Obama ovationné par le tout-Paris

18h05, samedi 2 décembre dans l’auditorium de la Maison de la radio. « Il » apparaît enfin sur scène: démarche souple, sourire éclatant, gardes du corps aux aguets à toutes les issues. C’est Barack Obama ! L’ancien Président des Etats-Unis, en chair et en os. Entre une conférence en Inde et un discours à Chicago, « l’ex »-leader le plus populaire du monde a accepté de parler à Paris, devant quelque 800 membres et invités des Napoléons, un réseau de professionnels de la communication.

Applaudissements massifs – et même d’emblée ovation debout – de la part d’une audience conquise d’avance. Il y a là le tout-Paris de la com’ et des médias (Antoine de Caunes et Daphné Roulier, Jean-Pierre Elkabbach, Ramzi Khiroun, Xavier Couture, Léa Salamé, Philippe Labro, Anne Sinclair…), beaucoup de personnalités de gauche (Anne Hidalgo, Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pellerin, Hubert Védrine…), des patrons (Sébastien Bazin pour Accor, Augustin de Romanet pour ADP, Arnaud de Puyfontaine pour Vivendi), des entrepreneurs (Stéphane Treppoz de Sarenza) et d’innombrables filles et fils de pub… Peu de représentants de la droite, à part Roselyne Bachelot.

Trois heures d’attente

 D’habitude, l’establishment parisien ne supporte pas vraiment d’attendre. Tous ces VIP, convoqués dès 15h30, ont pourtant patienté de bonne grâce jusqu’à l’apparition du grand homme. D’abord en bavardant dans le hall, puis en assistant à la première partie : discours du patron de Radio France Mathieu Gallet, intervention des créateurs des Napoléons, Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac, qui réalisent là un magistral coup de com’. Ensuite, quelques chansons de la talentueuse Juliette Armanet, une causerie sur la peur avec le philosophe Mathieu Potte-Bonneville, et un dialogue avec la photographe de guerre Véronique de Viguerie, sur fond de clichés de terreur : Yémen, Mali, Irak, Soudan, Philippines.

Hollande, Macron, Hidalgo… la tournée des popotes pour Barack Obama à Paris
Et, à 18h05, enfin… Obama ! Sur le thème  » Fear less, Innovate more », 25 minutes de remarques introductives, puis une demi-heure d’interview par Stéphane Richard, le PDG d’Orange, l’un des sponsors de l’événement. « Le Canard Enchainé » soupçonne le patron des télécoms – qui a démenti – d’avoir réglé l’essentiel des quelque 400.000 dollars facturés par Obama pour ce type de prestation (histoire de montrer son entregent et de favoriser son renouvellement à la tête de l’opérateur national).

Le leader américain a en tous cas profité de ce saut de puce à Paris – où il n’était pas revenu depuis fin novembre 2015 – pour rencontrer « en privé » Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, puis François Hollande.

Yes we can !

Que retenir de son intervention à la Maison de la Radio ? Ses propos étaient à la fois très convenus et politiquement sur l’indéfectible amitié franco-américaine (allusion obligatoire à la seconde guerre mondiale), nos valeurs partagées (liberté, tolérance, démocratie, état de droit), l’accélération du changement (mondialisation, ruptures technologiques) et les grands défis de la planète (changement climatique, terrorisme, prolifération nucléaire, montée des inégalités, migrations de masse).

 Mais son indiscutable charisme, son éloquence tranquille, son naturel cool et ses quelques traits d’humour ont tout de même fait de cette conférence un évènement unique. En écho à son slogan de campagne électorale « Yes we can ! », Obama a mis en avant son indéfectible optimisme :

 « Peut-on remplacer la peur par l’espoir ? Oui, je crois que nous le pouvons ! »

A la question de savoir s’il avait plus ou moins d’espoir aujourd’hui que lors de sa Présidence, il a drôlement répondu que « la qualité de son espoir était meilleure « .

Technologie et inclusion

Même s’il trouve le monde globalement plus prospère, en meilleure santé et moins violent que par le passé, l’ex-Président américain a pointé de nombreux sujets d’inquiétude.

  • Le risque que les bénéfices de la technologie ne soient pas assez largement partagés :

« L’internet, les services à la demande, l’intelligence artificielle, les voitures autonomes… Peuvent-ils profiter à tous ? « 

  • La menace que les réseaux sociaux, devenus nos principales sources d’information, renforcent nos préjugés et soient vulnérables à la manipulation :

« Il faut trouver un moyen de repousser la propagande, de protéger le journalisme… « 

  • Le danger pour la démocratie « d’inégalités croissantes et profondément enracinées » :

« Avec l’intelligence artificielle, le défi est de produire assez d’emploi pour assez de gens, à des salaires qui leur permettent de se sentir pleinement intégrés à la société « 

Et il a appelé à construire « un nouveau contrat social » pour une société « plus inclusive », qui investisse dans les talents des populations :

« Nous devons faire davantage pour nous assurer que cette nouvelle économie profite à tous. « 

Mais pas la moindre piste de réforme systémique qui permettrait d’y arriver. Les Obama ont tout de même donné l’exemple en créent à Chicago leur propre fondation à laquelle Barack reverse les millions gagnés grâce à sa notoriété.

Côté Sud, Obama s’est  réjoui de la progression du numérique en Afrique, mais il a aussi souligné que « la connectivité augmente les attentes ». Alors que les problèmes du continent africain ne relèvent pas de la technologie, mais d’une mauvaise gouvernance : bureaucratie, corruption, comptes en Suisse, absence de réponse aux soucis des populations…

« Dans ces pays, les opportunités économiques doivent progresser au même rythme que la connectivité « 

Pas un mot sur Trump

En réponse à une question de Stéphane Richard, Barack Obama a expliqué avec candeur que oui, il serait probablement un meilleur Président maintenant… « Mais que Michelle divorcerait » !

Ceux qui attendaient le procès de Donald Trump ont été déçus : l’ex-Président démocrate est resté dans une critique subliminale, sans jamais nommer son successeur. Tout juste a-t-il concédé « l’absence de représentation des Etats-Unis » sur la question du climat. Et averti des dangers de la politique du « eux contre nous ».

Obama retrouve ses « bro » Macron et Hollande : « T’as vu le râteau qu’il met à Sarko ? »
Autre pique à fleurets mouchetés:  » l’avenir n’appartient pas aux à l’homme fort », mais aux leaders politiques qui savent trouver un « terrain commun » entre des points de vue opposés.

Soulignant avec un sourire que « les hommes de pouvoir semblaient avoir des problèmes ces temps-ci  » – allusion subtile au déferlement des plaintes pour harcèlement sexuel consécutives à l’affaire Weinstein – il s’est lancé dans un vibrant plaidoyer féministe :

« Il est prouvé que les organisations commandées par des femmes réussissent mieux ! »

Malheureusement, Barack Obama n’a pas répondu à une question qu’on brûlait pourtant de lui voir posée : considère-t-il comme un échec personnel que les Américains aient choisi son antithèse – Donald Trump – pour lui succéder ?

Dominique Nora

Dominique Nora
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