Mladic, Milosevic… Qui sont les Bouchers des Balkans ?

Ratko Mladic, l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, a été condamné ce mercredi à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Ce procès devrait sonner la fin du TPIY, qui depuis sa création en 1993, a mis en accusation plus de 150 personnes soupçonnées d’être impliquées dans des crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en ex-Yougoslavie lors des guerres de Croatie, du Kosovo et de Bosnie-Herzégovine. Au total, ces conflits ont fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. Focus sur cinq acteurs de ces guerres qui ont connu les bancs du TPIY.

Ratko Mladic, 74 ans, était commandant des forces armées de la Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie de 1992 à 1996. Il a été l’un des artisans de la « purification ethnique », dont Radovan Karadzic fut la tête politique et lui le bras armé. Celui que l’on surnomme « Le Boucher des Balkans » a été jugé responsable du siège de Sarajevo qui a duré 44 mois et a fait 10 000 victimes parmi la population civile à partir de mai 1992. Mladic a également été jugé responsable du massacre de Srebrenica en juillet 1995 : 8000 hommes et adolescents musulmans bosniens y avaient été assassinés en quelques jours par les forces serbes. Cette tuerie, pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est considérée comme un génocide par la justice internationale. Pour Srebrenica, le général Zdravko Tolimir, le bras droit de Ratko Mladic, a été condamné en 2012 à la prison à perpétuité. Cette peine est confirmée en appel en 2015. Le Bosnien est retrouvé mort dans sa cellule du quartier pénitentiaire des Nations unies à La Haye en 2016.

Ratko Mladi est à son arrivée au TPIY le 22 novembre 2017 pour l’annonce de son verdict. (Peter Dejong/POOL/AFP)

Radovan Karadzic, 72 ans, est le leadeur politique du nationalisme serbe. Reconnaissable à sa mèche indomptable, Radovan Karadzic était le président de l’entité des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska. Il voulait, selon l’accusation, diviser la Bosnie et « chasser à jamais les Musulmans et Croates des territoires revendiqués par les Serbes de Bosnie ». Avec Ratko Mladic, il a planifié la purification ethnique des Bosniaques et des Croates en Bosnie. Après la guerre, Karadzic a pris la fuite, avant d’être retrouvé en 2008 en Serbie, où il était devenu un spécialiste des médecines alternatives. Il a été mis en examen pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité depuis 1995 par le TPIY, et son procès s’est déroulé entre 2009 et 2014. Il a été condamné en 2016 à 40 ans de prison. Il a fait appel de sa condamnation.

Pour échapper à la justice internationale, Radovan avait laissé pousser ses cheveux et sa barbe. A gauche en 1994, à droite en 2008. (AFP Files)

Slobodan Milosevic est mort en 2006 à l’âge de 64 ans dans sa cellule de La Haye (Pays-Bas), alors que son procès pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide se poursuivait pour la cinquième année. Il était soupçonné d’avoir poussé ses amis Mladic et Karadzic au nettoyage ethnique de la Bosnie pour former une grande Serbie. Milosevic a transformé le parti communiste yougoslave en parti socialiste. Il était président de la Serbie (1989-1997) puis président de la République fédérale de Yougoslavie durant les conflits qui ont ravagé la région. Après avoir longtemps refusé de rendre le pouvoir, il a fini par se rendre en 2001 et a été le premier chef d’Etat à être traduit par la justice internationale.

A la mort de Slobodan Milosevic, en 2006, des milliers de ses alliés serbes se sont rassemblés à Belgrade. (DIMITAR DILKOFF/AFP)

Jadranko Prlic, Premier ministre de la République croate de Herceg-Bosna, entité croate unilatéralement proclamée dans le sud-ouest de la Bosnie-Herzégovine. En 2013, il est condamné à 25 ans de prison par le TPIY. Entre 1991 et 1994, il a voulu créer une Grande Croatie catholique et incité à la haine ethnique et religieuse et orchestré des rafles lors du siège de Mostar. Prlic était également jugé pour avoir contribué à la mise en place d’un système de camps de concentration destinés aux musulmans de Mostar. Son jugement en appel doit être rendu prochainement.

Jadranko Prlic (JIRI BULLER/POOL/AFP)

Ante Gotovina, Croate de 62 ans, est un ancien légionnaire de l’armée française dans laquelle il s’était engagé jeune. Héros national en Croatie, où il est considéré comme un « libérateur », Ante Gotovina a eu une vie mouvementée et un parcours sulfureux. Il quitte la légion en 1978 pour se lancer dans la sécurité, notamment auprès de personnalités. Fiché à l’extrême droite par les renseignements généraux, l’ex-légionnaire surnommé le « Petit » se retrouve même surveillé de près par la cellule de l’Elysée sous Mitterrand. Il écope de cinq ans de prison pour le braquage d’un couple de bijoutiers parisiens en 1981. Libéré au bout d’un an, en 1987, il émigre en Amérique du Sud puis, en 1990, alors que la Croatie prend la voie de l’indépendance, il rejoint l’armée croate dans laquelle il devient général. Il est condamné à 24 ans de prison en 2011 par le TPIY pour avoir couvert le massacre de 36 civils serbes commis en 1995, notamment lors de l’opération Tempête qui visait à conquérir la Krajina, une poche de résistance serbe. Après quatre ans de cavale, le Franco-Croate est arrêté en 2001. Il est acquitté en deuxième instance en 2012.

Ante Gotovina lors de son acquittement en 2012. BAS CZERWINSKI/POOL/AFP

Au total, selon Le Monde, le TPIY a jugé 154 personnes et en a condamné 83. Parmi eux, 56 ont purgé leur peine et ont été libérés, et 19 ont été acquittés.

Durée des peines prononcées par le TPIY

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