Vidéos antimusulmans : critiqué, Donald Trump s’en prend à Theresa May

A l’origine de l’incident diplomatique, trois retweets. La rediffusion par le président américain Donald Trump sur Twitter de plusieurs vidéos antimusulmanes a tourné mercredi à l’affrontement diplomatique, très rare, entre les Etats-Unis et leur plus proche allié, le Royaume-Uni. Le chef d’Etat a sèchement répondu mercredi soir aux critiques de la Première ministre britannique Theresa May qui avait jugé que ses retweets de vidéos antimusulmanes émanant du groupe d’extrême droite britannique Britain First étaient « une erreur ».

« Ne te focalise pas sur moi, focalise-toi sur le terrorisme islamique radical destructeur à l’intérieur du Royaume-Uni. Tout va bien pour nous ! », lui a répondu le président américain, s’y reprenant même à deux fois après s’être trompé dans un premier tweet sur l’orthographe du compte officiel de Theresa May.

Des « propos haineux »

Le président américain a commis « une erreur », avait déclaré plus tôt dans la journée un porte-parole de la Première ministre britannique. « Britain First cherche à diviser les communautés en usant de propos haineux qui colportent des mensonges et attisent les tensions », a déclaré le porte-parole. « Le Royaume-Uni est fier de son histoire de société ouverte et tolérante et les discours de haine n’ont pas leur place ici », a également tweeté le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson.

Les trois vidéos, de sources diverses, ont été tweetées par Jayda Fransen, vice-présidente de Britain First, et sont intitulées: « Un migrant musulman tabasse un Néerlandais en béquilles ! », « Un musulman détruit une statue de la Vierge Marie ! » et « Foule islamiste pousse un adolescent du toit et le bat à mort ! ».

Cette dernière vidéo a été filmée en 2013 en Egypte durant des manifestations contre Abdel Fattah Al-Sissi, alors chef de l’armée ; elle a été utilisée dans le procès d’un homme ayant participé aux violences. Elle est montrée sans contexte, tout comme les deux autres, et dans un but apparent de généralisation contre les musulmans et l’islam, quelles que soient les circonstances des scènes filmées.

« Ce sont des choses très réelles »

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a estimé que la véracité des vidéos n’était pas le sujet.

« La menace est réelle, c’est ce dont parle le président : le besoin de sécurité nationale et de dépenses militaires. Ce sont des choses très réelles, il n’y a rien de faux à ce sujet. »

L’occupant de la Maison-Blanche a relayé ces vidéos sur son compte aux 44 millions d’abonnés tôt mercredi, entre 6h35 et 6h45 heure de Washington, sans commentaire. L’ambassade des Pays-Bas aux Etats-Unis a répondu à Donald Trump sur Twitter, à propos de la vidéo montrant l’agression d’un jeune homme en béquilles et attribuée à un « migrant musulman ».

« Les faits doivent compter. L’auteur des violences dans cette vidéo est né et a grandi aux Pays-Bas. Il a reçu et purgé une peine selon le droit néerlandais », écrit l’ambassade sur son compte @NLintheUSA.

« Que Dieu vous bénisse Trump ! »

Donald Trump lui-même n’a pas dit un mot sur la controverse au cours d’un déplacement près de Saint-Louis consacré à la fiscalité. Jayda Fransen s’est en revanche félicitée de la publicité qui lui est soudainement offerte, tweetant : « Que Dieu vous bénisse Trump ! Qu’il bénisse l’Amérique. »

Britain First, qui n’a gagné aucun mandat électoral depuis sa fondation en 2011 par d’anciens membres du Parti national britannique (BNP), a fait des musulmans l’une de ses principales cibles, organisant notamment des piquets devant des mosquées en arborant des croix chrétiennes. Jayda Fransen a été condamnée en 2016 à une amende pour avoir insulté une femme portant le voile durant une « patrouille chrétienne ».

Même le journaliste britannique Piers Morgan, supporteur de Donald Trump, s’est fendu de tweets désapprobateurs : « M. le président, ne sous-estimez pas l’énormité de ce que vous avez fait », a-t-il écrit. « Vous avez de facto dit à tous les racistes, les intolérants, les islamophobes et les suprémacistes blancs que vous êtes de leur côté. »

Aux Etats-Unis, les retweets ont rappelé la campagne présidentielle de 2016, quand le candidat Trump avait proposé de fermer les frontières américaines aux musulmans. « Le président Trump dit clairement à sa base électorale qu’elle doit haïr l’islam et les musulmans », a déploré mercredi Nihad Awad, directeur du Council on American-Islamic Relations, grande association américaine de défense des musulmans.

M.C. (Avec AFP)

L'Obs
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