Politique guinéenne : s’imposer une nouvelle conception !

En Guinée, ce petit pays de l’ouest africain, par ailleurs chargé d’histoires, l’air politique est vicié. Il l’est encore davantage ces dernières années. La cristallisation des clivages ethniques sous le fait des hommes politiques, en l’occurrence Alpha Condé, président de la République, revendiquant plus de 40 ans de lutte pour l’instauration de la démocratie en Guinée et Cellou Dalein Diallo, le symbole même de la longévité administrative sous Lansana Conté et aujourd’hui principal opposant du président Condé.

Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo se révèlent être aujourd’hui, plus qu’hier, les deux principaux acteurs de la décrépitude du tissu social, mais aussi de la détérioration littérale du climat politique. Dans leur posture, rigide parfois et souvent complaisante, ils emmènent avec eux des affidés dont l’unique rôle est d’encourager cyniquement son bienfaiteur, de rester droits dans les bottes. Voire, aller à l’usure jusqu’à l’affrontement. Les discours des uns et des autres à travers les réseaux sociaux, les radios privées et dans la presse locale en disent long sur le gros risque auquel la Guinée est sans cesse confrontée. On est tenté de vite conclure : la Guinée va imploser. Et ce n’est vraiment pas du catastrophisme.

Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé ont pour autant un dénominateur commun. Celui-ci s’appelle : la hantise d’extorquer des suffrages de tous bords. Le reste, plus rien ne compte. Après tout, ce sont des leaders politiques ou pris comme tels. Qu’ils soient maintenant  ‘’nains politiques’’, ‘’faux panafricanistes’’, ‘’petits comptables’’ ou ‘’communistes dépassés’’, voire ‘’dictateurs’’. Ils riment tous avec génération de promesses. Que celles-ci soient tenues ou pas, elles provoquent visiblement aujourd’hui un scepticisme singulier chez nombreux Guinéens épris de progrès et de développement. Ces Guinéens sont désormais excédés, abusés, désabusés. Ils ont de ce fait le mérite valable de vivre autrement la politique qui leur est imposée, suite – tenez-vous bien – à des choix hasardeux qu’ils ont dû avoir fait. Soit par appartenance tribale, soit par aveuglement, soit par suivisme, soit encore par militantisme aveugle. Conséquence : ils vivent d’amalgames, d’aveuglements innés ou acquis, de déformations, d’injures et de récupérations politiques. La lassitude actuelle est sans commune mesure. Les espérances complètement enfouies, douchées, effritées.

Les discours qu’on entend à longueur des journées et dans les assemblées générales ordinaires du RPG et de l’UFDG provoquent tout simplement une répulsion. Tant le débat est devenu celui des caniveaux. Nulle part on entend parler de formation civique des militants, de formation politique, etc. que de discours de va-t’en-guerre bâtis sur des clivages ethniques, des appartenances tribales, de règlements de comptes.

Aujourd’hui, les Guinéens veulent d’une nouvelle conception de la politique. Ils rêvent voir des hommes politiques plus jeunes, engagés, patriotes, réussir là où les papys et autres vieux pères ont échoué, occuper des fonctions plus élevées et faire avancer la Guinée. Au-delà des discours creux faits de promesses non tenues ou d’engagements fallacieux.

Si du côté des deux partis politiques les plus en vue on refuse d’admettre la réalité, le marchandage politique, la surenchère et le désespoir qui guettent la majorité silencieuse, de l’autre, on a vu et compris les limites de nos leaders politiques, lesquels se satisfont encore de leur bilan. L’un parle de « retour de la Guinée sur la scène internationale », de Kaleta, d’usines de tomate, de tablettes, de tracteurs, de pommes de terre, d’autosuffisance alimentaire, d’anciens Premiers ministres qui ont mis le pays en retard, etc., l’autre dénonce des marchés de gré à gré, d’impunité, de détournements, de division au Foutah, d’opérateurs économiques corrompus, etc… La même redondance. Les mêmes discours plats.

Le constat est somme toute alarmant : le RPG et l’UFDG ont pris la Guinée en otage. Ils ont voulu et entretenu le niveau bas des espérances de ceux qui les ont toujours soutenus, peut-être avec beaucoup plus de crédulité, de naïveté et d’immaturité. Le vent risque de tourner autrement contre ces deux leaders politiques que tout semblaient diviser, mais que tout révèle rassembler : les intérêts personnels. Pour se dédouaner, certains affidés de ces deux leaders politiques vont certainement parler d’ère de la mondialisation et des échanges technologiques étourdissants où la politique se pratique, on le sait, à couteaux tirés avec opportunisme et un cynisme sans nom. Il n’empêche ! Les supposés valeurs et idéaux qu’Alpha Condé et Dalein Diallo défendaient jusque-là ont été altérées, putréfiées. Ils ont manqué, tous les deux, de sincérité, de rigueur et de bon sens dans les débats politiques. De quoi nous imposer pour notre part, un nouveau comportement à leur endroit.

Aujourd’hui plus que jamais en effet, la Guinée a besoin d’une nouvelle sorte de politique, capable de creuser et de bâtir tout, sur des conceptions communes qui rassemblent les Guinéens. Après tout, le problème actuel c’est le fossé entre l’ampleur des défis à relever et l’étroitesse de la politique actuelle imposée par Alpha et Dalein avec la complicité d’autres opportunistes tirant les marrons du feu. La dérobade de ceux-ci ne doit plus nous détourner de nos objectifs, de notre consensus pour nous attaquer au développement de la Guinée. En lieu et place d’une guerre de tranchées sans fin.

Il est donc temps et grand temps de penser à une nouvelle conception de la politique guinéenne, au risque d’être emportés si précocement par une décennie de politique médiocre et de compromission à toute épreuve. De tout acabit. Pour y parvenir, l’avènement d’une nouvelle classe politique – aux discours plus élaborés -plus jeune, plus futée, plus portée vers l’avenir de la Guinée s’impose. Et, c’est maintenant qu’il faut agir. C’est-à-dire s’imposer une nouvelle conception de la politique guinéenne.

Jeanne Fofana, Kababachir.com

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