Opposition guinéenne : Attention aux risques du déni

Au moment où, pour elle, l’unité est une question de vie ou de mort, l’opposition guinéenne n’a aucun intérêt à faire abstraction de ses problèmes que tout le monde sait évidents. Pour une fois, la langue de bois ou la fuite en avant sont suicidaires. En effet, certains des reproches récemment brandis notamment par Lansana Kouyaté et Jean-Marc Telliano, ne sont que dictés par des humeurs personnelles. Il y a des problèmes qu’il est vain de nier comme certains, au sein de cette opposition, tentent de le faire.
S’il y a une question qui ne peut plus faire l’objet de débat, c’est celle sur la place de leader de l’UFDG dans l’opposition. Cela ne se discutait déjà pas quand l’UFR était de cette opposition. Elle est désormais plus que claire. Toutefois, cela ne donne pas le droit à ce parti de vouloir s’imposer sur toutes autres formations politiques qui s’identifient à la bataille que mènent l’ensemble de l’opposition. Le leadership suppose un management qui doit faire en sorte d’éviter de frustrer des partenaires. Naturellement, dans les débats et les répartitions des rôles et des privilèges, l’UFDG du fait de la prééminence de sa position, peut avoir une voix prépondérante. Pour autant, les choses doivent se faire dans la concertation et le respect des autres. De même, pour maintenir un climat de bonne entente au sein du groupe, il est attendu d’un parti avec une position prédominante comme l’UFDG qu’il fasse des concessions délibérées.
En ce qui concerne les critiques de Lansana Kouyaté, elles sont tout aussi fondées. Il est vrai que l’opposition guinéenne n’est jamais allée au bout d’une bataille qu’elle a initiée. Il en est ainsi de la question de l’opérateur technique Waymark Sabary Technology. Après des marches et de nombreuses victimes, elle avait cédé au dernier moment. Ce que l’ancien premier ministre, feu Jean-Marie Doré ne s’était pas privé de lui rappeler d’ailleurs. On se rappelle encore de son exigence à faire tenir les élections communales avant celles présidentielles, conformément à des engagements qui avaient été pris dans ce sens. Au dernier moment, elle s’était contentée de l’accord du 20 août 2015 dont les termes n’ont jamais été appliqués dans les délais requis. Aujourd’hui encore, elle proteste contre le projet de chronogramme des élections locales. Mais il est presque certain qu’elle ne réussira pas à faire plier les autorités sur cette autre question. Lansana Kouyaté a donc raison de s’en prendre à cette tendance de conduire des chantiers destinés être abandonnés à en cours de route. Et ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’opposition réussira à faire baisser la fièvre. C’est au contraire en assumant les critiques quand elles sont objectives, comme c’est aujourd’hui le cas.
Anna Diakité, www.kababachir.com

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