Macron «bientôt aux commandes de l’Europe», selon Time… s’il s’impose en France

Le titre est volontairement ironique. Macron sera « bientôt aux commandes de l’Europe », lit-on en Une du nouveau numéro du Time, à paraître le 20 novembre… enfin cela à une condition près, précise un astérisque. « Si seulement il parvient à prendre celles de la France ».

Au-delà de cet effet de style grinçant, le célèbre hebdomadaire américain tire un portrait plutôt élogieux d’Emmanuel Macron, dont il juge les ambitions sur la scène européenne et internationale crédibles au vu de la conjoncture. Une tonalité similaire à celle exprimée à deux reprises déjà par leurs voisins anglais de The Economist.

Depuis son bureau de l’Elysée, entre deux portraits de Brigitte Macron et du général de Gaulle, le chef d’Etat s’est également épanché sur la relation très complexe entretenue avec son homologue américain Donald Trump. Le tout « dans un anglais excellent, chose rare ». Résumé.

« Réussir à la maison » avant de rayonner à l’étranger

Avant toute chose, le Time insiste sur la politique intérieure du Français. « Réussirà la maison », confirme Macron, est la condition nécessaire pour que la France ait « une voix et un rôle à jouer » dans le monde. Taxé de « président des riches » pendant les négociations sur la réforme du Code du travail, sur la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF) ou après certaines déclarations polémiques (« premiers de cordée », « bordel »), le chef d’Etat prend toutefois le parti d’assumer.

« J’étais très populaire au début de mon mandat, parce que je n’ai rien fait pendant la première semaine qui a suivi mon élection, tranche-t-il. Si tu agis, et que c’est à cause de tes actions que tu perds de la popularité, très bien ».

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Si le Time explique que « Macron n’a aucun besoin immédiat de compromis », étant donné la large majorité dont il dispose à l’Assemblée, il rappelle les 10,6 millions de bulletins Le Pen au second tour, ainsi que la part non-négligeable de personnes ayant voté contre la frontiste plutôt que pour lui au second tour.

« Si ses idées se révèlent fausses et si son style de libre marché ne parvient pas à apporter à la France le renouveau économique qu’il promet, le populisme en colère qui a agité la France au début de l’année, et qui a conduit au Brexit, pourrait revenir en force », présage le magazine.

« Une ouverture pour le poste de leadeur »

En revanche, si le pari du libre-échange et de la « flexisécurité » fonctionne, le Time promet un avenir radieux à la France, qui « pourrait devenir une puissance mondiale beaucoup plus importante qu’elle ne l’a été depuis des décennies ».

Et cela d’autant plus que les planètes semblent alignées selon l’hebdomadaire, qui parle d’« une ouverture pour la poste de leadeur ». Explications : Donald Trump prône l’« America’s First », la chancelière allemande Angela Merkel peine à former une coalition gouvernementale après des élections compliquées, et la Grande-Bretagne semble sclérosée dans de douloureuses négociations post-Brexit.

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Voie royale pour Macron ? Lui explique ne pas vouloir être le dirigeant de l’Europe mais, dans un souci de multilatéralisme, « l’un de ses dirigeants, et de cette génération de dirigeants totalement convaincus que notre avenir est un avenir européen ». Le Time lui répond que « bien qu’il dise qu’il ne cherche pas à devenir le leader du monde libre, il peut avoir l’air d’en être un ». Accords sur le climat ou sur le nucléaire iranien, ouverture de corridors humanitaires en Syrie, réception de Vladimir Poutine à Versailles… Le Time liste un certain nombre de cas sur lesquels l’ancien ministre de l’Economie de 39 ans est monté au créneau. Et cela quelques semaines seulement après son arrivée surprise à la tête de la cinquième puissance mondiale.

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Trump, Twitter et leur « très bonne relation personnelle »

Parmi la densité de sujets abordés, il y a aussi et surtout le cas Donald Trump. Deux styles radicalement opposés « en matière de style comme de politique », compare le Time.

Le président français assure ainsi n’être « l’opposant de personne » et réfute la qualification d’anti-Trump. Lui et le locataire de la Maison blanche ont une « relation solide », assure-t-il. Pour preuve, leur entente en matière de sécurité, de contre-terrorisme et de défense… et aussi leur « très bonne relation personnelle », revigorée par la visite de l’ancien magnat de l’immobilier à Paris pour la Fête nationale du 14 juillet.

Cela n’empêche pas Macron d’adresser quelques critiques. Sur son utilisation effrénée de Twitter, premièrement. « C’est incompatible avec la distance nécessaire pour gouverner », statue-t-il. Je pense que lorsque l’on est en position de décider seul et que l’on a la responsabilité de beaucoup de politiques publiques et de beaucoup de gens, on ne peut pas réagir en permanence sur ce média ou sur tout autre média».

Le climat et le nucléaire iranien, deux dossiers clivants

Autre source de tensions, cette fois sur le fond : l’absence chez Trump de proposition alternative autour de deux grands accords. Pour celui sur le nucléaire iranien, que le Républicain veut durcir, voici ce que Macron lui aurait rétorqué. « Je (lui) ai juste dit “Quelle est votre autre option ? Si vous voulez mettre fin à toute relation avec l’Iran en ce qui concerne les activités nucléaires, vous allez créer une nouvelle Corée du Nord, affirme-il, comme s’il s’exprimait au président américain. Quelle est votre autre option ? Lancer la guerre, attaquer l’Iran ? Ce serait dingue” ».

Sur l’accord de Paris sur le climat aussi, Macron regrette le flou de l’administration américaine. L’Elysée a annoncé ce mardi que, « pour l’instant », Donald Trump n’était « pas invité » au Sommet de Paris qui se tient le 12 décembre. Il a néanmoins précisé au Time laisser la porte toujours ouverte « à celui qui a décidé de quitter le club ».

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