Suspension de la grève: les leaders syndicaux blâmés à tort par leurs compatriotes

Depuis la suspension de la grève générale, les commentaires vont bon train. Le maintien du prix du litre du carburant à 8.000 a choqué plus d’un citoyen. Nombreux sont ceux qui se disent déçus et qui tirent à boulets rouges sur les syndicalistes. Ils les accusent de ne défendre que leurs intérêts particuliers au détriment de ceux du peuple.  Mais en réalité, est-ce que les responsables syndicaux ont tort de lâcher du lest?

La réduction du prix du carburant à la pompe, inscrite à la première ligne de la plate-forme était considérée comme le point nodal de la revendication syndicale. Au départ, les syndicalistes ont exigé que le prix du litre soit fixé à 5000 avant de remonter à 5mille 500fg, en guise de bonne fois. C’est à la surprise générale que la suspension de la grève a été annoncée sans que le gouvernement ne daigne réduire d’un iota le prix des produits pétroliers. Les citoyens ont aussitôt commencé à jeter l’anathème sur les responsables syndicaux en leur attribuant des qualificatifs de toute sorte : traitres, corrompus, cupides… et tant d’autres.

Cependant, est-ce que les initiateurs de la grève du 15 février ont réellement perdu grand-chose? Loin s’en faut. En effet, à l’exception du carburant, le gouvernement a cédé sur toutes les autres revendications. De la grille salariale des fonctionnaires à la subvention des centrales syndicales, en passant par le régime des pensions et de l’indemnité de départ à la retraite, l’exécutif s’est engagé à tout arranger. Les grogneurs pouvaient-ils espérer mieux ? Pas sûr.

Manifestement, l’affaire de carburant a été inscrite juste pour s’attirer la solidarité du peuple, sans le concours du quel aucune grève ne peut ébranler le gouvernement. Cinq jours durant, les citoyens ont accepté de rester chez eux. Ce qui a donné une ampleur sans précédent au mot d’ordre. Mais finalement, ce sont uniquement les parties syndicale et gouvernementale qui sont sorties victorieuses au détriment du peuple.

Par ailleurs, les acteurs de la société civile se sont mués en de simples observateurs. Pourtant, ils feignaient tous militer en faveur de la baisse du prix du carburant. Mais au lieu de contribuer à mettre la pression, les patrons des différentes structures ont préféré mettre tout sur le dos du mouvement syndical. Et aujourd’hui cette inertie de la société civile guinéenne a tendance à passer inaperçue.

Oumar Rafiou DIALLO, www.kababachir.com

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