Paris Photo : retour au réel ou presque

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Paris Photo : retour au réel ou presque
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AFP
/ Lionel BONAVENTURE AFP

Retour au réel ou à ce qui lui ressemble à la 21e édition de Paris Photo, sous la verrière du Grand Palais, plus grande foire mondiale du secteur. La tendance est aux images documentaires, parfois réinterprétées, parfois recréées.        

Guerres

Images inédites d’une guerre oubliée : spécialiste de la photo historique, Daniel Blau (Münich) propose des photos saisissantes de la 2e guerre sino-japonaise, à Shanghai en 1937. Ce conflit particulièrement sanglant a été couvert par le photographe Rudolf Brandt, et pour une petite partie par sa compagne Joy Lacks. Les photos récemment découvertes avaient été confiées à l’ambassadeur du Mexique en Chine Amador Sandoval. 

Le photographe israélien Miki Kratsman documente la politique d’élimination ciblée des services de sécurité israéliens dans les territoires occupés avec des images prises avec des objectifs spéciaux, quelques secondes avant la mort de la personne visée, depuis le Mont Scopus, au nord-est de Jérusalem (« Targeted Killing », galerie Chelouche de Tel Aviv). 

Israël, Vietnam, Biafra… Des guerres, le photographe Gilles Caron en a connu beaucoup avant de couvrir une autre forme de lutte, la guérilla urbaine, les manifestations qui dégénèrent, les affrontements de Mai 68. Ses photos, dont certaines sont devenues des icônes, sont présentées sous forme d’un grand « papier peint » par la galerie Olivier Castaing. Gilles Caron a été tué au Cambodge le 4 avril 1970. Il avait 30 ans

La guerre table rase avec un triptyque de Pascal Convert sur le site des bouddhas de Bamiyan vandalisés par les talibans en Afghanistan. Le site a fait l’objet d’un tuilage de plus de 4.000 fichiers numériques d’où sont extraits ces grands tirages (gal. Eric Dupont).

Grand jeu

Matthias Bruggmann joue avec les codes du reportage dans des photos réalisées en Afghanistan, en Haïti ou en Syrie. On ne sait jamais précisément ce que l’on voit dans ces clichés du photographe suisse, peu ou pas légendés. Bruggmann manie l’ambiguïté à la lisière du photojournalisme et de l’art (galerie Polaris).

Des visiteurs de Paris Photo au Grand Palais à Paris, le 9 novembre 2017 © Lionel BONAVENTURE AFP
Des visiteurs de Paris Photo au Grand Palais à Paris, le 9 novembre 2017 © Lionel BONAVENTURE AFP

Lise Sarfati est elle aussi « à la frontière du photoreportage et de la +construction+ pure et simple », selon le directeur artistique de Paris Photo Christophe Wiesner. Ces photos sont « une mise en scène sans en être une. Nombre d’artistes travaillent à la lisière de ces deux domaines », souligne-t-il.

(gal. Particulière)

C’est un autre piège que nous tend Philippe de Gobert (gal. Aline Vidal): il photographie des intérieurs conçus par des architectes (Cité radieuse de Le Corbusier) ou des ateliers d’artistes célèbres (Mondrian, Duchamp), dont certains ont pourtant été détruits ! En réalité, ces « intérieurs » ne sont que des maquettes de 40 cm de haut parfaitement réalisées et démontables.

Communautés

La Néerlandaise Dana Lixenberg (Galerie Grimm, Amsterdam) a suivi de 1993 à 2015 la vie des habitants d’un ghetto noir de Watts dans la banlieue de Los Angeles. Un travail centré sur le portrait à la lumière naturelle. 

Découvert aux Rencontres d’Arles, Karlheinz Weinberger est fasciné par les « bad boys ». Dans les années soixante, ce magasinier suisse va devenir le biographe de communautés en rupture avec la société : rockers, motards… (« Swiss rebels », gal. Esther Woederhoff).

Figure clef du documentaire, l’Américaine Susan Meiselas revisite une série sur des stripteaseuses se produisant dans de petites villes de la Nouvelle-Angleterre, réalisée pendant l’été entre 1972 et 1975 (gal. Danziger).

Chris Killip s’est immergé pendant vingt ans dans des communautés du nord de l’Angleterre confrontées à la désindustrialisation et à la dislocation sociale. Paysages industriels désolés, côtes battues par les vent et adolescents désoeuvrés. Une oeuvre forte (gal. Augusta Edwards, Londres).

Paris Photo, qui fermera ses portes dimanche soir, a réuni 190 galeries de 30 pays.

12/11/2017 12:51:29 – 
        Paris (AFP) – 
        © 2017 AFP

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