Retour au pays natal de l’ex-chef de la junte guinéenne : Le vrai-faux départ de Dadis Camara

C’était un retour annoncé et attendu par le parti des Forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD), ainsi que par tout ce que le capitaine peut compter de soutiens et de sympathisants dans la société guinéenne.  Mais encore une fois, Moussa Dadis Camara a raté l’avion. Pour quelles raisons ? C’est là la question. Etant donné que sa volonté de retrouver son pays ne souffre d’aucun débat, Dadis semble faire face à des obstacles de toutes natures pour réaliser son rêve. Le week-end dernier, près de 2000 des partisans du capitaine l’attendaient à l’aéroport de Conakry à 12 h. Mais, Dadis n’est jamais arrivé. De sources concordantes, son départ était prévu pour le 14 août où il devrait passer la nuit à Abidjan avant de continuer à Conakry, le lendemain 15 août. Ce serait finalement le 15 août qu’il se serait rendu à l’aéroport de Ouagadougou pour prendre son vol en direction de la Guinée. Mais, il aurait été refoulé.

En tout cas, au moment où nous tracions ces lignes, Dadis n’était pas encore arrivé en Guinée Conakry. Pourquoi doit-il vivre toutes les « misères » pour accéder à son pays ? Y-a-t-il une diplomatie souterraine de haut niveau dont l’objectif principal serait de bloquer le capitaine au Burkina Faso ?    Ou encore, Moussa Dadis Camara met-il lui-même en scène ce vrai-faux départ pour des raisons qui lui sont propres ?

Bref, on n’a pas encore des éléments de réponse à ces questions permettant une lecture objective du non-départ de l’ancien chef du Conseil national pour la démocratie et le changement (CNDD). Tout ce que l’on peut dire, c’est que   Dadis est une patate chaude entre les mains de la Transition au Burkina Faso ; ou du moins, il constitue un casse-tête pour Ouagadougou et Conakry.

Un retour de Dadis Camara en Guinée pourrait être un renfort de poids pour le front anti-Condé

 Les autorités burkinabè sont dans une situation délicate. D’une part, elles devraient faciliter le retour souhaité et voulu du capitaine dans son pays. Et   de l’autre, elles devraient s’assurer que ce retour ne créera pas de  troubles dans ce pays. Dadis a le plein droit de rentrer dans son pays alors que Condé craint pour la stabilité de son régime.  Le pouvoir guinéen et l’opposition sont à couteaux tirés à propos du calendrier électoral. Le climat politique est   très délétère dans le pays. Un retour de Dadis Camara en Guinée pourrait être un renfort de poids pour le front anti-Condé. L’opposition déjà chaud-bouillante n’hésitera pas à s’aligner dernière ce capitaine dont la popularité, visiblement, reste intacte. Et cela, au vu de toute cette mobilisation qui l’attendait   à Conakry. A vrai dire, l’ancien chef de la junte guinéenne possède toujours toutes ses capacités de nuisance pour lesquelles il a été conduit incognito à Ouagadougou, pour un exil auquel il ne s’attendait pas. Que ce soit au sein de l’armée guinéenne ou de la population, il compte des soutiens et des sympathisants très importants.

L’on comprend d’ailleurs pourquoi Celou Dalein Diallo s’est empressé à Ouagadougou, de sceller une alliance avec Dadis. Aujourd’hui plus qu’hier, et au-delà des considérations morales, cette alliance à visées politiques est perçue comme un cauchemar par le régime guinéen. Raison pour laquelle le pouvoir en place en Guinée a tout intérêt à maintenir le capitaine dans son exil « paisible » à Ouagadougou, en tout cas, ne serait-ce que le temps d’organiser et de remporter la présidentielle. Pour arriver à ses fins, Condé pourrait avoir besoin d’un appui de circonstance de la part des autorités burkinabè et même d’autres pays. Une complicité et une implication dangereuses dont la Transition burkinabè devrait bien se passer. L’un dans l’autre, l’affaire Dadis demeure un casse-tête. Mais au fait, pourquoi le retour de Moussa Dadis Camara  cristallise-t-il autant d’attention ? Pourquoi faire tant de fixation sur un seul aspect, alors que la Justice guinéenne attend le capitaine pour  situer les responsabilités dans les massacres  du 28 septembre au Stade de Conakry ?

Michel NANA

Source : http://lepays.bf

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