Justice aux ordres : Alpha, le rédacteur des chefs d’accusation

« Les gens qui sont en prison ne sont pas des hommes politiques malgré la campagne, parce que vous savez les journalistes français ne respectent pas les Chefs d’Etat africains. Moi je n’accepte pas qu’on ne me respecte pas. On doit se comporter avec moi comme avec le président français. »

On se rappelle bien cette sortie d’Alpha Condé, à la fois méprisante et cynique. Il donnait ainsi une matière à inculper aux Procureurs, dont l’inspiration ne manque jamais : de fabrique d’armes, pour les uns, à la conduite de mercenaires pour les autres, en passant par des atteintes à la sûreté de l’Etat. C’est Alpha Condé lui-même qui inculpe, il en est le chef d’accusation. Sauf qu’il a été très vite compris et dénoncé. 

Dalein Diallo indexe Alpha Condé comme étant celui « qui décide de tout, c’est lui qui rédige les chefs d’accusation, c’est lui qui décide de tout ; et il a décidé de ne pas dire à sa justice de permettre à ces détenus de sortir pour assister à l’inhumation de leur père. » Poussant son cynisme jusqu’à s’attaquer aux médias étrangers et autres ONG internationales de défense de droits de l’homme, Alpha Condé déclarait le 24 février dernier, lors de la cérémonie d’ouverture du Guinea Investment Forum à Conakry: « La Guinée a fait d’énormes progrès sur le plan des droits humains. Mais on continue toujours de nous considérer comme avant. Les pays qu’on dit démocratiques en Afrique, mettent leurs opposants en prison. Nous, on n’a jamais mis des opposants en prison. Les gens qui sont en prison ne sont pas des hommes politiques. »

Faux, réplique Dalein Diallo, président de l’UFDG qui s’interroge : « Doit-on en rire ou en pleurer ? » Pour le leader de l’opposition, selon qui « Alpha Condé a crevé le plafond du cynisme en allant jusqu’à nier l’évidence. Tout le monde sait que Chérif Bah, Ousmane Gaoual, Etienne Soropogui, FonikèMenguè et Souleymane Condé, pour ne citer que ceux-là, sont arrêtés et détenus en raison de leur opposition au troisième mandat ».

A la suite de cette réplique, Michelle Bachelet (ancienne présidente du Chili et actuelle Haut-Commissaire aux droits de l’Homme à l’ONU) déplorait ainsi le sort réservé aux opposants politiques, déclarant devant le Conseil des droits de l’Homme, réuni à Genève, que “l’arrestation et la détention de membres de l’opposition et d’activistes de la société civile sous de fausses accusations d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat (…) sapent gravement les fondements de la gouvernance démocratique”, et demandant au gouvernement guinéen de “libérer toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et de participation, et à garantir des procès équitables aux personnes accusées d’infractions pénales”.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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