Mines antipersonnel : l’arme des lâches est en recrudescence

Ils ont l’air de gens bien tranquilles, ordinaires. Mais se disent « des fous ». Des rêveurs, des idéalistes qui veulent s’opposer à la folie des hommes. Ils ont déjà en partie réussi. Et continueront. Après avoir gagné de premiers paris, ils veulent à présent que l’on cesse de bombarder les civils. Déjà, grâce à eux, il y a vingt ans, les 3 et 4 décembre 1997, le traité d’Ottawa bannissant les mines antipersonnel était signé. C’était la première fois dans l’histoire qu’une arme conventionnelle était interdite. Car les mines sont les armes de la folie meurtrière, de la mort aveugle, les armes des lâches. Elles tuent de façon indiscriminée n’importe où, n’importe quand et, surtout, n’importe qui.

Colombie : la paix sur un champ de mines

En 1982, deux médecins français, horrifiés par les 6.000 amputés du conflit au Cambodge, créent, à Lyon, Handicap international, une organisation non gouvernementale, pour venir au secours des victimes des mines. Les deux médecins sont scandalisés par le fait que près de 80% des victimes des mines sont, non pas des combattants, mais des civils (dont près de 40% d’enfants). En 1992, Handicap international ne se contente plus de déminer, d’aider les victimes, d’équiper les amputés de prothèses. Elle prend la tête d’une coalition d’associations qui lancent la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL ou International Campaign to Ban Landmines). Un pari fou. Mais gagné cinq ans plus tard avec le traité d’Ottawa qui vaut à Handicap international d’être colauréate du prix Nobel de la paix en 1997.

Des grandes puissances manquent encore à l’appel

Car d’autres gens bien tranquilles sont bouleversés par les dégâts causés aux innocents par les mines. Ils ont manifesté, massivement signé des pétitions. La pétition, c’est ce qu’un responsable d’Handicap international appelle « l’arme de reconstruction massive ». Rien qu’en France, 320.000 personnes signent alors le texte pour l’interdiction des mines. Et quand la société civile s’indigne, les gouvernements plient. A ce jour, 162 Etats sur les 193 que compte l’ONU ont signé le traité d’Ottawa.

Certes, six pays majeurs manquent encore à l’appel : la Chine, l’Inde, la République de Corée, le Pakistan, la Russie et les États-Unis. Mais certains respectent la Convention d’Ottawa sans même l’avoir adoptée. Et les résultats sont déjà là : le nombre des victimes a été divisé par dix en quinze ans, passant de 30.000 par an – tués ou blessés – dans les années 1990 à 3.000 en 2013. Et près de 50 millions de mines ont déjà été détruites sur quelque 250 millions. En septembre 2015, le Mozambique, l’un des pays les plus minés au monde, avec l’Angola, l’Afghanistan, la Colombie et le Cambodge, se déclarait officiellement « libre de mines » après plus de plus de vingt ans de travail acharné de déminage.

Mais depuis 2014, la situation se dégrade de nouveau, l’utilisation des mines est en recrudescence. De nouvelles mines, – artisanales, instables et difficiles à désamorcer -, sont apparues. Entre 2014 et 2015, le nombre de nouvelles victimes de mines antipersonnel a quasiment doublé, selon le rapport 2016 de l’Observatoire des mines qui dresse un bilan annuel du traité d’Ottawa. En 2015, au moins 6.500 personnes ont été tuées ou blessées par des mines antipersonnel. C’est une conséquence de l’escalade de la violence armée et du recours récurrent à des mines artisanales.

Le combat s’étend aux bombardements de civils

Handicap international et les ONG de la coalition antimines poursuivent le combat. Elles sont à l’origine du traité d’Oslo de 2008 qui interdit les bombes à sous-munitions, un autre type d’arme conventionnelle indiscriminée, dont l’écrasante majorité des victimes sont aussi des civils, parfois frappés longtemps après la fin des hostilités.

Aujourd’hui, ces ONG élargissent le combat pour protéger les populations. Handicap international dénonce les bombardements des civils. Dans le cadre d’un collectif regroupant 18 ONG, l’organisation pointe du doigt l’utilisation des armes explosives en zones urbaines densément peuplées qui font de nombreuses victimes parmi les civils.

C’est une pratique courante dans les conflits actuels, en Syrie, en Irak, au Yémen…, où  plus de 90% des victimes sont des civils. En septembre dernier, l’association a lancé une campagne internationale, « Stop Bombing Civilians » (« Non au bombardement des civil ») avec le hashtag #StopBombing sur les réseaux sociaux. L’ONG appelle de nouveau à la mobilisation citoyenne pour lutter contre ces pilonnages. Handicap veut recueillir un million de signatures pour forcer les Etats à adopter une déclaration politique et mettre fin à l’utilisation des armes explosives en zones peuplées de civils. Un nouveau pari fou. Un nouveau pari indispensable.

Jean-Baptiste Naudet

Jean-Baptiste Naudet
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