Pollution : pourquoi l’Inde suffoque depuis des jours

« Très malsain »… Le message sur le site Internet de l’ambassade américaine en Inde est encore très alarmant ce jeudi concernant la qualité de l’air à New Delhi.

Depuis des jours, l’Inde vit un important épisode de pollution. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser un taux de particules ultrafines (PM2,5) de 25 microgrammes par mètre cube d’air, le pic a dépassé les 1000 microgrammes il y a quelques jours. Il dépasse encore les 300 microgrammes ce jeudi à New Delhi.

Avec ce taux, l’ambassade américaine explique notamment qu’il faut éviter de sortir et qu’il y a « des risques sérieux d’effets respiratoires ». Elle met également en garde contre une « mortalité prématurée chez les personnes atteintes d’une maladie cardiopulmonaire ». Respirer alors que le taux est de l’ordre de 300 microgrammes équivaudrait à fumer quasiment un paquet de cigarettes par jour, comme l’ont déjà calculé des chercheurs de Berkeley Earth, organisme indépendant américain.

Le taux de particules ultrafines relevé par l’ambassade américaine à New Delhi jeudi

Le taux recommandé par l’OMS est de 25 microgrammes. (Ambassade américaine à New Delhi).

Un phénomène annuel mais inquiétant. La qualité de l’air se détériore régulièrement à l’approche de l’hiver. L’arrivée du froid et l’absence de vent plaquent au sol les émissions polluantes des véhicules, usines et centrales, empêchant leur dispersion.

Avec plus de 10 millions de véhicules circulant dans la capitale, les rejets sont évidemment importants. Un plan de circulation aurait dû être mis en place mais il a été rejeté par le tribunal fédéral de l’environnement en raison des exemptions qui étaient prévues pour certaines catégories de la population.

L’Inde suffoque sous un nuage de pollution extrême

L’Inde reste aussi très dépendante du charbon. Les experts mettent également en cause les brûlis agricoles : de nombreuses terres sont brûlées avant de replanter de nouvelles cultures. Des déchets sont également brûlés un peu partout.

Les autorités mises en cause. Les dirigeants indiens sont fortement critiqués pour ne pas avoir pris de mesures suffisantes pour lutter contre le pic de pollution. Les écoles qui ont été fermées quelques jours ont rouvert lundi, au grand dam des parents d’élèves. Mercredi, des centaines d’écoliers, masques antipollution sur le visage, ont manifesté dans les rues de la capitale pour exiger des mesures d’urgences.

Manifestation d’écoliers

New Delhi, le 15 novembre. Des écoliers ont défilé pour demander des mesures contre la pollution : « si vous ne la tuez pas, elle vous tuera ». AFP/PRAKASH SINGH

Si quelques mesures ont bien été prises à New Delhi (arrêt de chantier, interdiction d’entrée des poids lourds…), rien a été fait pour les centaines d’autres villes du nord du pays, toutes aussi polluées.

Des millions de morts. La pollution représente un véritable problème de santé publique dans ce pays au 1,25 milliard d’habitants. Certains hôpitaux de New Delhi ont fait état d’une multiplication par trois du nombre de patients en raison de l’épisode de pollution.

Selon une étude publiée au début de l’année par deux instituts de recherche sanitaire américains, l’Inde a désormais rattrapé la Chine en nombre de décès causés par la pollution. La pollution de l’air y est désormais responsable chaque année de 1,1 million de décès prématurés. Entre 1990 et 2015, l’Inde a enregistré une augmentation de près de 50 % de morts liées aux particules en suspension PM2,5 – matières particulaires de 2,5 microns ou moins.

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