SUSPENSION DE LA GREVE : Gueule de bois pour les syndicalistes

En moins d’une semaine, l’image des syndicalistes est passée des héros de la cause populaire à d’individus manipulateurs et, comme les politiques, se servant des laborieuses populations pour arriver à des intérêts essentiellement égoïstes. La faute à la suspension de la grève générale de la semaine dernière en dépit des maigres résultats engrangés. Depuis, ils se font littéralement allumés de partout et par tout le monde. Y compris par ceux qui les avaient encensés.
Prenant de front et avec une certaine brusquerie les critiques qui leur sont assénées, les leaders syndicaux se compliquent la tâche en épousant une réaction passionnée et dictée par une posture défensive. Ainsi, sur les ondes d’une radio privée de la place, Mamadou Mansaré, pris dans un feu nourri de critiques empreintes de soupçons de corruption, n’a pu mieux se défendre qu’en alléguant que la mission du syndicat n’était pas de défendre l’intérêt du peuple, mais celui des travailleurs. Ajoutant même que dans sa vocation, un syndicat ne s’assigne que des buts catégoriels. Sur le principe, il n’a bien sûr pas tort.  
Mais il aurait dû se rappeler qu’en Guinée, les syndicalistes n’ont jamais été soutenus que par les travailleurs. Ainsi, si les soulèvements des années 2006 et 2007 avaient le soutien dont on se rappelle, c’est parce qu’au-delà de la centaine de milliers de travailleurs de la fonction publique, c’est tout le peuple, les chômeurs qui avaient soutenu et accompagné la dynamique déclenchée par l’inter-centrale syndicale.
En ce début 2016, on a assisté à la même chose. Acculés et poussés à bout, tous les Guinées, mettant de côté les différentes affinités politiques et les appartenances ethnoculturelles, qui ont paralysé le pays pendant les cinq jours de la semaine dernière. Et pour eux, entendre qu’ils n’étaient pas conviés à observer la grève, cela peut sonner comme une trahison.  Et c’est ce que les syndicalistes risquent de récolter aussi bien de la suspension plutôt unilatérale de la grève qu’en raison de la mauvaise communication avec laquelle on gère cet-après crise.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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