Tougué : plongée dans une bourgade perdue !

« Allez à Tougué, c’est un voyage vers l’inconnu ; c’est faire un saut dans une bourgade perdue ». Cette lecture on ne peut plus clair est faite par un ressortissant bien connu de la presse guinéenne à cause de ses reportages poignants sur la vie de l’intérieur du pays. Elle est sans équivoque. Elle suffit pour décrire notre voyage chaotique cette semaine, à Tougué, une Préfecture relevant du gouvernorat de Labé.

Créée le 20 février 1901, cette localité oubliée a 9 CRD, deux gros quartiers infréquentables à cause de l’impraticabilité des routes et ruelles. Tougué est composé de 141 918 habitants avec une superficie de 6400 km2. Ce sont des données affichées, à la rentrée de la cité perdue, communément appelée ‘’Six Kilos’’, pas en poids, en masse mais en longueur : c’est 6 Km qui sépare qu’il faut parcourir pour arriver au centre-ville ou de ce qui y ressemble. De là, c’est le même calvaire. On hume un beau paysage, des bowés, arbustes et des villages éparpillés ici et là avec du bétail qui meuble les axes déjà rétrécis et difficilement praticable.

Djoloki est le secteur de la rentrée. Ici, une essencerie est en construction. Elle a suscité beaucoup d’espoir. Mais selon des sources concordantes, elle est restée à l’étape de projet. A un jet de pierre, de l’autre côté, l’école primaire de Tougué1 qui ressemble plutôt à des anciens camps de concentration, tant les murs sont défraichis. Bienvenue à Tougué, la grosse bourgade qui prend de plus en plus des rides inexorables. Un peu de bémol en voyant la Police reconstruite. Sur la rue commerçante, des tables, étales, boutiques, conteneurs, détritus, rigoles, immondices, camions, motards, charretiers, etc. se disputent le petit périmètre.

Ici, la station date de la période d’ONAH. Quelques jeunes s’affairent là avec le marché noir. Le litre de carburant s’échange à 10 mille, voire au-delà. On ne parle surtout pas de spéculation. On s’approvisionne à Kollet, à 17 Km, à l’Est de la Préfecture. A Tougué, les Sous-préfectures – vous comprendrez aisément – sont plus développées que le chef-lieu. Dans cet environnement de vacarmes d’objets et d’engins, est installé le marché tentaculaire. Deux ruelles l’entourent : une mène à la défunte poste (Sotelgui) qui débouche sur le quartier administratif (Préfecture, Mairie, Impôts, etc.) la seconde, au collège lycée, en passant par la Gendarmerie et la DPE. Mais, avant, à l’Est, l’hôpital de Tougué ou le mouroir des patients qui se soumettent à la boucherie des hommes en blouse blanche. Cette route va jusqu’à la frontière avec le Sénégal et ailleurs.

A un jet de là, l’autre bretelle qui mène à GadhaTougué ou Mosquée, puis, à Conah, une autre CRD. Pour ce journaliste de la localité, « On ne passe pas par Tougué, mais on va à Tougué ». Juste pour lui de noter l’enclavement d’une Préfecture à partir de laquelle on devrait pourtant rallier Koubia, Dinguiraye, Labé,Mamou, Dalaba, etc. Moins de 150 Km. Tougué est réputée de contenir du gisement de bauxite de bonne qualité. Mais, cette cité perdue risque encore d’attendre pendant longtemps. Heureusement, on illumine les bretelles caillouteuses de la ville avec des panneaux solaires qui longent l’axe Police-Lycée ; Marché-Permanence ; Marché-Mosquée. Le reste, bonjour les torches chinoises.Pour venir à Tougué, il faut se trouver un parrain, pour loger. Au risque de dormir, pas à la belle étoile, mais sous une pluie intermittente. Point d’hôtels si ce n’est une soi-disant Auberge. En de désespoir de cause, quoi !

Partout des rigoles en pleines chaussées. Même au centre-ville. « Chez nous, à Tougué, TOUT N’EST PAS GAI », se lâche notre ami journaliste, ressortissant du coin. Pourtant, vu de loin, Tougué a un beau panorama, des plaines cultivables sur le Koloun, dans Kansagui, Kollangui, de nombreux ressortissants, de nombreux commerçants et autres opérateurs économiques. Mais, de ces atouts, on en fait très peu ou pas du tout. C’est l’indifférence totale. Ces derniers mois, l’OMVS promet de bitumer les 85Km qui séparent Labé de Tougué, jusque dans les encablures de la frontière guinéo malienne. L’annonce a été faite par le patron de cette structure, LansanaKomara, alors en conférence de presse à Conakry.

Ce projet est perçu à Tougué comme de la poudre aux yeux. Les habitants n’y croient pas du tout. Alpha Condé qui est attendu dans le bled, va certainement les rassurer. Juste pour avoir le suffrage. Peut-être ! Et donc, renverser Dalein Diallo, bien implanté parait-il dans le coin. Djokken Alpha 2015 est à pied d’œuvre à cet effet. Il y a à avaler des couleuvres et beaucoup d’argent là-dans. Tougué, la pauvre, Tougué, l’oubliée. Va-t-il disparaître de la carte ? Peut-être pas.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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