Lucien Guilao : « Il faut qu’on se parle pour trouver une solution au football guinéen »

Suite à la crise qui mine actuellement la Fédération guinéenne de football, au lendemain de la décision de la FIFA, demandant à la Guinée à surseoir à la tenue du Congrès électif le 18 mai dernier, notre rédaction a tendu son micro à un candidat au poste de Vice-Président de l’instance dirigeante du football guinéen.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, Lucien Guilao, ancien ministre de la République, qui occupe actuellement le poste  Directeur Général l’ONFPP (Office Nationale de la Formation en Perfectionnement Professionnel), nous dit tout sur cette crise née de la non application des certaines dispositions statutaires, mais aussi de la divergence des vues entre les différents acteurs du football guinéen, ainsi que les pistes de solution pour une issue à la crise.

Lisez …..

Bonjour M. Guilao

Bonjour,

www.kababachir.com: Le congrès électif de la Féguifoot, initialement prévu le 18 mai dernier,  vient d’être scellé par la FIFA, qui dénonce un dysfonctionnement de l’institution et une violation des dispositions statutaires. Quelle est votre réaction en tant que candidat au poste de Vice-Président ?

Lucien Guilao : En tant que candidat, je dirai que la lettre de la FIFA ne me surprend pas. J’étais convaincu que ça allait arriver, vu tout ce qui s’est passé depuis le début jusqu’à aujourd’hui. Le miracle serait que la FIFA n’intervient pas dans cette affaire guinéo-guinéenne. Il y a pleine de choses qui sont passées qui ne sont pas normal. En plus, les personnes en qui on a placé notre confiance, notamment les présidents des différentes commissions ont mal fait leur travail. Elles ont plutôt pensé à leur propre intérêt qu’à l’intérêt du football guinéen. Et ça les a amené à interpréter de façon égoïste et en leur faveur, les textes.

On a vu également ce courrier de l’AS Kaloum qui récuse la commission électorale et la commission de recours

L’AS Kaloum ne fait que finir le travail qu’avait commencé le Directoire de campagne du Président KPC. Je vous signale que l’AS Kaloum et le Hafia FC ont été les premiers à dénoncer la façon dont ces commissions ont été mises en place. Déjà, le 09 mars, si mes souvenirs sont bons, nous avons dénoncé, le  16 mars nous avons dénoncé, le 05 Avril aussi, nous avons dénoncé la façon dont les commissions ont été mises en place. On a dénoncé les conflits d’intérêt qui existent lors de l’assemblée générale extraordinaire et nous avons réfuté tous les résultats de cette assemblée générale extraordinaire.

Aujourd’hui je suis étonné de voir que certaines personnes l’aient oublié. L’AS Kaloum est dans son rôle, elle est cohérente avec elle-même. Et, depuis le début, elle suit son chemin, et elle est cohérente.

Dans ce même courrier, l’AS Kaloum rappelle que le mandat de l’équipe dirigeante a expiré depuis le 27 février. Est-ce que vous pensez que ce retard dans l’organisation de cette élection à date, a été à l’origine de cette crise qui perdure ?

Non,  le mandat de cette équipe a expiré depuis le 27 février. On leur donne quand même un ou deux mois pour organiser les élections, elle le fait mal. Ce n’est pas ce qui a été à l’origine de la crise, on a plutôt refusé d’appliquer les statuts.

On sait que vous étiez le Directeur de campagne de KPC, mais après le retrait forcé d’Antonio Souaré, qui a été contraint de renoncer à sa candidature, vous êtes finalement devenu candidat au poste de Vice-Président. 

Non ! J’étais candidat au poste de Vice-Président depuis le 29 mars, cumulativement à mon poste de Directeur de campagne de KPC. Et c’était clair et transparent entre le Président KPC et moi. Je l’ai informé mon envie de me présenter au poste de Vice-Président. Nous étions en réunion avec le directoire de campagne, tout le monde savait et je suis allé ce jour-là  à la Fédération déposer ma candidature et celle du Président KPC, en tant Président et Vice-président. Ce n’est pas suite à son désistement que je me suis porter candidat.

Si ma mémoire est bonne, c’est la première fois que vous voulez intégrer cette structure de la Féguifoot. Qu’est-ce qui vous a réellement motivé ?

 Si on veut intégrer la structure, c’est par les élections. C’est donc l’occasion pour moi. Sinon il y a deux ans, j’avais manifesté l’envie d’intégrer la Fédération, ça n’a pas marché, parce que les gens n’étaient pas en congrès électif et j’avais senti qu’il y avait une alternative qui était très sérieuse en face, pour remplacer la Fédération sortante.

Pour répondre à votre question, vu mon parcours, vu mes différentes casquettes je crois que j’étais très bien placé pour assumer la fonction de Vice-Président. J’ai l’envie, j’ai les relations, j’ai les compétences managériales et je me suis dit, c’était mieux de le placer, de le mettre à la disposition de la Féguifoot pour qualifier l’action fédérale sur le plan national.

Bien que la date du Congrès électif n’est pas encore annoncée en raison de la crise, est-ce qu’on peut avoir une idée du contenu de votre programme ?

Mon programme est essentiellement basé sur la formation. Je ne peux pas avoir un programme et le Président un autre programme. Moi j’irai défendre le programme de la Fédération, partager le programme du président.

Mais quelque soit le programme, le capital humain reste prépondérant devant n’importe quel programme. Pour qu’un programme aboutisse, il faut des ressources humaines compétentes, et si on n’a pas des ressources humaines compétences, on ne peut pas avoir la meilleure fédération d’Afrique, on ne peut pas voir non plus les meilleures équipes d’Afriques. Je pense que tout ça, c’est la formation et moi j’en ferai mon cheval de bataille.

Certains observateurs estiment que l’immixtion de l’exécutif dans le football est à l’origine de la crise, notamment à travers la rencontre de Sékhoutouréya. Est-ce que vous partagez cet avis ?

      Non ! La rencontre de Sékhoutouréya ne vient pas comme ça, c’est parce qu’il y a une crise. C’est parce qu’il y a beaucoup d’animosité pendant la campagne, c’est parce que les gens n’ont pas compris certaines choses, c’est parce que  la Féguifoot a manipulé l’opinion en communicant de façon désordonnée sur les statuts de notre fédération en mettant un flou dans la tête des gens sur un article qui était déjà clair. Il s’agit de l’article 33 et c’est la même fédération qui a rédigé cet article. Elle a eu 4 ans, elle l’a jamais modifiée, elle l’a toujours adoptée lors des assemblées générales. Un article clair et net. Donc ce n’est pas une affaire de Sékhoutouréya ou de l’exécutif. Le problème est venu entre les acteurs du Football. C’est nous qui avons posé le problème et c’est nous qui devons le résoudre. Le gouvernement ne s’est pas mêlé. Au contraire, le gouvernement nous a donné des conseils pour dire faites attention on parle de football et le football doit rassembler les gens, si on est en période d’élection, faites attention, entendez-vous.  Ce qui est tout à fait normal. Si la Guinée est sanctionnée c’est le rouge-jaune –vert qui est sanctionné, parce qu’on dira la République de Guinée ne participe pas à la CAN par exemple, on ne va jamais dire la fédération guinéenne ne participe pas. La Guinée est sanctionnée, c’est ce qu’on dira. Voyant que c’est  l’image de marque du pays qui peut être tâchée,  c’est tout à fait normal que les responsables guinéens appellent les deux parties pour dire calmez-vous, le football ne doit pas vous déchirer plutôt vous rassembler même si vous avez des idées différentes.

On avait pensé qu’un compromis avait été trouvé mais on a vu que la crise s’est accentuée après cette descente musclée des hommes en uniformes au domicile d’Antonio Souaré, suivi d’un mandat d’arrêté du Procureur de la République contre lui.  Est-ce que tous ces agissements  n’accentuent pas la crise ?

Je ne peux pas commenter ces genres d’informations, ce que je ne maitrise pas, je n’en parle pas. Ce que je suis en train de dire ce qu’on a manipulé l’opinion en disant que l’article 33 ne s’appliquait pas.

Que dit cet article ?

Vous posez la question, vous avez la réponse. C’est les conditions d’éligibilité.

A l’allure où vont les choses, on s’achemine vers la mise en place d’un Comité de normalisation. Quels sont les risques possibles ?

Les risques vont dépendre de la FIFA et de ce que nous ferons. Un Comité de normalisation sans avoir trop de tension, un Comité de normalisation avec un Syli national toujours qualifié pour la CAN, un Comité de normalisation ayant toujours la Guinée candidate pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Il va y avoir un Comité de normalisation sans être trop sanctionnée. Ce qui est sûr, on va avoir un Comité de normalisation avec des ressources limitées, qui ne serviront qu’à faire fonctionner ce Comité de normalisation et permettre à l’équipe nationale de participer aux différentes compétitions sans trop d’impact négatif.

De nombreux observateurs déplorent du fait qu’après 4 ans on retombe à nouveau dans cette affaire de Comité de normalisation.

Il y a plusieurs pays qui rentrent dans le Comité de normalisation. Ça dépend de la qualité de travail de notre fédération. Ce n’est pas une histoire de 2 ans, 4 ans, le problème qui est là ce que les gens ont mal fait leur travail et on va vers un Comité de normalisation. Et on ne peut pas avoir un Comité de normalisation tous les deux ans. Le mandat c’est 4 ans. A chaque période d’élection, il y a des problèmes. C’est vrai qu’on ne va pas bénéficier de subvention pendant cette période, mais le Comité de normalisation est là juste pour une durée maximale d’un an.

En tant qu’acteur de football quel appel avez-vous à lancer pour rassembler tous ceux qui interviennent dans le secteur et remettre la pendule à l’heure ?    

 Vous savez quand le Président Antonio a retiré sa candidature, que le Président de la République a adressé un message plein de sagesse où il remerciait le Président Antonio et l’a félicité sur ce qu’il a pris comme décision en lui demandant de ne pas se décourager et de continuer dans le football qu’il aime tant. Et il a dit que la famille de football guinéen ne se divise pas, elle se rapproche, et qu’elle participe à l’intérêt de la nation. Nous nous avons pensé que lorsqu’on s’assaye autour d’une table, on parle c’est dans l’intérêt du football. Mais ce qui s’est passé, ce que les gens se sont assis de leur côté autour d’une table, et on a refusé de parler pour regarder leur propre intérêt. Il est arrivé après ce qui est arrivé et ça dégénéré.

Je réitère encore cet appel, pour qu’on s’assaye autour d’une table et que nous parlions pour régler nos problèmes en famille, la famille sportive guinéenne.

Est-ce qu’avec cette crise, vous pensez qu’on puisse être dans les délais pour l’organisation de la CAN 2025 ?

L’organisation de la CAN n’incombe pas seulement la Féguifoot, il y a un programme COCAN qui a été mis en place je crois le COCAN travaille dessus. C’est vrai on est déjà suffisamment en retard mais en mettant les bouchées doubles, je pense et j’ai confiance que la Guinée parviendra à organiser cette Coupe d’Afrique des nations, parce qu’au-delà du  football il y a plein de métiers qui sont adossés de cette activité, comme les artisans, les menuisiers, les services de sécurité, de communication, les taxi maîtres à travers des touristes qui arrivent, donc ça va apporter beaucoup à la Guinée.

Votre dernier message

Il faut qu’on s’assaye, qu’on se parle et qu’on trouve une solution ensemble que ça soit des gens qui pensent que c’est eux qui ont la solution, ou encore ceux qui pensent qu’ils sont brimés, pour qu’on soit tous ensemble afin de trouver la solution aux différents problèmes qui se posent.

M Guilao merci.

C’est à moi de vous remercier

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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