Zimbabwe : des manifestants tentent d’entrer dans le palais présidentiel pour déloger Mugabe

Voilà quatre jours que Robert Mugabe ne peut plus gouverner le pays qu’il tenait d’une main de fer depuis 37 ans. Dans la capitale zimbabwéenne, la situation est confuse : l’armée, dont on annonçait mercredi le coup d’Etat, s’active ce samedi pour contenir la foule qui tente d’entrer dans le palais présidentiel pour déloger l’autoritaire président de 93 ans. En parallèle, le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, dit souhaiter voir le chef zimbabwéen «quitter ses fonctions dans la dignité» alors que ce dernier est confronté à la pression du peuple mais aussi bel et bien des militaires qui attendent que Mugabe parte de lui-même.

L’armée contient la colère qu’elle a attisée

En principe assigné à résidence depuis le coup de force de l’armée mercredi, le chef de l’Etat a fait vendredi une apparition publique remarquée, qui a visiblement renforcé la grogne de la rue. Revêtu d’une toge bleue roi et d’une coiffe assortie, il a présidé sous bonne escorte une cérémonie de remise de diplômes dans une université d’Harare, somnolant à l’écoute de plusieurs discours. Les militaires, sur lesquels il a pu s’appuyer pendant toutes ses longues années de règne, semblent vouloir le pousser à partir sans violence, sans apparaître brutaux aux yeux du monde avec qui il faudra ensuite dialoguer. Mais s’ils retiennent pour l’instant la hargne des manifestants, actuellement assis sur la chaussée en signe de protestation, les militaires soutiennent le mouvement qu’ils ont initié et attisé.

En effet, au-delà de la crise économique et financière marquée par un chômage de masse, la fronde trouve surtout son origine dans un conflit de succession au pouvoir entre la très controversée femme du dirigeant, Grace Mugabe, et les héritiers potentiels venus de l’armée. La Première dame, fantasque et colérique, s’est peu à peu fait détester dans son pays et au delà.

La femme de Mugabe au coeur de la révolte

En 2014, le président, de 41 ans son aîné, a imposé son ancienne secrétaire à la tête de sa puissante Ligue féminine, au sein de son parti. Et elle y a très vite nourri des ambitions démesurées.

AFP

Dans la foulée de l’ascension de Grace, Robert Mugabe s’est livré à une vaste purge en limogeant notamment sa vice-présidente, Joice Mujuru, remplacée par un très proche, le ministre de la Justice Emmerson Mnangagwa. En parallèle, la First Lady, affublée du surnom de «First Shopper» (première acheteuse, ndlr) ou «Gucci Grace» pendant que son peuple meurt de faim, a multiplié les frasques. Appelée aussi «DisGrace» (honte, ndlr), la femme du président est connue pour sa violence. Elle est notamment accusée d’avoir frappé une jeune mannequin, Gabriella Engels, cet été dans un hôtel de Johannesburg.

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La semaine dernière encore, quatre personnes ont été interpellées pour avoir hué l’épouse du président alors qu’elle prononçait un discours. Et la rébellion de l’armée est intervenue en pleine crise ouverte entre Mugabe et le chef des militaires, Sibusiso Moyo, après le limogeage la semaine dernière du vice-président Emmerson Mnangagwa, longtemps présenté comme son dauphin. Ce dernier a été démis et a fui le pays après un bras de fer avec Grace Mugabe. Il l’accuse notamment d’avoir tenté de l’empoisonner pour l’éliminer, suscitant une vive réaction de l’intéressée qui a obtenu son éviction, comme elle s’était déjà débarrassé il y a trois ans de la vice-présidente Joyce Mujuru. Avec ce limogeage, Grace Mugabe s’était retrouvée en position idéale pour succéder à son « Vieux Lion », avant que l’armée ne décide de se rebeller.

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