« L’union de la Société civile reste un défi…» (Bangaly Camara Coordinateur de la CoCeG)


 La Coalition Citoyenne pour les Élections et la Gouvernance (CoCeG),
fait partie des organisations de la Société civile ayant pris une part
active au processus électoral, lors des dernières élections
législatives, présidentielles et référendaires.
Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, le
Coordinateur de cette plateforme de la Société civile, nous décrit non
seulement le rôle et la responsabilité de la Société civile, dans la
promotion d’un Etat de droit et de la démocratie dans notre pays, mais
aussi et surtout,  la contribution de la CoCeG dans le processus
électoral ayant conduit à la tenue des ces trois scrutins au cours de
l’année écoulée.
Nous vous livrons l’intégralité de l’interview de M. Bangaly Camara,
Coordinateur National de la CoCeG

Kababachir.com : D’où est venue l’idée de créer cette structure ?

Bangaly Camara : La Coalition Citoyenne pour les Élections et la Gouvernance (CoCEG),
réunie autour de huit organisations de la société civile guinéenne
(CENAFOD, LEJEPAD, ROSE, WANEP, UDEC, CAPP, REGUIMAJEC, et COFEL) a
bénéficié du financement de l’USAID à travers le NDI.
Ce sont ces huit organisations qui se sont mises ensemble pour relever
les défis  en matière de gouvernance et le renforcement de la
démocratie dans notre pays. Et nous sommes appuyés techniquement par
le NDI. Quand nous avons décidé de nous mettre ensemble en 2018, le
NDI a accepté de nous accompagner pour nous permettre d’être plus
efficace dans le cadre du renforcement de la démocratie dans notre
pays, parce qu’il ne faut pas oublier que la Société civile joue un
rôle majeur dans le renforcement de la démocratie dans un pays, à
travers les observations, à travers la sensibilisation, à travers
d’autres actions qui visent à assurer la transparence  au processus
électoral.


Quelles sont les actions que vous avez déjà menées sur le terrain
depuis la création de cette plateforme de la Société civile ?


La CoCeG a été créée en 2018. Et depuis sa création, nous avons
cherché à travailler, à consolider d’abord la base de la structure,
parce que qui parle de la base d’une plateforme, parle d’abord des
documents de base. Ces documents de base ont été élaborés. Et après,
on s’est dit qu’il faut prendre part maintenant à l’animation
politique à travers l’accompagnement du processus politique. Mais
aussi essayer de voir qu’est qu’on peut faire en matière de
gouvernance pour que notre pays soit un exemple en matière de bonne
de gouvernance dans le monde.


C’est ainsi que nous avons mis en place un projet pour la gestion du
processus électoral, notamment, les élections législatives, le
référendum constitutionnel et les élections présidentielles. Une
requête qui a attiré l’attention de l’USAID, qui a accepté de nous
accompagner. Ce qui nous a permis de mettre en place un mécanisme de
déploiement d’observateurs sur le terrain, pour nous permettre de
contribuer à la transparence des élections.


Pendant les élections législatives, nous avions travaillé avec 450
observateurs sur toute l’étendue du territoire national et pendant les
élections présidentielles, nous avons déployé 750 observateurs qui ont
travaillé avec nous et qui ont remonté des informations. Et ces
informations ont permis à la CoCeG avec les autres acteurs du
processus électoral pour permettre au processus de continuer et
contribuer à la transparence des élections. Ensuite, nous avons mis en
place un quartier général qui recevait les informations, qui les
analysait et qui discutait avec les différents acteurs du processus,
c’est-à-dire, la CENI, le Haut Commandement de la Gendarmerie,
certains autres observateurs qui sont déployés sur le terrain pour
nous permettre de contribuer à la transparence des élections mais
aussi à l’apaisement pour que les élections puissent être paisibles
mais aussi crédibles.


Et pourtant on a connu une année 2020 très agitée avec trois scrutins
controversés. Quel bilan tirez-vous de ces élections ?


 Par rapport à la participation du processus électoral, les acteurs
étaient là, partagés. Il y a des partis politiques qui ont estimé
qu’il faille aller aux élections, il y a d’autres qui ont décidé de ne
pas aller. Nous, en tant qu’organisation de la Société civile, nous
regardons le processus normal des choses et nous accompagnons le
processus de démocratisation dans notre pays. On se dit qu’il faut
accompagner le processus, nous avons déployés des observateurs. Par
rapport aux différents acteurs, nous avons joué à l’apaisement. On a
mis en place un groupe de contact. Qui a permis de dissuader les cas
de violences, de rapprocher les acteurs et dans ce sens là, nous avons
même organiser beaucoup de conférences-débats, pour ramener les
différents acteurs, à savoir les partis politiques de la mouvance
comme de l’opposition et la Société civile de discuter pour trouver
des solutions à leur problème. Il ne faut pas oublier aussi que les
élections sont venues dans un contexte marqué par la propagation de la
pandémie  COVID-19, qui a aussi été la particularité des élections
2020.


Ce qui fait que le processus électoral a été géré dans un contexte
très compliqué. Le regroupement n’était pas facile. Donc du coup, les
actions qui sont menées sont des actions qui visent à rencontrer les
différents  acteurs, les parler afin de rapprocher leurs positions.
Nous avons rencontré la mouvance, l’opposition, on a rencontré les
coordinations régionales, nous avons discuté avec eux pour les amener
à mieux comprendre et que la violence puisse cesser, parce que le
climat social est fortement politisé. Les coordinations régionales qui
existent en Guinée ont aussi des soutiens politiques. Du coup,  on ne
peut pas agir sur le plan politique dans le cadre de la gestion
pacifique d’un processus électoral, sans laisser aussi les
coordinations régionales.


Des contacts ont été menés, des discussions ont été menées, mais comme
vous le savez déjà les esprits sont déjà positionnés. Et ceux qui ont
pris une position, il est difficile de les dissuader et les ramener
sur une position qui soit bon pour le pays. Ce qui fait que la gestion
des élections est devenue très compliquée, parce que j’ai souvent
l’habitude de dire qu’en Guinée chacun ne défend que son intérêt. Si
tu dois juger quelque chose il faut faire attention,  parce que tu ne
feras que défendre la préférence de quelqu’un  parce que tout
simplement ça lui ai favorable.


Mais la Société civile aussi est divisée. Certains pensent d’ailleurs
qu’elle est manipulée par les politiques,  ce qui ne milite pas en
faveur d’un climat apaisé dans le processus de démocratisation de
notre pays


Oui. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle que ces organisations
ont décidé de se mettre ensemble, pour former la CoCeG et défendent la
même valeur. Nous, nous sommes à l’équidistance à toutes les
organisations de la Société civile et nous avons des valeurs que nous
défendons. Aucune organisation de la Société civile qui appartient à
la CoCeG ne mène une activité politique, ne défend un intérêt
politique, parce que si tu es soupçonné dedans, cela suppose que tu
va quitter carrément  la CoCeG. Nous agissons conformément à la loi.
Si c’est bon, nous accompagnons, et si nous constatons qu’un acte est
posé et qu’il n’est pas bon, nous dénonçons et nous proposons aussi
une solution alternative qui s’applique.
Le processus de démocratisation d’un pays nécessite la collaboration
des toutes les forces vives. Si nous ne cherchons pas à voir les
choses dans le bon sens on ne pourra pas collaborer  et si on ne
collabore pas, il y a certains qui sont censé comprendre les choses
élémentaires à cause de la défensive qu’un côté prend, ça va être très
difficile pour eux de comprendre la chose la plus élémentaire. Et
finalement, ça ne sera que des guéguerres et tout le monde va se
braquer les uns contre les autres et finalement on oublie l’essentiel.


Que répondez-vous à ceux pensent que la Société civile est à la solde
des politiques et que les divisions internes ne sont pas de nature à
favoriser un climat de confiance entre les différents acteurs ?


  Je peux dire que la Société civile joue son rôle, parce qu’il existe
beaucoup d’organisations qui appartiennent à la Société civile. Il
faut reconnaitre que la Société civile n’a pas été unie en Guinée. Il
y a beaucoup de plateformes de la Société civile qui défendent des
positions. Aujourd’hui, l’union de la Société civile est un défi pour
l’accompagnement du processus du développement de notre pays. Pendant
que certaines organisations prennent une position, d’autres
organisations prennent une position contraire. A travers ces
différentes positions, on voit aussi la position des partis
politiques. Ce qui fait qu’aujourd’hui, même le débat politique est
devenu très difficile, parce que n’importe quelle Société civile
prendra la parole, on dira il est de la mouvance ou bien il est de
l’opposition.
Nous, nous avons décidé d’être Société civile. Ce que nous faisons,
que ça plaise à l’opposition ou que ça plaise à la mouvance, on n’en a
rien à foutre. Nous, nous pensons qu’il faut dire la vérité. Et cette
vérité là, est prévue par la loi. Ce qui fait que nous menons des
démarches auprès de l’opposition tout comme la mouvance pour concilier
les positions.


Parlant de la gouvernance quelles sont les actions que vous avez déjà
menées pour contribuer à la lutte contre la corruption qui gangrène
l’administration guinéenne ?


La corruption est une réalité en Guinée. Par rapport à notre démarche
en matière de gouvernance, nous avons essayé de travailler au niveau
des responsabilisations sociales. Nous avons pris  trois communes
pilotes. Il s’agit des communes de Kaloum, de Boffa et de Wonkifong.
Ces trois communes, on les a choisies  pour implémenter la
responsabilisation sociale. Cette responsabilisation consiste à
impliquer les citoyens dans la gouvernance, leur permettre de faire
leur propre diagnostic,  identifier les manquements  et rencontrer les
prestataires des services, expliquer les manquements à ces
prestataires des services publics, ça peut être une école, ça peut
être un centre de santé. Quand un manquement est observé, les amener à
discuter sereinement avec eux et les rapporter cette discussion là au
niveau de la mairie, qui assure le contrôle, le suivi des toutes les
politiques du développement   à la base.


La dénonciation est bonne mais il faut avoir des preuves. Quand tu es
une organisation sérieuse, il faut mener les actions en profondeur. Et
quand tu disposes maintenant ces informations là tu peux dénoncer.
C’est pourquoi on a initié ce qu’on appelle la responsabilisation. La
responsabilisation consiste d’abord à dénoncer. Quand on constate par
exemple que quelque chose ne va pas au niveau de l’éducation, on
dénonce. Mais ce que les gens oublient, en matière de l’action de la
Société civile, il faut faire en sorte que tes actions puissent avoir
des impacts. Et comment les actions peuvent avoir des impactes. 

S’il y a un manquement, tu les fais savoir voici le manquement qui a été
constaté. Et ils disent ce manquement là existe mais nous n’avons pas
de moyens. S’ils n’ont pas les moyens, tu les envois par exemple au
niveau de la Mairie qui dispose un budget pour la collectivité. Vous
savez tous les services déconcentrés sont représentés au niveau des
communes. La commune va les intimer à changer. Donc cette action a
porté fruit. Et nous, nous avons fait de sorte qu’on a tendance à
croire  que certaines Sociétés civiles sont des partis politiques, de
par leur position. Et pourtant si deux, trois ou quatre organisations
de la Société civile ont le même objectif, ils doivent pouvoir
collaborer ensemble.


Et si leur objectif c’est d’améliorer les conditions de vie des
citoyens, qui sont dans les besoins, en principe, elles doivent
s’entendre pour accompagner la politique du développement et quand
elles trouvent des failles, discuter, pour changer de façon très
sérieuse et civilisée. C’est ça le rôle d’une bonne organisation de la
Société civile.
Mais quand maintenant  l’Etat ne veut pas changer, c’est en ce moment
qu’on utilise la confrontation. Là, ça veut dire que la collaboration
n’a pas fonctionné. Ce qui est à la base de ça, c’est soit une
mauvaise compréhension de la Société civile ou bien la mauvaise foi
d’accepter le rôle de la Société civile pour le bonheur des citoyens.


Quel est le plan d’action de votre organisation pour l’année en cours?


D’abord notre projet sur les élections passées n’est pas encore
achevé, parce qu’il y a des activités post-électorales que nous sommes
en train maintenant de piloter, notamment les reformes du code
électoral. Vous savez qu’avec la nouvelle Constitution, les lois
d’application de cette Constitution doivent quand même changer
tacitement et nous sommes en train de mener une campagne de plaidoyer
pour que certaines priorités que nous avons répertoriées puissent être
prises en charges par  le nouveau code électoral qui va être adopté
par l’Assemblée nationale.
 Il y a des éléments qui doivent faire l’objet d’amendement au niveau
du code électoral. Mais nous, notre rôle en tant qu’acteur de la
Société civile dans le processus électoral n’est pas pris en charge en
matière d’observation par le code électoral .Il faudrait que cela soit
inscrit dans le code électoral. On a beaucoup travaillé la dessus, on
a répertorié plusieurs textes que nous comptons proposer à l’Assemblée
nationale. Nous passons maintenant par des rencontres pour les
convaincre à prendre en compte nos apports, parce que si ce n’est
pertinent, ils peuvent ne pas prendre en compte. Donc nous sommes en
train de mener ces démarches là.


 A côté de ça, nous venons de lancer un projet de monitoring sur le
fonctionnement des collectivités et comme vous l’avez dit, en matière
de gouvernance, nous voulons savoir comment les collectivités agissent
sur le terrain. Est-ce qu’elles agissent conformément à la loi ?
Est-ce que les citoyens sont au cœur de leurs prévisions au sein des
collectivités ? Et pour cela nous avons choisi 42 Communes. Les
grandes communes de convergence. Vous savez que l’UNICEF avait mené
une étude et ils ont répertoriés quelques Communes qu’ils ont appelé
Communes de convergence pour focaliser les efforts sur ces
Communes-là. Il y a eu beaucoup d’efforts qui ont été fournis sur ces
Communes, mais nous, nous avons estimé qu’il faille sélectionner 20
sur ces Communes de convergence  et 20 autres Communes qui ne sont pas
des Communes de convergence pour voir comment les collectivités
fonctionnent dans ces Communes?  Ça nous permettra de voir comment les
collectivités agissent et quels besoins en renforcement des capacités
et les limites qu’ils ont. Est-ce qu’il a une collaboration entre les
citoyens et ces communes dans le cadre de l’amélioration des
conditions de vie des citoyens ? Et au finish, on va ressortir une
tendance pour voir comment les Communes de convergence se comportent
par rapport aux autres Communes.
M. Camara merci
C’est à moi de vous remercier.
Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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