« Les producteurs, réalisateurs et scénaristes ont profité de la Covid-19 »

Gustave Sorgho, acteur burkinabé, revient sur le cinéma africain. Il explique aussi les richesses et les limites du cinéma en Afrique.

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https://www.dw.com/fr/gustave-sorgho-cinema-africain/av-58574497

L’acteur burkinabè Gustave Sorgho a une quarantaine d’années d’activité cinématographique et de théâtre. Le dernier film dans lequel il a joué est « Que le père soit » du réalisateur sénégalais Clarence Delgado. Il a également fait des apparitions dans la série ivoirienne cacao. Gustave Sorgho a fait ses armes aux côtés du cinéaste et écrivain Sembène Ousmane pour qui il avait « une admiration sans limite ».

Gustave Sorgho se soucie aussi de la relève du 7e art en Afrique. Il répond aux questions de notre correspondant à Ouagadougou Richard Tiéné. L’interview a été réalisée en marge du Festival de Cannes. Entretien…

DW : Bonjour Gustave Sorgho, vous êtes acteur de cinéma reconnu à l’échelle du Burkina Faso, mais également à l’international, vous accordez une interview à la Deutsche Welle et nous nous trouvons dans l’enceinte du cinéma Nerwaya à Ouagadougou. Aujourd’hui, à votre avis, dans quel état se trouve le cinéma africain par rapport au reste du monde ?

Gustave Sorgho :  Le cinéma en Afrique actuellement est à la traîne parce que le professionnalisme n’a pas atteint un niveau très élevé. Quand je parle de professionnalisme, ce n’est pas qu’il n’y a pas des réalisations et autres. Mais chaque corps de métier doit avoir des professionnels, que ce soit la réalisation, la scénarisation, la production, de telle sorte qu’on puisse avoir vraiment une roue qui tourne à plein et que tous les maillons de la chaîne puissent progresser.

Le Fespaco est l’un des grands rendez-vous du cinéma africain

DW : La pandémie de coronavirus a-t-elle engendré une forme de résilience du cinéma africain ? Quels maillons de la chaîne a su tirer profit de cette situation, de cette crise ? Les producteurs, les acteurs ou les réalisateurs, à votre avis ?

Gustave Sorgho : Il y a deux corps de métier qui ont dû profiter de ça. Certainement les producteurs pour la recherche des sous pour pouvoir produire et surtout les réalisateurs et les scénaristes qui ont eu le temps de pouvoir imaginer, créer, écrire, faire des résidences d’écriture, etc. De mon avis, ce sont les deux corps qui peuvent… parce que les acteurs, tant qu’il n’y a pas de tournage, ils n’en vivent pas, les autres corps de métier, c’est systématique.

DW : Une délégation du Burkina Faso est en ce moment au Festival de Cannes. Une délégation conduite par la ministre de la Culture, qui a rencontré son homologue de la France. En quoi le Festival de Cannes peut-il inspirer le Fespaco au Burkina ?

Gustave Sorgho :  Sembène Ousmane, le réalisateur a dit : l’Europe est la périphérie de l’Afrique. Sauf qu’en Afrique, il faut savoir prendre l’exemple, les exemples, les expériences des autres. Et c’est de bon aloi qu’il y ait une délégation du ministère de la Culture à Cannes, avec à sa tête la ministre et le délégué général, pour pouvoir tirer les expériences et faire en sorte que le Fespaco soit le nerf, le centre du monde cinématographique en Afrique et dans le monde. Parce que, qu’on le veuille ou non, c’est une rencontre, c’est un rendez-vous à ne pas manquer en ce qui concerne tous les cinéastes du monde.

DW : Qu’est-ce qu’il faut de façon concrète au cinéma africain pour connaître une ascension internationale ?

Gustave Sorgho :  Il faut que le cinéma africain se professionnalise et qu’il y ait des mécènes, à l’instar du Nigeria, du Ghana. Parce qu’il y a des personnes qui croient en ça. Economiquement, c’est rentable. C’est cet esprit-là qui n’a pas encore été bien imprimé par les uns et les autres, qui fait que jusqu’à présent, le cinéma en Afrique est assez latent. Mais économiquement, ce n’est pas aussi rentable. Je crois que si tous les corps de métier se remettent professionnellement, on doit pouvoir avoir des mécènes qui vont mettre de l’argent et recueillir vraiment des dividendes.

DW : Quelles sont les richesses et les limites du cinéma africain, Gustave Sorgho ?

Gustave Sorgho : La grande richesse du cinéma africain, c’est que nous avons de belles histoires. On a encore des histoires. Et iI y en a, on a un décor fabuleux. On a des hommes et des femmes qui font que ce métier-là est tellement animé et qu’on peut encore engranger autant qu’on peut. Il y a de l’histoire, on a de l’imaginaire ; à partir du moment où on a cet imaginaire, des hommes et des femmes qui ont cet imaginaire, je crois qu’on peut aller.

Maintenant les faiblesses, il y a des corps du métier qui ne sont pas encore bien reconnus. Si je prends par exemple un cas : le droit voisin, par exemple, pour les acteurs. Il y a des pays qui n’ont même pas une législation en ce qui concerne le droit voisin. Ce qui fait que les pays comme le Burkina Faso, qui sont vraiment bien avancés en ce qui concerne le droit d’auteur, sont une étoile qui brille et puis tout autour c’est noir. Donc, si tous les pays africains pouvaient arriver à ce niveau, je crois qu’on pourrait faire en sorte que ce cinéma-là aille beaucoup plus de l’avant.

DW : Quel rôle doivent jouer les cinéastes africains dans la lutte contre l’hydre terroriste ?

Gustave Sorgho :  Rester dans la résilience. Dans la résilience veut dire quoi ? Oser inventer l’avenir, comme l’a dit Thomas Sankara. Il ne faut pas s’asseoir. Moi, je dis toujours qu’il n’y a rien de facile dans la vie. Il faut oser, oser, encore oser. Et je crois qu’actuellement, il y a une certaine génération de jeunes qui émerge. C’est bien, mais il faut faire mieux. Il faut aller encore de l’avant, beaucoup plus que cela.

DW : Gustave Sorgho, vous êtes acteur de cinéma, merci beaucoup.

Gustave Sorgho : Je vous remercie. Et passez de bonnes vibrations aux gens de la Deutsche Welle.

DW : Merci bien.

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