L’opposition guinéenne n’exclut pas de chasser Alpha Condé du pouvoir avant la présidentielle

On croyait que la commission électorale nationale indépendante (CENI) et les acteurs politiques – mouvance présidentielle et opposition – avaient tiré les leçons de l’organisation des élections législatives en 2013 pour ne pas se retrouver dans de telles situations. On s’était trompés ! La semaine dernière l’institution chargée d’organiser les scrutins en République de Guinée est sortie pour annoncer le chronogramme des prochaines échéances électorales.

On apprend par cette annonce que la présidentielle sera organisée (le premier tour est fixé au 11 octobre 2015) avant les communales (si tout se passe comme prévu, elles auront lieu au premier semestre 2016). Cet inversement de l’ordre des élections a enfoncé un peu plus le pays dans la crise.

Bien avant que la CENI ne rende public sa décision, l’opposition a accusé le pouvoir en place de vouloir inverser l’ordre des élections pour mettre en place une fraude généralisée afin de permettre au président Condé d’être réélu pour un second mandat. D’autant que le mandat des élus locaux est arrivé à échéance et certaines communes sont dirigées par des « délégation spéciale », c’est-à-dire des responsables nommés directement par l’exécutif.

Depuis, les deux camps sont à couteaux tirés. L’un voit la décision de l’institution dirigée par Bakary Fofana un « diktat » du régime en place. L’autre accuse le premier d’avoir peur d’affronter la volonté populaire à travers les urnes. C’est dire que la Guinée traverse la plus grande crise politique qu’elle n’ait jamais connue.

Au sein des états majors des partis politiques (de l’opposition), on exclut plus l’idée de chasser Alpha Condé du pouvoir avant la tenue de la présidentielle par la rue. Le chef de file de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo le patron de l’UFDG, en déplacement à l’étranger annonce qu’il va rentrer au bercail ce dimanche et appelle ses partisans à se tenir prêts pour le combat. « Je reviens [ce] dimanche. On va peut-être chasser Alpha Condé avant les élections parce qu’il ne veut pas respecter les lois de la République (…) Préparez-vous ! le combat sera dur, mais la victoire sera du côté de l’opposition. Préparez-vous pour obliger la CENI et le pouvoir à revenir sur [leur] décision. » a-t-il lancé depuis la capitale sénégalaise où il se trouvait ce 14 mars 2015.

Si l’idée de révolution à la burkinabé (qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré) circule dans la tête des leaders de l’opposition, même si l’on ne sait pas encore comment comptent-ils atteindre leur objectif, la partie n’est pourtant pas gagnée car les soutiens d’Alpha Condé n’ont pas dit leur dernier mot. Et en cas de confrontation entre les deux parties, la paix et la cohésion sociales risquent d’être profondément affectées.

Thierno Diallo, www.kababachir.com

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