PÉNURIE D’EAU CONAKRY : Le Japon mis en cause par un ministre

Ces derniers temps, il ne fait pas bon vivre à Conakry. La capitale guinéenne qui renoue peu à peu avec les délestages électriques se trouve aussi confrontée à une pénurie d’eau par endroit. C’est le cas notamment pour les quartiers de la banlieue lointaine et se situant en hauteur. Invité à réagir à la problématique de la desserte en eau dans la capitale guinéenne, le ministre de l’énergie et de l’hydraulique n’est pas passé par quatre chemins. Accusé d’avoir commandé des conduites défectueuses quand il était à la tête de la Société des eaux de Guinée (SEG), Cheick Taliby Sylla s’est rabattu sur le Japon qui aurait fourni les tuyaux en cause avec la promesse d’une garantie de 50 ans. Or, les tuyaux en question n’ont fait à peine que 2 ans.
Ne cherchant pas à réfuter le caractère défectueux des conduites, Cheick Taliby Sylla a, en guise de préliminaire, rappelé : « La conduite d’eau n’a pas été achetée par la société des eau de Guinée. Ceux qui sont des cadres là-bas le savent. C’est un don non remboursable du gouvernement japonais au gouvernement guinéen ». En fait, explique-t-il, le gouvernement guinéen avait donné une enveloppe destinée à l’achat d’une conduite de 7 km. Mais le financement a tari alors qu’il restait encore 3.5 km, entre Enta et Sangoyah. L’équipe de la SEG s’est alors rendue au Japon en vue de trouver un autre type de conduite qu’elle pouvait acheter avec le montant qui lui restait. Durant deux semaines, elle a négocié avec plusieurs partenaires potentiels sans réussir à trouver des conduites au prix qu’elle voulait. Alors, elle se serait tournée vers le gouvernement japonais. Ce dernier aurait alors berné la délégation guinéenne en lui livrant une conduite de mauvaise qualité, sous le couvert  de don.
Explication avec le ministre lui-même : « Les japonais nous ont proposé ce type de conduite. Nous leur avons dit que nous ne connaissons pas cette conduite-là. Mais nous leur avions signalé que nous allions l’étudier, une fois arrivés à Conakry. Nous sommes revenus à Conakry, j’ai réuni tous ceux qui étaient directeurs techniques à l’époque, dont l’actuel Directeur Général de la SEG. Nous avons fait des recherches sur internet, en plus des conseils qui m’ont été donné par les techniciens. Ils nous ont dit que ces conduites pouvaient résister pendant 50 ans. Ce n’est pas nous qui avons acheté, quiconque reçoit un don du gouvernement japonais ne reçoit pas d’argent. C’est le Japon qui envoie ses techniciens, ses ingénieurs et qui réalise les travaux. Nous ne savons même pas comment ça s’est passé »
En somme, le Japon, parce qu’il s’agissait d’un don, a remis à la Guinée une conduite qui ne devait pas durer. Mais à la délégation guinéenne, le gouvernement nippon assure que la conduite durerait 50 ans. Moins de deux ans après, elle commence à craquer.
A propos, on peut rappeler ces propos de l’ambassadeur du Japon, Naotdugu Nakano, à l’occasion de la cérémonie de signature du don en question, le 1er décembre 2014 :
« Ce présent projet est d’un montant 1.319.000.000 de Yens soit environ 13 millions de dollars qui viennent s’ajoutent à un autre signé du 24 juillet 2014 dernier à hauteur de 6.000.000 millions de dollars doivent permettre la réhabilitation totale de la conduite principale d’eau qui approvisionne Conakry en eau (…) Il s’agira essentiellement de remplacer 3,5 Km des tuyaux qui constituent la base d’acheminement de l’eau vers dans la capitale »
On imagine que dès après cette cérémonie plutôt formelle et protocolaire, la Guinée s’est précipitée de remettre les fonds à la partie japonaise. En  contrepartie, elle s’est vue remettre la conduite dont il est question et dont on se rend compte qu’elle était plutôt pourrie. En gros, ce n’était là qu’une simple opération de charme vis-à-vis de la Guinée. Et on comprend mieux que ce soient les mêmes japonais qui s’empressent d’offrir aujourd’hui  des conteneurs pour la distribution de l’eau dans les quartiers qui en sont privés. En fait, en renvoyant d’eux une bonne image, ils continuent à tenir la Guinée par la barbichette.
Anna Diakité, www.kababachir.com

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