Macron au Burkina Faso : «Je ne viens pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire»

Alors que le climat est tendu à l’extérieur de l’université de Ouagadougou, Emmanuel Macron a prononcé pendant 1h45 son discours très attendu sur l’Afrique. Il s’est ensuite livré à un exercice de questions-réponses avec la salle, dans une ambiance… tonique mais joyeuse.

« Les crimes de la colonisation sont incontestables ». Devant quelque 800 étudiants burkinabés, le président français a martelé qu’il « n’y avait plus de politique africaine de la France ». « Je suis d’une génération où l’on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire », a-t-il insisté. « Je suis d’une génération pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire », a-t-il poursuivi. « C’est un passé qui doit passer », a jugé encore Emmanuel Macron.

« Une amitié pour agir ». « L’Afrique est gravée dans la mémoire française, dans la culture, dans l’histoire, dans l’identité de la France », a encore lancé le président se démarquant fortement du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy qui en 2007 avait assuré que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Emmanuel Macron a expliqué être venu « pour proposer avec humilité d’inventer une amitié pour agir ». En fin de discours, il a également « proposé de nous retrouver et de ne plus nous séparer » : « Marchons ensemble si vous en êtes d’accord. »

Lutte contre le terrorisme. « Nous deux pays ont été meurtris par le terrorisme islamiste », a souligné le président français. Une fois n’est pas coutume, il a rendu hommage à François Hollande, en saluant sa décision d’intervenir au Mali. « C’était la bonne décision », a-t-il assuré. Il a également appelé à « lutter contre l’extrémisme religieux ».

« Aujourd’hui, ce sont des Africains qui esclavagisent d’autres Africains »

« Frapper les réseaux de passeurs en Libye ». Emmanuel Macron a également dénoncé une fois de plus la situation en Libye et l’esclavage. Il a assuré vouloir « frapper les réseaux de passeurs » et « évacuer les personnes en danger ». Il a expliqué qu’il allait proposer une « initiative euro-africaine » en ce sens. Le président de la République est revenu sur le sujet un peu plus tard, à la faveur de plusieurs questions sur la démographie, l’immigration et l’esclavage qui a cours en Libye. «Il ne faut pas se mentir », a-t-il martelé, «il n’y a pas aujourd’hui de passeur français ou belge entre le Niger et la Libye. Aujourd’hui, ce sont des Africains qui esclavagisent d’autres Africains », a-t-il rétorqué, demandant à son auditoire d’abandonner le discours victimaire.

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« Chaque femme doit pouvoir décider de son destin ». Evoquant la démographie, le président français a lancé que selon lui « la maternité doit être un choix » pour les jeunes femmes. Un peu avant, il a assuré qu’il « serait aux côtés de tous les chefs d’Etat qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles ». Il a détaillé qu’il y aurait de bourses pour elles également, faisant réagir la salle. « Rassurez-vous, cela ne concernera pas uniquement les jeunes filles », a-t-il aussitôt précisé.

Restitution du patrimoine. « Nous souffrons d’un imaginaire qui nous enferme dans nos conflits. Je veux reconstruire cet imaginaire autour de trois domaines », (la culture, le sport, la langue) a plaidé Emmanuel Macron. Il a ainsi expliqué qu’il souhaitait que « d’ici 5 ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain ». « Le patrimoine africain ne peut uniquement être dans des collections privées ou dans des musées européens. Il doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Cotonou… », a-t-il insisté annonçant « une saison de cultures africaines » en 2020.

Défense de la francophonie. Le chef d’Etat s’est livré à un véritable plaidoyer pour le français. « Le ciment principal entre nous, c’est la langue française », a-t-il lancé. « Son avenir se joue beaucoup ici en Afrique. La francophonie est un corps vivant […] faites le vivre, elle est la langue de vos poètes, de vos artistes. Défendez-la avec fierté, transformez-la, mettez-y vos mots », a-t-il encore demandé appelant à « une francophonie conquérante ».

Hommage à Thomas Sankara. Très applaudi, Emmanuel Macron avait commencé en citant une formule de Thomas Sankara (« cet avenir que vous osez inventer »), président du Burkina Faso assassiné en 1987 à Ouagadougou. Un peu plus tôt, à l’issue d’un entretien avec l’actuel président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, il avait assuré que les documents français concernant cet assassinat « seront déclassifiés pour la justice burkinabée ».

Salué par une standing-ovation, le président a ensuite répondu aux questions des étudiants.

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