La première victime de la nouvelle patronne du Port de Conakry

Hélène Savané, la nouvelle DG du Port fait déjà une première victime : la suspension du directeur financier du Port de Conakry, Ibrahima Kalil Keita. Cette nouvelle patronne, on le sait hérite d’un brasier qui risque bien de l’engloutir si elle n’y prend garde : la concession du Port aux Turcs dont Alpha Condé s’est rendu coupable avec un marché de gré à gré pour 25 ans.

Et c’est justement contre cette concession ubuesque que M. Keita s’est dressé le 20 septembre dernier.

Extrait : « Le domaine de chaque activité n’a pas été préalablement défini. Prenez les manutentionnaires, ils ne disent rien aujourd’hui mais comme on dit qu’Albayrak a l’exclusivité du port, quel sera le sort des sociétés de manutention ? Qu’est-ce que vous envisagez pour ces gens, dans le contrat rien n’a été dit. J’ai dit aussi que sa gestion doit aussi être séparée de celle du port. Il est concessionnaire au même titre que Bolloré et qui va chapeauter l’autre ? Le  PAC n’a pas la légitimité de concéder les activités de douane et des sociétés de manutention. Est-ce qu’on (le port) a la légitimité de donner à Albayrak la perception et la facturation des frais de douane? C’est le ministre du Budget, c’est le ministre de l’économie et des finances. Les manutentionnaires, ils ont des agréments qui ont été délivrés par le ministère des transports, mais si on nous amène à signer tout ça, qu’est-ce que ça veut dire ? »

Comme on pouvait s’y attendre, une sanction lui est tombée sur la tête car, il a mis à la place publique toutes les manigances et autres manœuvres du ministre Aboubacar Sylla et celles d’Alpha Condé. Cloués au pilori avec son mentor, Sylla demande à Hélène de corriger le financier impénitent. Pourtant, selon le contrat il est clairement indiqué : « Le Concessionnaire aura la liberté de choisir et d’employer du personnel sans distinction de nationalité et de licencier ce personnel. Toutefois, à compétence égale, le Concessionnaire est tenu de faire son possible pour recruter en priorité du personnel Guinéen. » Trop de complaisance dans ce contrat notamment au niveau du personnel guinéen : « Le Concessionnaire peut choisir son personnel guinéen parmi les employés existant du Concédant. » Il n y a rien de contraignant. C’est pourquoi les Turcs sont libres de faire du personnel ce qu’ils veulent.

A part ce petit bémol : « Le Concessionnaire doit se soumettre au droit du travail et de la législation fiscale à l’égard du personnel employé. » Et le gouvernement de tirer la couverture sur lui : « Le personnel Guinéen du Concédant qui ne sera pas employé par le Concessionnaire n’aura aucune relation avec le Concessionnaire. »

Selon la presse locale, cette attribution est faite sans appel d’offre, et pour cause: La société Albayrak appartient à la famille du Ministre actuel des Finances de la Turquie, M. Berat Albayrak, époux d’Esrat Erdogan, la fille aînée du président Erdogan. On se souviendra que dans l’affaire Boloré, Alpha Condé affirmera au journal Le Monde que dans les affaires il préférera servir ses amis. Les liens tissés ces dernières années par M. Alpha Condé avec M. Erdogan dépassent de loin le cadre normal des relations entre deux chefs d’Etat.Cette nébuleuse opération se serait conclue à l’insu des Guinéens, n’eut été la vigilance du personnel du port autonome de Conakry, en particulier son syndicat avec à sa tête un leader courageux en la personne de M. Cheik Touré, aujourd’hui abusivement en prison pour avoir dit publiquement ce que cachait ledit contrat. On attend de voir…

 

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

 

 

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