Mladic condamné à la perpétuité : le président serbe appelle son peuple à «regarder vers l’avenir»

Une « étape importante » pour la justice internationale. C’est ainsi que le procureur du TPIY, le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, a accueilli la condamnation mercredi, par cette institution judiciaire, de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic à la perpétuité. « Mladic était l’une des premières personnes à être inculpées par (mon) bureau et le dernier à être reconnu coupable », a souligné Serge Brammertz.

A l’annonce du jugement, la présidente de l’association des mères des enclaves de Srebrenica et de Zepa s’est dite mercredi « partiellement satisfaite » du jugement. « C’est plus que pour (Radovan) Karadzic. Mais ils ne l’ont pas reconnu coupable de l’accusation de génocide dans plusieurs villages », a déclaré Munira Subasic.

A Belgrade, le président serbe a appelé « à regarder vers l’avenir, à penser à nos enfants, à la paix, à la stabilité dans la région ». Il faut « revitaliser les usines, inaugurer des bâtiments au lieu de nous étouffer dans les larmes du passé », a recommandé Aleksandar Vucic.

« Diaboliser le peuple serbe »

« La Serbie a toujours respecté les victimes des autres nations, je ne suis pas sûr que les autres ont fait preuve de ce respect envers les victimes serbes », a néanmoins déclaré cet ancien faucon ultranationaliste, ancien collaborateur de Slobodan Milosevic. « Nos larmes ne rencontreront pas la compassion de la communauté internationale, il ne faut pas la demander. Il ne faut pas pleurer sur notre destin mais édifier une société où aucun Croate, Bosnien, Hongrois, ou personne ne se sentira menacé et où tous auront les mêmes droits », une société « où la guerre et ses horreurs ne se reproduiront pas », a-t-il encore déclaré.

L’unique femme jamais condamnée par la justice internationale pour des crimes durant le conflit de Bosnie, Biljana Plavsic, s’est dite mercredi « scandalisée » par la condamnation à perpétuité de Ratko Mladic. Agée de 87 ans, celle qui fut vice-présidente de la « Republika Srpska » pendant la guerre avant d’en prendre la présidence en 1996, avait été condamnée en 2003 à onze ans de prison. « Je suis scandalisée par le fait qu’une telle institution (le TPIY) ignore la justice et la vérité. Je ne suis pas du tout opposée à ce que les criminels soient jugés mais il n’y a ni justice, ni vérité », a-t-elle déclaré.

« Malheureusement, sur la base de l’expérience et après la condamnation de 72 Serbes, nous ne pouvions pas nous attendre aujourd’hui à quelque chose de mieux. Il est évident qu’il s’agit d’un projet dont l’objectif est de diaboliser le peuple serbe », a déclaré Milan Jolovic, ancien commandant de l’unité des forces serbes de Bosnie « Les loups de la Drina ».

Un « avertissement » aux criminels

« Mladic est la quintessence du mal […] Mladic a présidé à certains des crimes les plus sombres survenus en Europe depuis la Deuxième Guerre Mondiale », a estimé pour sa part le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Zeid Ra’ad Al Hussein, qui appartenait à la Force de protection de l’ONU dans l’ex-Yougoslavie entre 1994 et 1996. « Tous ceux qui commettent des crimes internationaux graves […] devraient craindre ce résultat », a-t-il martelé. » Ce verdict est un avertissement aux auteurs de tels crimes qu’ils n’échapperont pas à la justice, aussi puissants soient-ils, et quel que soit le temps qu’il faudra », a-t-il poursuivi.

Même tonalité dans le message publié sur Twitter par l’eurodéputé Guy Verhofstadt, ex-Premier ministre belge : « Que ce soit un avertissement à ceux qui commettent des crimes de guerre – vous serez tenu responsable. »

L’ancien président du Conseil italien Matteo Renzi a également réagi sur le réseau social : « Pour ma génération, Srebrenica est un symbole de la honte de toute la communauté internationale et des Nations unies. La condamnation à vie de Mladic n’est pas une vengeance : c’est un acte de justice. »

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