trois accidents d’avion, avant, en octobre 1967, de se faire abattre au-dessus de Hanoi. En sautant en parachute, il se casse le genou et les deux bras, avant de tomber dans un lac. Gravement blessé, il n’en continue pas moins à tenir tête aux geôliers nord-vietnamiens qui le torturent longuement. Il finit par signer une confession dans laquelle il avoue être un criminel de guerre. Un acte si déshonorant qu’il tente par deux fois de se suicider.

Finalement relâché en 1973, après cinq ans et demi de captivité, John McCain rentre aux États-Unis en héros. Trop amoché pour continuer sa carrière militaire, il se lance en politique et se fait élire membre de la Chambre des représentants, puis sénateur de l’Arizona, en mettant en avant ses exploits militaires. Il sera réélu à six reprises et brigue par deux fois la Maison-Blanche. En 2000, il semble bien parti pour s’imposer devant George Bush lors des primaires. Jusqu’au moment où ses adversaires lancent une campagne de calomnie particulièrement odieuse, en Caroline du Sud.

L’ancien prisonnier de guerre serait « dingue » par suite d’un « séjour en cage prolongé », il aurait un enfant noir adultérin… En fait, John McCain, outre ses six enfants, a adopté une petite Bengalie. Il a beau se défendre, sa campagne capote. Mais cela renforce son image d’intégrité et de droiture, qu’il entretient habilement par une série de livres aux titres évocateurs : Pourquoi le courage compteLe caractère forge le destin

Contre les baisses d’impôts et la torture

Il se réconcilie avec George Bush, mais n’hésite pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Il est l’un des seuls républicains à voter contre les baisses d’impôts, disant que ça ne bénéficie qu’aux riches. Courageusement, il prend la tête, au Sénat, d’une rébellion contre la torture qui oblige l’administration à faire voter un amendement bannissant le « traitement cruel, inhumain ou dégradant » des prisonniers. Son standard explose sous les appels haineux de ses amis républicains. Et il fera voter une réforme du financement des campagnes.

Chose rarissime, il peut se targuer d’être respecté à droite comme à gauche. À tel point que John Kerry, le candidat démocrate en 2004, caresse l’idée d’en faire son colistier.

Avec Sarah Palin face à Barack Obama

Mais le héros a aussi « beaucoup de faiblesses », avoue-t-il lui-même. Au retour du Vietnam, il retrouve sa femme très handicapée à la suite d’un accident de voiture. Il divorce et se remarie avec une riche – et jeune – héritière de la bière. Il est également éclaboussé par un scandale politique qui manque de le couler dans les années 80. Et en bon homme politique, il a retourné sa veste et a été accusé de vendre son âme. Mais c’est surtout sa campagne présidentielle en 2008 face à Barack Obama qui ternit sérieusement son image. Après moult tergiversations, il choisit comme colistière Sarah Palin, ex-gouverneure de l’Alaska. C’est une femme, jeune, qui ne sort pas du sérail et devrait lui amener les voix des conservateurs. Mais c’est un choix saugrenu qu’il va payer très cher. Palin se ridiculise par ses déclarations à l’emporte-pièce, son ignorance et ses gaffes.

Ce n’est pas la seule erreur. Dans une scène incroyable racontée par Jonathan Alter, dans son livre La Promesse, John McCain exige pendant la campagne que l’administration Bush organise une réunion avec son équipe et celle de son adversaire Barack Obama pour discuter de la crise économique qui fait rage. Un geste politique censé impressionner les électeurs. Mais, bizarrement, il reste silencieux pendant une grande partie de la réunion, laissant la parole à un Barack Obama très bien préparé qui, avec maestria, présente des propositions détaillées. Lorsque McCain ouvre finalement la bouche, il reconnaît qu’il n’a pas lu les trois pages du plan de renflouement proposé par le Trésor et semble totalement dépassé par la situation.

« J’ai toujours fait tout ce qu’il fallait pour gagner »

Deux ans plus tard, dans sa campagne de réélection au Sénat, il n’hésite pas à renier ses positions pour garder son siège. Il abandonne, par exemple, l’idée d’une réforme de l’immigration et défend le mur à la frontière dont il s’est moqué. Dans une interview, il dira : « J’ai toujours fait tout ce qu’il fallait pour gagner. »

Mais l’arrivée de Donald Trump au pouvoir le propulse de nouveau sur le devant de la scène. À 81 ans, réélu haut la main, il n’a plus rien à perdre et ne se prive pas de critiquer le président vertement. L’antipathie entre les deux hommes remonte lorsque McCain critique les déclarations de Trump qui accuse tous les Mexicains d’être des « violeurs ». Il l’attaque sur ses mesures visant à interdire l’accès au territoire aux ressortissants de sept pays musulmans, sur le sommet avec Vladimir Poutine qu’il considère comme une grande menace. Il essaie de torpiller la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA parce qu’elle a été impliquée dans le programme de torture de prisonniers. Plus récemment, il a voté contre le démantèlement de la réforme de la santé d’Obama, poussé par la Maison-Blanche. Donald Trump s’est vengé en clamant que McCain n’était pas un « héros de guerre » puisqu’il s’est laissé capturer par les Nord-Vietnamiens et n’a pas combattu.

« Une petite place dans l’histoire »

« Le monde est un bel endroit qui vaut la peine qu’on se batte pour lui et je déteste vraiment devoir le quitter, disait mon héros Robert Jordan dans Pour qui sonne le glas », écrit le sénateur dans ses Mémoires publiés récemment. « Moi aussi, je déteste le quitter. Mais je n’ai aucune raison de me plaindre. Pas une. Cela a été un sacré voyage. J’ai connu de grandes passions, j’ai vu des choses merveilleuses, j’ai combattu dans une guerre et j’ai pris part à la paix. Je me suis fait une petite place dans l’histoire de l’Amérique. »

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