La folie bitcoin

Le bitcoin ne cesse de s’envoler. Après avoir dépassé les 8 000 dollars le 20 novembre dernier, la crypto-monnaie vient de dépasser les 9 000 dollars ce lundi. Soit une hausse de 20 % en une semaine. Et un bond de plus de 1 000 % depuis le 1er janvier 2017. Il y a cinq ans, on pouvait acquérir une pièce d’un bitcoin pour un peu moins de 12 euros. Sur la période, le cours de cette monnaie virtuelle affiche un taux de croissance vertigineux : + 75 376 % ! Jusqu’où ira-t-elle ? Nul ne semble en mesure de répondre sérieusement à cette question.

Son cours a beau avoir connu un sérieux trou d’air en septembre dernier, l’engouement des marchés ne se dément pas pour cette monnaie. Peu importe que sa valeur varie d’une journée à l’autre de 10 à 15 %, et qu’elle se soit écroulée de 40 % après que la Chine a exigé que les plateformes d’échange de monnaies virtuelles, basées à Pékin et à Shanghai, cessent leurs opérations de marché, le bitcoin a repris sa hausse depuis lors.

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Peu importe aussi que la Banque de France mette en garde les investisseurs contre les risques d’effondrement de ce marché hors norme. Les spéculateurs sont de plus en plus nombreux à se laisser séduire par les perspectives de profit à court terme que cette appréciation laisse entrevoir. Le bitcoin est en passe de se transformer en un produit de placement pour de nombreux hedge funds. Selon Les Échos, le Chicago Mercantile Exchange (CME), l’un des deux principaux marchés à terme américain, serait ainsi sur le point de coter des contrats à terme sur cette « crypto-currency ». Selon le quotidien économique, le régulateur américain des marchés de matières premières, la CFTC, aurait également autorisé une société spécialisée dans les devises numériques (LedgerX) à jouer le rôle d’organisme de compensation pour les produits dérivés émis en bitcoins.

Une révolution

Qui eût cru que cette monnaie connaîtrait un tel succès ? Inventé en 2008, par un mystérieux informaticien américain répondant au nom de Satoshi Nakamoto, le bitcoin est devenu, depuis la première transaction enregistrée dans cette monnaie virtuelle, le 9 janvier 2009, la « currency », comme disent les Américains, la plus populaire sur la Toile.

L’appréciation de son cours tient essentiellement à sa (relative) rareté. Le bitcoin n’est produit qu’en quantité limitée. Il n’y en aura, au total, que 21 millions d’unités. Un peu moins de 17 millions seraient aujourd’hui utilisés sur le Net mondial. À titre de comparaison, autour de 620 milliards d’euros sont en circulation dans le monde réel. Mais le succès du bitcoin doit aussi beaucoup à sa robustesse informatique et à la clarté de son mode d’émission. Depuis huit ans, aucun incident de paiement n’a été rapporté et aucune faille n’a encore été détectée. Son mode de sécurisation serait, de fait, inviolable, rendant impossible l’émission d’une fausse crypto-monnaie.

Intrafiquable, vraiment ?

Échappant au contrôle des banques centrales et des États, l’émission de bitcoins repose sur un algorithme informatique d’une rare solidité, selon ses défenseurs, la blockchain. Chaque transaction (plus de 250 000 chaque jour) est enregistrée et consultable sur le réseau. « Chaque échange en bitcoins est inscrit sur un grand registre qui n’est pas trafiquable pour la raison simple qu’il n’est pas stocké quelque part dans le cloud mais sur une multitude de postes informatiques disséminés à travers le monde et qui communiquent tous en peer-to-peer », souligne Mikko Hyppönen, directeur recherche et développement (chief research officer-CRO) de F-Secure, l’un des cinq plus grands groupes européens spécialisés en cybersécurité. « Pour modifier ce registre, il faudrait intervenir en même temps sur tous les ordinateurs travaillant sur la blockchain, ce qui est matériellement impossible », poursuit cet ingénieur informatique finlandais.

Si l’intégralité des transactions en bitcoins est ainsi archivée, ça ne veut pas dire pour autant que l’identité des personnes qui y recourent est connue. « L’anonymat qu’autorise l’usage de cette crypto-monnaie en fait un outil apprécié des criminels de tout poil », confie une source policière française.

Inquiétudes

Nombreux sont les banquiers et les financiers à mettre en garde contre le bitcoin. Pour Jamie Dimon, PDG de la banque JP Morgan, ce serait « une escroquerie ». Selon Le Monde, ce patron aurait d’ailleurs menacé de licencier les traders de son groupe qui seraient tentés d’en acheter. « Ce n’est pas une monnaie, mais un instrument de spéculation », surenchérit Vitor Constâncio, vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), dans un entretien accordé à l’agence Reuters. L’économiste n’hésite pas à comparer l’hystérie des marchés en faveur du bitcoin à la folie qui avait saisi la Bourse d’Amsterdam au début du XVIIe siècle. À cette époque, le cours du bulbe de tulipe s’était envolé au-delà de tout raisonnable. L’affaire s’était soldée par le premier krach de l’histoire de la finance, en 1637.

Preuve qu’une certaine nervosité règne chez ceux qui investissent dans cette monnaie nouvelle : il y a deux semaines, le bitcoin a perdu près du tiers de sa valeur en quelques heures, après un mouvement de panique de plusieurs groupes financiers. Le cours est reparti à la hausse depuis.

Une bulle spéculative ?

Assiste-t-on à la constitution d’une bulle dangereuse pour l’économie mondiale ? Certains soulignent les limites de la technologie blockchain. Serge Niango, directeur avant-vente chez Citrix, un groupe américain informatique, pointe ainsi sa latence de traitement : « La blockchain repose sur le réseau de nœuds pour valider les transactions, une opération qui prend en moyenne huit minutes. En l’état actuel, la lenteur de ces vérifications freine l’adoption de cette technologie, en dépit de son caractère novateur », explique-t-il. Or, pour cette monnaie hautement spéculative, la vitesse d’exécution des ordres est essentielle.

L’absence de surveillance réglementaire de la blockchain et son incompatibilité avec les systèmes informatiques existants seraient également problématiques. Sans compter les menaces que ce système fait peser en matière de confidentialité : « Bien que la blockchain fasse appel à des techniques cryptographiques avancées, le partage des livres de comptes des transactions peut néanmoins entraîner des fuites d’informations et menacer la confidentialité. »

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