Nabayagate ou les survivances du système Conté

Lansana Conté est parti, mais les mêmes qui ont géré hier sont là aujourd’hui avec Alpha Condé. Le même système continue, sous une autre forme ou en copie conforme !

Les caractéristiques du système Conté se résumaient en corruption, népotisme et répression. Des tares qui ont achevé de faire de la Guinée un pays à part. L’ampleur de la pauvreté, le délabrement des infrastructures, l’incapacité de l’État à faire face aux priorités. Plus de dix ans après, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Avec en prime, la division ethnique et l’impunité. Les services sociaux de base, font penser à un pays sortant d’une guerre civile.

La Guinée a pourtant brandi le gain des PPTE et autres. Mais, jusqu’à présent, il y a encore des familles entières qui ne mangent pas à leur faim. Pendant ce temps, des ministres et autres hauts cadres de l’Etat volent et éloignent leurs avoirs. Ils roulent dans des voitures rutilantes et habitent dans des palaces. Cela rappelle la fin de règne de Lansana Conté. Comme ce fut ce 16 décembre où le cortège du président Lansana Conté s’est immobilisé devant la prison centrale de Conakry. Le chef de l’État, qui a été surpris d’apprendre que deux de ses amis avaient été mis aux arrêts depuis huit jours, est allé personnellement les faire libérer.

Il s’agissait de Mamadou Sylla et Fodé Soumah, ancien ministre et surtout ancien vice-gouverneur de la banque centrale, étaient en effet poursuivis pour émission de chèques sans provision, détournement de deniers publics et complicité portant sur une somme de plus de 15,5 milliards de francs guinéens, environ deux millions d’euros. Ils seront libres. Tout comme aujourd’hui, avec Paul Moussa Diawara et les autres du parti présidentiel.

Affaibli par l’âge mais accroché à ses privilèges présidentiels et sa hantise de revanche, Alpha Condé, écartelé entre les avis contradictoires de ses courtisans obsédés par sa succession et la préservation de leurs rentes, s’accroche et ne parvient toujours pas à nettoyer l’écurie d’Augias. Il va jusqu’à encourager une confusion totale entre les biens de l’État et les biens privés. Détournements de fonds, pots-de-vin lors de l’attribution de marchés publics, surfacturations, tout est permis dès lors qu’on se trouve dans les bonnes grâces du président. L’enrichissement facile a permis non seulement d’entretenir la loyauté de l’armée mais également d’associer une bonne partie de l’élite civile à l’exercice et à la jouissance du pouvoir. Le président a souvent répété que ses propres ministres étaient des “voleurs”. Il pense d’ailleurs que c’est le cas de tous ses concitoyens, ce qui le déchargerait à bon compte de toute responsabilité.

Dans une de ses rares interviews Conté estimait que « s’il fallait fusiller tous les Guinéens qui ont volé la Guinée, il ne resterait plus personne à tuer… et je ne suis pas un tueur » Avec une telle conception de l’éthique dans la gestion des affaires publiques, le président a fait de son pays l’un des plus corrompus au monde. Plus de dix ans après, Alpha Condé peut valablement reprendre la même affirmation, car, c’est le même tableau.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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