Les désastreuses aventures du Che au Congo

L’Afrique, mère des batailles

Une fois en lieu sûr à Dar es-Salaam, le Che met ses notes au clair. Il faut analyser les causes de cet échec pour éclairer les prochaines phases de la révolution mondiale. Ce rapport ne sera rendu public que des décennies plus tard, en 1999, et traduit en français l’année suivante (Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo, Métailié, 2000). « Ceci est l’histoire d’un échec », commence-t-il par écrire. Puis il rectifie : « Pour être plus précis, ceci est l’histoire d’une décomposition. »

Ces mots vont incarner l’expédition, se transformant en mythe à rebours du héros confronté à l’échec, secoué par la leçon de choses congolaise. La leçon fut dure. D’abord, la rébellion simba n’avait rien d’une révolution, du moins telle que l’imaginait Guevara, nimbée de vertus, d’héroïsme et de matérialisme dialectique. Le « prolétariat urbain », substrat de tout mouvement d’ampleur, il ne risquait pas de le trouver au-dessus du lac Tanganyika.

Un de nos camarades disait, pour plaisanter, qu’au Congo étaient réunies toutes les conditions contraires à la révolution.
Extrait du journal du Che

En 1965, Che Guevara a fait secrètement ses adieux à Cuba, décidé à résister à sa momification glorieuse. Il s’est remis en quête de luttes contre « l’impérialisme ». L’Afrique, forcément l’Afrique, analyse-t-il. En Algérie, d’abord, il revoit ses amis du Front de libération nationale (FLN), parle révolution, délivre des discours dans ce français qu’il parle fort bien. « L’Afrique est le plus important des champs de bataille », répète-t-il. Il sillonne la partie rouge du continent noir : Mali, Congo-Brazzaville, Guinée, tenus par des chefs d’Etat progressistes…

Puis le voici à Pékin : il discourt avec Mao, Zhou Enlai, et de là se rend dans la Tanzanie pro-chinoise de Julius Nyerere. Il y rencontre Laurent-Désiré Kabila, un des commandants de la rébellion simba. Sur les cartes qu’on dresse, hâtivement, les rebelles tiennent les campagnes, des villes comme Stanleyville (Kisangani), la situation semble idéale. Le gouvernement de Moïse Tshombe, cette « marionnette de l’impérialisme », ne pourra pas faire le poids.

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