NECESSITE DE REFORMER LA CAF ET LA FIFA

Des scandales successifs aux allures de mille-feuille ont secoué, récemment, la Fédération internationale des associations de football (FIFA).
Au niveau de la Confédération africaine de football, l’absence de démocratie annihile toutes possibilités de changement et fait de la CAF, l’instance continentale la plus rétrograde au monde. D’où la nécessité d’amorcer quelques changements utiles pour ramener la crédibilité dans ces instances et surtout rassurer les sponsors. Démocratie et alternance

La première tare de la Fifa et de la CAF, c’est le culte de la personnalité. Après le brésilien Joao Havelange, qui a fait 24 ans à la tête de l’organisation faîtière du football mondial (seul Jules Rimet -33 ans- a fait plus), on croyait que Sepp Blatter allait mettre un terme à la momification des présidents. Que nenni ! Elu en 1998, le Suisse sera réélu en 2002, puis en 2007, 2011 et 2015. Et n’eût été la justice américaine, qui l’a fait tomber de son piédestal, il allait rester jusqu’à 2019. Et qui sait encore ?

Par conséquent, la première réforme qui s’impose à notre avis, c’est la limitation des mandats. D’ailleurs, le CIO a déjà montré la voie. Le président du mouvement olympique ne peut pas faire plus de 12 ans à la tête de l’olympisme mondial. Autrefois illimitée, la durée du mandat présidentiel est fixée à huit ans depuis le 12 décembre 1999, renouvelable une fois pour quatre ans. C’est ainsi que le Belge Jacques Rogge, a cédé son fauteuil à l’Allemand, Thomas Bach. Avant le président Rogge, Juan Antonio Samaranch, était resté à la tête du CIO pendant 21 ans (1980 à 2001). Seul, Pierre de Coubertin, avait fait plus (1896 à 1925). Or, comme le disait Alain, «le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument».

Après 17 ans au perchoir, Blatter avait fini par installer un système de corruption savamment orchestré pour mieux assoir son pouvoir.

Au niveau de la CAF, l’absence de démocratie et de possibilité d’alternance frôlent l’indécence. Arrivé au pouvoir depuis 1988, le Camerounais Issa Hayatou a fini de mettre en place un système qui n’existe que dans des dynasties ou royaumes. Il va pousser l’outrecuidance jusqu’à faire adopter la proposition Mohamed Raouraoua, en septembre 2012, aux Seychelles. Désormais, ne pourront briguer le poste de la présidence de la CAF, que les membres du Comité exécutif ou qui l’ont été. «C’est comme qui dirait que pour être président de la République, il faut au préalable être ministre», dixit, sur un ton ironique, Joseph Antoine Bell.

L’amendement algérien appuyé par six autres associations nationales, Comores, Egypte, Guinée, Mauritanie, RD Congo et Soudan avait, rappelle-t-on, réuni 44 voix pour, 6 voix contre, dont celle du Sénégal, et une abstention. Précisons que Hayatou a tenu à ce que le vote se fasse en public. Histoire de mieux compter ses «fidèles» mais surtout ses opposants.

Son ivresse du pouvoir expliquerait également son «refus» de céder son fauteuil de président de la CAF à un intérimaire. Ce, suite à «sa» promotion à la Fifa. Et dire, c’est grâce aux statuts de l’instance du football mondial qu’il assure, en tant que 1er vice-président, aujourd’hui, l’intérim de Blatter jusqu’au 26 février 2016. Pourtant les mêmes textes prévoient l’intérim à la CAF. En effet, selon les statuts de la CAF, le Seychellois, Suketu Patel, 1er vice-président de l’institution, devrait prendre les rênes après la nomination par intérim du Camerounais à la tête de la FIFA.

L’article 24, alinéa 7, des statuts de la CAF renseigne sur la question de la vacance du pouvoir au sein de la CAF. En l’absence de ce dernier, c’est le 2ème vice-président, le Guinéen Almamy Kabele Camara qui serait choisi. À défaut, la CAF nommerait le plus ancien membre du Comité exécutif.  Mais, ça, c’est que disent les textes. Interpellé, par nos confrères de RFI, le candidat malheureux à la présidence de la Fifa en 2002, ne s’est pas montré aussi précis que les textes. «Nous allons nous réunir dans quelques jours pour régler cette question», avait déclaré Hayatou. Avant de s’empresser de préciser, «mais évidemment, ce ne sera que de l’intérim puisqu’il me reste deux années de mandat à la tête de la CAF». Depuis lors, l’Afrique attend !

Revoir le système du vote

Une autre tare du système de la CAF comme celui de la FIFA, se trouverait dans leur mode d’élection de leur président et d’attribution de leurs compétitions.
Si, pour être élu président de la Fifa, les candidats comptent sur les 209 Fédérations (avec notamment le plus grand réservoir pour la CAF -54 voix-, suivie de l’UEFA -53, parce que n’ayant pas encore reconnu Gibraltar-, Concacaf -35-, Océanie-11- et Amérique du Sud -10-), tel n’est pas le cas dans l’attribution des coupes du monde. C’est à ce niveau qu’il y a plus de risque de corruption à grande échelle puisque seuls les membres du Comité exécutif (22) sont appelés à voter. En cas d’égalité, la voix du président, étant prépondérante, tranchera.

Au niveau de la CAF, les choses sont censées se passer ainsi. Mais l’attribution de la CAN 2017 au Gabon, laisse encore des doutes. Il s’est plus agi d’une récompense à Ali Bongo, pour son implication dans la CAN 2015 en Guinée Equatoriale. Pire, depuis 2010, la CAF semble jeter son dévolu sur des pays pétroliers (Angola en 2010, Guinée Equatoriale et Gabon en 2012, la Libye, avant d’être écartée en raison du conflit).

Or, là également, le CIO semble être en avance sur la FIFA et la CAF. Les Jeux Olympiques sont attribués par vote par l’ensemble des membres du CIO, mais pas seulement ceux qui siègent dans le «saint des saints» et qui ne sont qu’au nombre de 15.

Transparence sur les indemnités

Combien gagnent les présidents de la Fifa et de la CAF ? Une telle question se révèle aussi insondable que l’énigme d’Einstein. Mais, le CIO se démarque, une nouvelle fois. Déterminée à jouer à fond la carte de la transparence, l’institution olympique a publié le 2 avril dernier, un courrier signé du président de sa commission d’éthique, le magistrat sénégalais Youssoupha Ndiaye. A l’intérieur, un état précis et détaillé des indemnités versées aux membres du CIO. Avec, en tête de liste, son président Thomas Bach.

Pour l’exercice actuel, le CIO verse à chacun de ses membres, actifs et honoraires, une indemnité journalière de 450 dollars, soit environ 414 euros (271.000 F Cfa), lorsqu’ils participent à une activité liée au mouvement olympique international (commissions, sessions, Jeux olympiques…). A cela s’ajoute une indemnité annuelle de 7 000 dollars ; 6 440 euros, (plus de 4.200.000 F Cfa)  aux titres des frais dits administratifs.

Ainsi, le président Thomas Bach, considéré  au même titre que les membres comme un bénévole, précise le courrier, mais «en mission 365 jours par an», il a été décidé de lui attribuer, plutôt qu’une addition d’indemnités, une «somme globale annuelle de 225.000 euros, indexée sur l’inflation». Plus de 147 millions de F Cfa. Une telle exigence de transparence, gage de bonne gouvernance dans le monde actuel, devrait aussi s’appliquer à la Fifa, la Caf, à l’Uefa et partout ailleurs. Hélas ! Les dirigeants préfèrent pour le moment rester dans une opacité, source de corruption.

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