Non, Monsieur le Président, la Guinée n’a pas décollé !

Il a fulminé, mais s’est vite rendu à l’évidence que la Guinée n’a pas décollé. Vraiment ! Et sans trop tarder, Alpha Condé trouve le bouc émissaire : « Il y a la responsabilité des chefs d’Etat guinéens mais aussi la responsabilité de la France de l’époque. » Se rendant compte qu’il s’est mis le doigt dans l’œil, le président enchaîne : « Ce qui vous intéresse c’est de venir en Guinée avec des idées arrêtées… madame je suis choqué d’entendre que la Guinée n’a pas émergée, je suis choqué, je suis choqué (…) ce n’est pas la peine de venir en Guinée, restez en France alors si vous dites que la Guinée n’a pas décollé. »

Alpha Condé doit savoir que le décollage de la Guinée n’est pas des hôtels perdus au milieu des détritus, nichés dans des coins et recoins de la capitale, alors que le paysan de Panziazou en région forestière, de Piné ou d’ailleurs ne parvient pas à écouler ses tomates faute d’ouvrages de franchissement ou d’unités de transformation.Ces hôtels ne se substituent pas au bien-être du tisserand de Pita qui ne trouve plus de matière première faute de subvention ou de soutien. La paysanne qui cultive ses choux n’a rien à voir avec Millenium, Sheraton, Palm hôtel ou bien à Kaloum.

Alpha Condé est décalé par rapports aux priorités des Guinéens. Il n’en a cure : « Aujourd’hui vous êtes très contents d’avoir des hôtels où vous pouvez dormir comme à Paris et vous venez nous dire que la Guinée n’a pas décollé. Mais non madame, si vous êtes venues avec des idées arrêtées pour présenter une mauvaise image de la Guinée, partez avec elles (…). Vous êtes venues déformez l’histoire de la Guinée (…) de toute façon madame, je vais vous dire : ce n’est ni TV5, ni Rfi qui va décider du destin du peuple de la Guinée. Vous pensez que peut-être parce qu’il y a beaucoup de chef d’Etat qui vous courent après, moi, le peuple de Guinée sait ce qui se passe chez lui. »

Le jour où les Guinéens mangeront à leur faim, le jour où toutes les richesses sont redistribuées selon les besoins, le jour où la Justice est faite pour tout le monde, le jour où on pourra circuler à Conakry et partout en Guinée sans être inquiété par des filous armés, le jour où l’eau coulera au robinet en toutes saisons, le jour où des montagnes d’ordures ne pavoisent plus les ruelles rétrécies de la Guinée, etc., la Guinée aura décollé. Même sans Guinea Airlines ( ?). Le reste, c’est un gros mensonge tissé derrière un nationalisme béat.

Pauvre Guinée.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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