Scandale financier à la BCRG: la confusion voulue de Don Kass ?

On ne sait pas s’il faut appeler cela une confusion ou tout simplement un mélange de genres. En tout cas, le présumé scandale financier orchestré au niveau de la BCRG et la nature de la défense apportée par le Premier ministre crée une certaine confusion dans l’opinion.

Il est question d’abord de se mettre d’accord sur un fait : l’audit dont parle Don Kass. On le sait qu’il existe plusieurs unités et syntagmes dérivés du terme audit : mission d’audit, audit interne, audit externe, audit social, audit de conformité, lettre d’audit, rapport d’audit, etc. On le sait aussi que dans le langage courant, l’audit consiste à effectuer une opération de diagnostic qui porte sur une activité particulière ou sur la situation d’une organisation, réalisée au moyen d’études, d’examens systématiques et de vérifications dont les résultats sont jugés en toute indépendance, et qui sert à émettre un avis ou à proposer des mesures correctives durables.

Pour ainsi étayer notre conviction, on voudrait bien savoir de quel audit parle le Premier ministre, en voulant coûte que coûte sauver les gros bonnets de la BCRG. « Je peux vous dire sans risque de me tromper, c’est totalement faux. Il n’y a pas de scandale financier à la Banque centrale. C’est totalement faux. La Banque a fait le travail dans les règles de l’art. Je dois vous dire que la Banque centrale fait l’objet d’un audit, d’une supervision technique par un cabinet de réputation internationale KPMG-France, pas KPMG-Guinée.»Pour les novices, c’est très rassurant. Mais, pour les mordus de la pratique, c’est trop léger comme argument. Après tout, le fait d’avoir des livres comptables audités et certifiés ne garantit en rien qu’il n’y ait pas eu malversation financière. Autant trouvez des arguments plus rationnels et convaincants pour les Guinéens qui ne demandent que de voir une lettre de politique générale appliquée à la lettre. Sans amateurisme aucun.

Selon des sources dignes de foi, l’audit dont parle Don Kass n’inclut pas tous les aspects de contrôle, de vérification, de surveillance et d’inspection, encore moins les normes de l’ISO. C’est complaisamment un audit servant d’instrument de vérification superficielle et d’une prétendue évaluation de la conformité. Les conseils que les auditeurs sont sensés donner pour l’amélioration de la gouvernance sont de fait loin de créer de la valeur ajoutée à la BCRG.

 

De quoi comprendre l’opportunité de la mission – confirmée – de Moussa Tiégboro Camara : « Mon principe, quand je suis en enquête je ne me prononce pas sur un sujet. Tout ce qu’ils (les journalistes, ndlr) ont dit, on ne sait pas où ils ont ramassé tous ces trucs. Ecoutez, personne ne me met une pression par rapport à ce genre de chose comme ça. Eux-mêmes, ils m’ont appelé, j’ai dit: écoutez, arrêtez. Il faut arrêter ça. Vous dites que tel est en enquête et puis vous commencez à m’emmerder. Pourquoi? ». Avec nos confrères, de média Guinée, l’officier ajoute : « Si une enquête est comme ça, il ne faut pas que les journalistes se prononcent, ils n’ont pas de preuve. L’Etat peut porter plainte contre eux. Ils n’ont aucune preuve, juste ils vont dans les suppositions. Ça ne marche pas. Donc moi je suis en enquête et je pense que l’heure n’est pas à se prononcer là-dessus.» Avec cette précision, on comprend qu’il y a eu bel et bien d’enquête sur le fameux magot qui fait tant jaser. Don Kass pourra toujours, quant à lui, nier et protéger. Il est dans son rôle : sauver le navire avec moins de scandales retentissants. Pour l’instant, c’est raté.

 

Jeanne Fofana,correspondant www.kababachir.com

 

 

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